Arrested Development saison 4, l’impossible retour (bilan)

Arrested Development saison 4, l’impossible retour (bilan)

Note de l'auteur

Michael, très présent au début de la saison avec 2 épisodes centrés sur lui en 4 épisodes.

Et maintenant voici l’histoire d’un casting impossible à réunir en même temps, et du showrunner qui doit tout faire pour que tout tienne debout malgré ça. Voici l’histoire d’Arrested Development.

À l’annonce du retour de la série de Mitch Hurwitz, c’était surtout l’enthousiasme qui était de mise. Et pour cause ! Durant ses trois saisons d’existence, la série Arrested Development avait repoussé les limites de la sitcom en caméra unique. Les épisodes étaient d’une richesse incroyable, le casting monumental, et l’humour omniprésent et protéiforme.

Aujourd’hui qu’elle est revenue, le temps d’un run de 15 épisodes très particulier dans sa forme, Mitch Hurwitz semble être devenu le nouveau George Lucas, celui qui n’aurait pas dû retourner à l’endroit de son couronnement. Mais est-ce totalement de sa faute ?

Par principe, c’est le showrunner, et d’après ce qu’on sait de la série, il a fait ce qu’il voulait. Donc oui, bien sûr. Le plus gros problème de la saison 4 vient pourtant d’un fait que Hurwitz ne pouvait pas maîtriser totalement : le planning des comédiens.

À la place de Tobias on aurait la trouille du nouveau visage de Lindsay aussi.

Faire revenir Arrested Development, c’était réussir un petit miracle : réunir un casting de huit comédiens, tous plus ou moins actifs dans d’autres projets, et essayer de les faire interagir au maximum. Devant l’impossibilité de les rassembler réellement, le choix fut fait d’orienter chaque épisode sur un personnage en particulier, qui mettrait les autres en scène en arrière plan. D’un point de vue « production », c’est une idée de génie, d’un point de vue créatif, c’est problématique.

L’une des qualités d’Arrested Development venait de ses interactions, justement. Presque toujours en duo : Michael/George, Michael/GOB, Michael/George Senior, Lindsay/Tobias, George Michael/Maeby, Lucille/George Senior, Lucille/Buster… Dans ce run, les duos sont utilisés avec parcimonie, brisés, voire ventilés. C’est flagrant sur les épisodes centrés sur Tobias, qui tombent systématiquement à plat malgré le potentiel comique de David Cross.

Structurellement, le procédé s’avère aussi handicapant : il n’est pas rare de voir la construction d’une blague et sa résolution dans deux épisodes différents, annihilant tout potentiel comique (exemple flagrant avec l’aventure de Lindsay avec Herbert Love. Sans l’épisode de Maeby, on ne comprend pas du tout le quiproquo initial, et tout tombe à l’eau dans les deux épisodes).

En trois saisons, Arrested avait aussi réussi à mettre en place des gimmicks hilarants, souvent basés sur des jeux de mots : Tobias qui se définit comme un « analist » et « therapist », soit un « analrapist » ; la chicken dance ; Kitty Sanchez ‘say goodbye to these’ ; le ‘I made a huge mistake’ de GOB… Dans cette saison, à part de nombreux rappels des gimmicks de la période dorée, peu de choses nouvelles à se mettre sous la dent : le ANUSTART de Tobias (Tobias le prononce A NEW START, tous les autres ANUS TART, soit ‘pute anale’) ; le ‘coïncidence’ qui surgit à chaque fois qu’il y a une coïncidence (à propos, n’est-ce pas ?) ; l’utilisation de Simon et Garfunkel (pas tout le temps, mais souvent). D’autres, comme ‘and then you have it’, fonctionnent beaucoup moins bien.

GOB, personnage le mieux servi avec un excellent épisode suivi d’un très correct

Les interactions entre les personnages donnaient le sel de la série, permettaient aussi une lecture sur plusieurs niveaux. Trois Bluths qui évoluent dans le même plan, c’était la possibilité d’avoir trois blagues simultanées. Le téléspectateur devait rester sur le qui-vive, juste au cas où, vu que tout pouvait arriver. La saison 4 ne fonctionne que sur une seule dimension.

Le retour de certains guests adorés tombe parfois à plat. C’est flagrant avec Bob Loblaw, pourtant à mourir de rire par le passé. Son incursion dans l’histoire est forcée, et surtout pèche dans l’exécution. C’est le cas pour de nombreux autres : Gene Parmesan, Kitty Sanchez…

En terme de réalisation, on oscille entre le passable et l’amateurisme total. Certains plans n’ont aucun sens, d’autres sont totalement contre-productifs (à voir : la scène de ménage Lindsay/Tobias dans l’épisode 3, avec les personnages mal cadrés, en split-screen, et filmés de dos en contre-plongée… je veux bien qu’on tente des trucs, hein, mais il faut juste que ça tienne un peu la route, quand même).

Une saison qu’on aurait voulu adorer sans réserve.

L’autre immense problème de la série : le rythme. En voyant les épisodes, qui parfois atteignent les 35 minutes, on se demande si David Cross n’avait pas dit une énorme connerie, quand, au milieu de la diffusion sur la FOX, il crachait sur la chaîne qui imposait que les épisodes ne durent que 21 minutes, et soient donc expurgés de certaines scènes hilarantes. Juste pour les pubs. Déjà, s’il n’y a pas de pub, il n’y a pas de show, dont acte. Mais en plus, cette contrainte d’apparence sclérosante forçait peut-être Hurwitz & co. à accélérer les choses, à ne pas s’appesantir sur certaines scènes.

Du coup, oui, on pouvait occasionnellement passer à coté de gags, mais il y avait une impression de grand 8 comique à chaque épisode qui forçait à les regarder plusieurs fois par plaisir pur. Ici, tout prend son temps, on capte tout très facilement… mais on n’est jamais transporté.

Le grand héros de la saison, c’est évidemment Michael. L’homme « normal » (mais pas trop quand même) du récit. Le pince-sans-rire, celui qui faisait briller les autres, les « anormaux », encore plus fort. Livré à lui-même, il est beaucoup moins utile. Surtout, certainement conscient de ce défaut dans le personnage, Hurwitz l’a dé-normalisé et en a fait un équivalent des autres. Égoïste, profiteur… on n’est pas loin de la trahison, même si Michael avait sa part de mégalomanie par le passé. Certes, on comprend le choix d’Hurwitz, mais ça ne fonctionne pas.

Buster, grande déception de la saison

Du point de vue de la construction, cet ensemble est assez impressionnant. En effet, tout se recroise, s’enchevêtre. Narrativement, la saison est une réussite, tient totalement debout côté dramaturgie. Certains éléments sont cependant inintéressants au possible (le coup du mur pour empêcher les Mexicains de traverser la frontière, c’est génial sur le papier, mais c’est chiant à l’image).

Et de revenir à George Lucas. Il y a quelques années, le comédien Topher Grace (qui devait avoir beaucoup de temps libre) avait remonté la trilogie Star Wars 1, 2, 3 pour en faire un seul film. Il l’avait projeté en privé à des amis. On en vient à souhaiter que Topher, qui n’a toujours pas trop de boulot, remonte la saison 4 d’Arrested Development chronologiquement. Histoire de voir ce que ça donne. Si ça se remet à fonctionner comme avant, et si notre théorie de structure handicapante tient la route.

Le problème de cette saison 4, c’est qu’elle risque d’empêcher le tournage du film Arrested Development, les critiques étant assez mauvaises et la réaction des fans très négativre. Un film qui, lui, aurait pu réunir l’intégralité du casting pour les faire bosser ensemble et, qui sait, permis de retrouver la magie de la série d’origine. Mitch Hurwitz s’était attelé à une tâche impossible : redonner vie à un ensemble show sans l’ensemble. Pas étonnant qu’il ait échoué.

ARRESTED DEVELOPMENT, Saison 4 (NETFLIX)

Créée et showrunnée par Mitchell Hurwitz

Avec : Jason Bateman (Michael Bluth), Michael Cera (George Michael Bluth), Will Arnett (GOB), Jeffrey Tambor (George Bluth), Jessica Walter (Lucille Bluth), David Cross (Tobias Fünke), Portia de Rossi (Lindsay Bluth Fünke), Tony Hale (Buster Bluth), Alia Shawkat (Maeby Fünke), Ron Howard (Narrateur et lui-même)

BONUS

Les retours qui font bizarre
3. Steve Holt. 7 ans c’est long. C’est large, aussi.
2. Portia de Rossi. Madame, votre chirurgien esthétique a saccagé un chef d’œuvre.
1. Jessica Walter. Immuable. Formidable. Ridée et magnifique.

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