Série Séries 2013 : ce qu’il faut retenir de la Journée de la Création TV

Série Séries 2013 : ce qu’il faut retenir de la Journée de la Création TV

La journée de la création TV célébrait cette année sa dixième édition.

Pour la dixième année consécutive, l’Association pour la promotion de l’audiovisuel (APA) vient d’organiser une journée de débats réunissant des représentants de tous les métiers de la création télévisuelle. Une journée dense, et dont on a pu tirer de multiples enseignements.

L’événement en quelques mots

Proposée pendant la deuxième journée du festival Série Séries à Fontainebleau, la journée de la création TV (également appelée Journée de l’APA, puisque c’est cette structure qui l’organise) réunit des producteurs, des diffuseurs, des créateurs, des décideurs politiques et des diffuseurs pour échanger autour des problématiques les plus actuelles de la création audiovisuelle en France… et au-delà.

Trois débats étaient organisés. Le premier s’inscrivait dans une thématique artistique : « La France vue d’ailleurs : les européens jugent la création TV française ». Le deuxième abordait l’angle économique. Son titre : « Révolution numérique et création : quelle télévision et quels enjeux pour 2023 ». Le troisième, lui, étudiait la dimension politique de la création, avec un débat intitulé « Création TV, numérique et Europe, je t’aime, moi non plus ».

Les participants

Les discussions embrassant un champ volontairement large, l’éventail des profils des gens venus débattre l’est tout autant.

Cette année, des producteurs (Thomas Anargyros, Bénédicte Lesage et Matthieu Viala), des scénaristes (Christel Gonnard et Sylvie Coquard) et des diffuseurs (Remy Pflimlin et Bruno Patino, PDG et directeur-général délégué de France Télévisions) sont venus échanger avec des élus (le sénateur PS David Assouline, la député UMP de l’Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet, le commissaire européen Antonio Tajani).

L’échange étant définitivement décrit comme ouvert, d’autres professionnels sont également venus apporter leur témoignage : Michaël Goldman, président de la plateforme de crowdfunding MyMajor Company ou Antoine Nazaret, directeur des contenus chez Dailymotion France, étaient ainsi invités.

Les enseignements retirés de cette journée

Artistiquement, la création française est au cœur d’un paradoxe. Alors que l’exportation de programmes français progresse à nouveau, que peu à peu, le regard des pays étrangers évolue sur nos fictions, la marge de progression semble assez importante. Et cela à plusieurs niveaux.

 

 

Du point de vue chiffres d’abord, puisque l’exportation de séries a généré en 2012 près de 153 millions d’euros de bénéfices. Un résultat encourageant (après une baisse constatée à la fin des années 2000) et qui laisse à penser que l’image de la série française (une fiction longtemps peu visible hors de nos frontières) évolue. A ce petit jeu, les créations Canal (avec Les Revenants en nouvelle figure de proue) tirent adroitement leur épingle du jeu. On reste cependant loin du mastodonte britannique, puisque les exportations fiction de la Grande Bretagne génèrent 1,5 milliards de revenus.

A côté de cela, il y a un problème de fond : l’identité de ces séries. Alors que des créations comme Downton Abbey ou Spooks portent en elles une authentique dimension british, les observateurs étrangers disent avoir du mal à retrouver la même impression dans nos fictions. « La production française est très vivante, notait ainsi la documentariste Jihan Al Tahri. C’est le contenu français qui manque ».

 

 

Une réflexion intéressante : sans forcément tomber dans le « syndrome Amélie Poulain » pour chaque création, il y a sans doute quelque chose à creuser de ce côté-ci. La notion clef de thématique d’une série, chère à Frédéric Azémar, le créateur d’Odysseus, est sans aucun doute à prendre en compte.

Visiblement, il y a véritablement quelque chose à faire : le succès de l’animation française à travers toute l’Europe ne peut qu’encourager à cela.

« Ainsi Soient-ils », autre exemple de série qui s’est bien vendu à l’étranger.

Economiquement, la révolution des usages est à prendre à pleines mains. Avec la multiplication des écrans (télévision, ordinateurs, tablettes, smartphone), la fiction française est aujourd’hui confrontée à la révolution web qui a bouleversé la consommation de l’information. Le téléspectateur étant plus que jamais acteur de sa façon de regarder des fictions sur toutes sortes d’écrans, la logique d’immersion du public devrait progresser de plus en plus.

Cela passe par le développement d’univers narratifs transmédias… mais aussi une vraie prise en compte de ce que Bruno Patino (France TV) appelle « la recommandation ». De la même façon qu’une information est toujours mieux diffusée et toujours mieux partagée sur le web quand elle est relayée sur Twitter et Facebook, savoir-faire ne suffit plus. Il faut être capable de faire savoir que l’on a créé des choses intéressantes. Par exemple, en multipliant les rendez-vous sur différents supports. Ce que fait déjà Plus Belle la Vie, par exemple.

D’ici 2023, les créateurs (au sens large) les plus ambitieux pourraient bien être ceux qui seront capables de développer un récit d’auteur autour de différents écrans mais aussi de temps de visionnage (le matin dans les transports, à midi pendant la pause, le soir dans son salon par exemple).

Mais ils devront aussi et surtout être les premiers promoteurs de leurs projets ; ils devront rassembler eux-mêmes une communauté de téléspectateurs autour de leurs œuvres. Un cap que les diffuseurs historiques feraient bien de ne pas manquer. Sans cela, ils pourraient se retrouver dans le même marasme que les grands groupes de presse quotidienne français, coincés entre un modèle économique qui ne fonctionne plus vraiment (les ventes print) et un qui ne fonctionne pas encore, ou pas souvent (l’info web).

 

 

Politiquement, il y a un dialogue à nourrir. Alors que l’exception culturelle française vient d’être reconnue à l’échelle européenne, la fiction américaine reste reine dans les grilles de programmes. La France a donc tout intérêt à avancer sur cette question… avec la mise en place d’un vrai dialogue réunissant l’ensemble des partenaires européens. Malheureusement, ce n’est pas lors de cette journée que les choses auront le mieux avancé.

 

 

Si la présence d’Antonio Tajani, commissaire européen, aura permis de montrer que la situation est complexe, elle était surtout difficilement compréhensible pour les profanes… Fidèle parmi les fidèles à la Journée de la création TV, Jean-Pierre Elkabbach a sans aucun doute mésestimé cet aspect dans la discussion qu’il a modéré comme un débat politique pur. Cela aura agacé une partie du public, privé d’un débat en tout point intelligible.

Dommage : c’est grâce à lui qu’Antonio Tajani avait pu venir.

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