Anti Heroes (critique de Chronicle, de Josh Trank)

Anti Heroes (critique de Chronicle, de Josh Trank)

La première bonne petite surprise geek de l’année vient de tomber (aie !) : elle s’appelle Chronicle. Pour sa première expérience de long métrage comme réalisateur, co-écrit avec Max Landis (fils de qui vous savez), Josh Trank réussit son précipité mutant de film de « super héros », même si dans le cas présent, de grands pouvoirs impliquent plutôt de grandes catastrophes.

Synopsis : Adolescent de Seattle mal dans sa peau et maltraité par son père, Andrew décide de filmer son quotidien. Lequel se voit bouleversé radicalement le jour où ses deux amis Matt, Steve et lui-même tombent sur une mystérieuse source d’énergie leur conférant des pouvoirs télékinésiques à la puissance croissante… Le début d’une spirale infernale.

 

Certes, il y a de l’opportunisme un brin agaçant dans le choix d’un énième « found footage » dont, là encore, la justification scénaristique paraît un poil capillo-tractée. Et ce même si Trank multiplie les idées de petit malin pour tenir son concept : la caméra bis de la copine blogueuse, des caméras de surveillance, les smart phones d’une foule et surtout, l’objectif manipulé par la pensée d’Andrew le déglingo. Une belle idée donnant lieu aux plans séquences les plus signifiants et visuellement élégants d’un film largement meilleur que la simple pochade Blairwitcho-Misfitienne soupçonnée par les grincheux.

Meilleur pour la simple raison que de mémoire, l’argument et le traitement qu’il nous propose sont résolument sans précédent. Transposer le mythe du super pouvoir dans un contexte ultra naturaliste, façon « what if », en explorant la « vraie » façon dont se comporteraient trois ados mâles et cons (pléonasme hein) dans pareille situation, qui l’a fait avant lui ? Personne. Ni Heroes, ni Misfits, ni Hancock, malgré leurs qualités éventuelles, ne s’extraient jamais vraiment de leur statut de pures fantaisies suivant plus ou moins fidèlement les codes de l’univers comic book. Chronicle, par sa mise en scène, le réalisme de ses CGI (enfin pas tous mais presque), la caractérisation de ses personnages et (petit détail qui compte) l’absence totale de musique, donne vraiment l’illusion de se dérouler dans notre monde, pas une réalité fabriquée. Ce qui n’empêche pas Trank de nous offrir, lorsque l’enfer se déchaine, certains plans mille fois plus iconiques et jouissifs pour tout fan de Marvel qui se respecte que moult blockbusters bousesques estampillés du label « super héros ».

Alors même si, paradoxalement, le caractère artificiel du « found footage » (dans les motivations des personnages) entame le pari du réalisme, peu importe : les trois Stooges tragiques de Trank sont suffisamment attachants et crédibles dans leurs attitudes pour que l’on croie à cette histoire de fou furieux. Oui, de fou furieux les gars, parce que je ne vois pas comment qualifier autrement un script partant d’une simple chambre d’ado seul avec sa caméra, pour se clore sur un quart d’heure de pure apocalypse en plein Seattle. Les bus valdinguent, les gratte-ciels volent en éclat, les bagnoles de flics balayées par des forces plus ravageuses qu’un ouragan, le tout sans qu’on aie un seul instant la moindre envie d’en rire. Incroyablement sombre et dépressif malgré son démarrage potache, miroir filmique de la pulsion destructrice d’Andrew le mal aimé, Chronicle force le respect pour ce choix audacieux et tenu jusqu’à la dernière bobine.

Pour original qu’il soit, le film n’en charrie pas moins quelques références bien senties, dont (oui-je-sais-que-vous-savez) l’Akira d’Ohtomo. Il y a du Tetsuo dans Andrew mais, bizarrement, ce côté « Homo Superior animal triste » évoque aussi les héroïnes humiliées de Furie et Carrie, bombes à retardement meurtrières façonnées ainsi par des années de brimades jusqu’à l’explosion sans retour. Josh Trank aurait désamorcé, lors de sa récente visite à Paris, les rumeurs lui prêtant la réalisation du reboot des Quatre Fantastiques (toujours sous licence Fox, le même studio derrière Chronicle).  Dommage ! Il a pourtant parfaitement assimilé le potentiel visuel et émotionnel de cet univers. Un p’tit gars qu’il est doué à suivre assurément donc…. Excelsior !

 

CHRONICLE, de Josh Trank. Sortie nationale le 22 février 2012.

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