Au bal masqué (Critique d’American Bluff de David O’Russell)

Au bal masqué (Critique d’American Bluff de David O’Russell)

Note de l'auteur


Bienvenue au Grand salon de la prothèse et du postiche 2014 ! Si l’édition Cloud Atlas 2013 avait été relativement large au niveau de la thématique (avec néanmoins une nette tendance au Fu Man Chu), cette année le salon a décidé de rendre un hommage bien appuyé à Martin Scorsese, et plus principalement à Casino et aux Affranchis. Pour ce faire, le comité organisateur, sous la direction de David O’Russell, vous invite à un grand raout de stars déguisées, intitulé American Hustle (ou American Bluff, lauréat de la traduction française à la con).

Avec American Hustlebluff, les participants stars ont le loisir de faire semblant de jouer soit à Robert De Niro en version gras du bide (Christian Bale), soit à Ray Liotta en version bouclette (Bradley Cooper), soit à n’importe quelle gonzesse hystérique en version choucroute (Jennifer Lawrence), soit à faire la potiche en gardant la bouche ouverte (Amy Adams, option yeux humides ou secs), soit à l’italo-new-yorkais à banane (Jeremy Renner). Pendant ce temps-là, David O’Russell s’évertue à restituer l’ambiance des films de Scorsese. Au programme : voix off, musique rythmée et de préférence d’époque, reconstitutions vestimentaire et capillaire exagérées, travelling de dingue où on suit les personnages de derrière et puis après de devant (enfin un truc de dingue quoi), expérimentation disco à base de stroboscopes et mines patibulaires de mafieux. Robert De Niro lui-même fait une rapide apparition, histoire de donner plus de crédit à l’affaire. Et du crédit, il en faut.

Car American Bidule se déroule sous le signe de la contrefaçon grossière. Pas question de donner dans le réalisme ou dans le crédible. Il ne s’agit pas de faire du Scorsese, mais de singer Scorsese. Tout y est surjoué, surfilmé et forcément, on n’y croit pas un seul instant. On est dans une comédie policière en toc spécialement concoctée pour les Oscars et donc dépourvue de drogue, de sexe, de violence, certes, mais aussi de tension. Le film avance à la vitesse d’une amibe hémiplégique sous lexomil, et passé le quart d’heure rigolo à reconnaître qui se cache sous son déguisement (c’est super facile, je vous rassure), on s’emmerde quand même assez copieusement.

On pourrait passer limite un bon moment, s’il n’y avait pas ce côté presque indécent à voir toutes ces stars en costume de carnaval se vautrer dans la vanité la plus totale. En DTV fauché avec des acteurs en perdition, ça aurait pu le faire. Mais American Machin se donne des airs de grand film et il est difficile de passer outre la prétention de son réalisateur qui voudrait bien être vizir à la place de Scorsese mais qui n’en a finalement ni le talent, ni les couilles.

 

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