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Apes Rule ! (critique de La Planète des singes : l’affrontement, de Matt Reeves)

Apes Rule ! (critique de La Planète des singes : l’affrontement, de Matt Reeves)

Note de l'auteur

la-planete-des-singes-l-affrontement-photo-53a3fcd6be45aAprès un premier volet plaisant mais un poil trop plan-plan mélo-mou, cette suite signée Matt Reeves propulse la franchise vers un sommet d’évolution inattendu. Pour faire simple : on tient là le meilleur blockbuster de l’année. Du genre à vous donner une franche banane au dessus du seau de popcorn.

Synopsis
Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.

 

La-Planete-des-singes-l-affrontement-3_max1024x768En cette ère à la fois incroyablement riche en blockbusters geeko-ciblés mais terriblement pauvre en films véritablement attachants, La Planète des singes : l’affrontement donne envie de croire à nouveau que tout est possible. Un peu comme Gravity l’an passé. Un réalisateur virtuose et concerné, un scénario mature et humaniste, la crème de la technologie au service d’une vision, un studio laissant intelligemment les créatifs faire leur job… quand ce parfait alignement de planètes se produit, tout le monde ne peut qu’être gagnant. Nous, spectateurs, les premiers.

Je vous mets au défi de ne pas sortir de la projection de ce beau moment de cinéma le cœur gonflé d’une infinie gratitude pour Matt Reeves, sa team d’auteurs, Andy Serkis et tous les artisans qui ont sué sang et eau pour nous offrir sans aucun doute le meilleur blockbuster de l’année. Un drame épique et post-apocalyptique où les impératifs de divertissement et de vertigineuses questions morales dansent au même rythme deux heures durant, sans quasiment le moindre faux pas. Quel bonheur ! Reprenant le brouillon intéressant de Rupert Wyatt sorti en 2011, Matt Reeves en a corrigé toutes les scories formelles et boosté le tempo, sans jamais sacrifier les enjeux intimistes de son histoire. Et même si, à l’évidence, les primates évolués sont mieux traités dans le script que les humains, un poil superficiels malgré les formidables interprétations du trio Clarke/Russell/Oldman, le film réussit à merveille la construction de son crescendo jusqu’à l’inévitable déflagration finale.

planete singes acoladeCertes, me direz vous, et l’effet de surprise dans tout ça ? Je concède : ne l’attendez pas trop, d’autant que les bandes-annonces ont excessivement dévoilé les principales étapes narratives du bouzin. Pas grave : un peu comme dans Titanic, on sait très bien comment tout cela va finir, peu importe, seule ici compte la manière dont Matt Reeves parvient à nous impliquer dans son récit. Et sur ce point, pas d’inquiétude : dés les premières secondes, la partie est gagnée. Tous les fans de fin du monde au cinéma qui, comme moi, savourent jusqu’à la lie d’observer l’effondrement de notre civilisation, prendront un pied monumental durant le court prologue. Lequel repose sur une idée visuelle aussi simple que magnifique et glaçante pour nous montrer l’extinction de la race humaine en dix petites années. Après ce brillant résumé de la décennie séparant l’intrigue du précédent film de ce nouvel opus, Reeves nous plonge dans un bon quart d’heure proprement stupéfiant, sans un mot. Ni explosions. Ni tohu-bohu abrutissant.

Nous découvrons la balbutiante ère des singes, constitués en micro-société dans la forêt voisine de San Francisco, sous la haute autorité de César. Les poilus ont sacrément évolué, maîtrisant toujours un peu plus le langage humain, voire parvenant même à le parler pour certains. Ils vivent en harmonie avec la nature, sur les ruines d’un ancien monde peu à peu grignoté par la végétation. Ils se demandent vaguement ce que sont devenus les hommes, dont ils n’ont plus vu la trace depuis deux hivers. Les retrouvailles ne vont pas tarder, accidentellement. Deux singes tombant nez à nez en pleine forêt avec un homo sapiens qui a perdu son groupe (Carver, joué par le chéri de ces geeks Kirk Acevedo) et va faire couler le premier sang. Par peur. Le début d’un engrenage de la violence qui pourtant, à mi parcours du film, sera freiné par l’intelligence et l’amitié naissante entre César et Malcolm (Jason Clarke). Deux êtres situés des deux côtés de la barrière de l’évolution mais partageant pourtant le même humanisme et la simple envie de coexistence pacifique entre leurs races. Une utopie à deux doigts d’être concrétisée mais, dans chaque camp, les va-t-en guerre finiront par ruiner le fragile espoir.

Au-dela même de sa bluffante performance technologique, la grande réussite du film de Matt Reeves est de parvenir à ne jamais perturber notre suspension d’incrédulité. L’enchaînement des événements ne souffre jamais d’imprécision, les actes irréparables des uns et des autres sont toujours la conséquence de traumas passés, qui expliquent leur tropisme du pire. Le terrifiant Koba (Toby Kebbell, absolument incroyable sous le “maquillage numérique”) ne pardonnera jamais aux hommes les tortures infligées dans le précédent volet. Dreyfus (Gary Oldman, bien moins caricatural que les trailers ne le laissaient craindre) porte en lui toute la hantise de l’éradication, après avoir perdu sa famille dans l’épidémie du ALZ-113. Ce ne sont pas “juste” des vilains, mais les produits d’une tragédie rongés par la haine et la peur de l’autre.

Assurément pacifiste et pro-“gun control” dans son message, La Planète des singes l’affrontement nous sangle à un grand 8 d’émotions comme le grand blockbuster adulte qu’il est et que Gravity était avant lui. Les scènes de fraternisation entre singes et humains, tout comme ce dialogue intime entre Malcolm et César dans l’ex-demeure humaine de ce dernier, atteignent des degrés d’émotion à vous serrer le coeur – et là réside la vraie surprise du film. A l’opposé du spectre, le déchaînement de violence et d’action déferlant sur le dernier quart de l’histoire sont tout aussi tétanisants que son ultime plan, qui vous hantera probablement longtemps après la projection, plus que toutes les destructions à grande échelle des quatre Transformers réunis.

La mise en scène superbement classique de Matt Reeves, toute en majestueux plans-séquence et cadres larges à couper le souffle, ajoute à l’indubitable dimension épique de cette formidable suite. On fera court sur l’interprétation d’Andy Serkis et les hallucinants progrès accomplis en deux ans par les artistes de Weta Digital : César est probablement la créature numérique la plus noble, intimidante et attachante jamais vue au cinéma. A la fois super frustrante et de toute beauté, la conclusion de cet Affrontement nous laisse aux prises avec l’inextinguible soif d’une suite dont les jalons ont été scrupuleusement posés, annonçant “LA” guerre à venir. Matt Reeves remettra le couvert, hourrah, vite ! En attendant un troisième acte qu’on souhaite tout aussi virtuose, foncez voir ce travail d’orfèvre : vous ne serez pas récompensé en monnaie de singe.

La Planète des singes, l’affrontement, de Matt Reeves. Scénario : Mark Bomback, Rick Jaffa, Amanda Silver. D’après l’oeuvre de Pierre Boulle. Durée : 2h11. Sortie le 30 juillet.

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