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« Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers » : amitié ou amour, les temps de l’adolescence

« Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers » : amitié ou amour, les temps de l’adolescence

Note de l'auteur

ariL’histoire : Aristote est un jeune adolescent latino-américain. Son frère aîné est en prison. Son père silencieux. Il ne parle pas beaucoup. Cet été, il rencontre Dante. Cultivé, drôle, bavard, et qui apprend à accepter son homosexualité. Sauf que Dante, lui, est amoureux d’Aristote.

Mon avis : Aristote et Dante découvrent les secrets de l’universc’est avant tout l’histoire d’Aristote. Celle d’un garçon qui ne sait pas trop qui il est ou comment s’exprimer, avec sa famille ou au lycée. Le secret qui hante sa famille lui pèse et en même temps, comment parler de ce frère, devenu la honte de sa famille. À côté, il y a Dante, dont la famille chaleureuse et ouverte l’accueille les bras ouverts. Dante qui lui apprend à nager. Dante qui est gay.

Roman « young adult », il peut être lu pour autant à tout âge, tant les questionnements et les souffrances qui sont celles du héros font échos à ceux qui ont pu toucher tout le monde. Des difficultés de trouver sa place, des premières amours, des décisions à prendre qui semblent toujours trop lourdes. Écrit à la façon d’un journal, c’est dans l’économie des mots que se révèle Aristote. Et c’est dans les interstices des descriptions que Benjamin Alire Sáenz présente tout son talent, pour parler avec pudeur de la découverte de soi-même. Si certaines des épreuves familiales peuvent sembler très (parfois trop) nombreuses pour Aristote, le détachement de ce dernier, le recul et la difficulté qu’il a à se livrer permet d’éviter l’effet mélodramatique. Roman d’adolescence, et donc roman de réalisation de soi, pas à travers des combats contre une invasion extraterrestre, mais contre l’ignorance des autres et la méconnaissance de soi-même.

C’est un roman positif, mais sans faire preuve d’angélisme. Un équilibre précaire, mais avec une certaine acidité, qui donne un vrai punch dans ce concentré de jeunesse. Roman prenant aussi place dans la communauté mexicaine, il pose aussi en filigrane la question de l’identité en tant qu’enfant d’une minorité immigrée aux États-Unis.

Si vous aimez : les romances pudiques. L’atmosphère du désert et des écoles du sud des États-Unis. Observer les étoiles et se demander qui nous sommes.

Benjamin_Saenz_2009

Benjamin Alire Saenz en 2009.

Autour du livre : L’ouvrage a reçu de nombreux prix dont le Stonewall Book Award 2013 qui récompense les ouvrages américains à thématique LGBT ou le Pura Belpré 2013 qui récompense le meilleur ouvrage latino publié aux Etats-Unis représentant la jeunesse. Benjamin Alire Sáenz est d’ailleurs un auteur américain né au Nouveau Mexique.

Extrait : « J’aimais quand ma mère me faisait partager ses émotions.
Parfois, il nous arrivait de nous parler. Non seulement c’était agréable, mais cela me permettait de mieux la connaître. Dans ces moments-là, elle était différente, elle n’était pas cette mère qui me donnait toujours son avis sur la personne que je devais être.
Si tu étais moins réservé… Si tu étais plus discipliné Tout le monde avait un avis sur ce qui clochait sur moi et sur ce que je devais devenir. Surtout mes sœurs.
Parce que j’étais le plus jeune.
Parce que j’étais arrivé par surprise.
Parce que j’étais né trop tard.
Parce que mon frère était en prison et que mes parents s’en voulaient sûrement. S’ils avaient dit ou fait quelque chose… Ils ne referaient pas la même erreur. J’étais pris au piège de cette culpabilité familiale ; une culpabilité dont même ma mère refusait de parler. Il lui arrivait d’évoquer mon frère en passant, sans jamais prononcer son nom.
J’étais donc fils unique et, même si je ne le voulais pas, je ressentais la pression émanant de ce statut dans une famille mexicaine. C’était comme ça. »

Sortie : le 18 juin 2015, aux éditions PKJ., 359 pages, 17,90 euros.

 

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