• Home »
  • SÉRIES »
  • Aurélie Filippetti au festival de La Rochelle : « On ne considère plus qu’il y ait des écritures audiovisuelles qui ne soient pas nobles »
Aurélie Filippetti au festival de La Rochelle : « On ne considère plus qu’il y ait des écritures audiovisuelles qui ne soient pas nobles »

Aurélie Filippetti au festival de La Rochelle : « On ne considère plus qu’il y ait des écritures audiovisuelles qui ne soient pas nobles »

Depuis qu’elle était arrivée au gouvernement, Aurélie Filippetti n’avait pas encore gratifié un festival de fiction de sa présence. C’est désormais chose faite avec une intervention de 20 minutes chrono, au cours de laquelle elle a pu démontré qu’elle avait bien fait ses devoirs.

20 minutes, c’est peu mais c’est beaucoup quand même pour distribuer des baffes, impulser des dynamiques, montrer qu’on a envie, dessiner de grandes lignes. Pendant ces vingt minutes, la ministre de la Culture s’est contenté de rassurer la profession sur les quelques points qui avaient agacé tout le monde ces derniers temps. Oui, elle ne considère pas la « réalitée scriptée » comme une oeuvre patrimoniale et l’a réaffirmé hier (salve d’applaudissements). Oui, elle continuera de défendre le crédit d’impôt pour le budget 2014. Oui, la création audiovisuelle de service public est primordiale et le gouvernement maintient le taux de 20% de chiffres d’affaires à investir dans la création. Enfin, oui, l’intégralité des 2 euros d’augmentation de la redevance iront à France Télévisions.

Je vous passe les habituels refrains de type « La place des scénaristes est primordiale » (en même temps, elle était en face de scénaristes, elle n’allait pas dire le contraire), « Les éditeurs ne doivent pas baisser leurs contributions », « La situation économique est difficile, mais la culture c’est important », tout le monde les connaît que trop bien.

Si Aurélie Filippetti semble très au point sur les mécanismes qui permettent de créer, ce qui marque plutôt ce discours, c’est une méconnaissance des séries qu’on produit en France. L’article du New York Times était une habile mention derrière laquelle se cacher, mais aucune série française n’a été mentionnée et quand elle a tenté, elle s’est ravisé, se souvenant que le diffuseur n’était pas présent ce jour là (Coucou Canal +). Pour mieux se cacher, la ministre a recours à notre orgueil patriotique en rappelant que le structuralisme, père de la narration audiovisuelle, est née en France. Sans oublier, bien sûr, de mentionner que désormais « l’élève (les Etats-Unis) a dépassé le maître (la France) ». Cocorico et chapeau pointu !

Gargariser la foule de ce qu’elle savait faire il y a un siècle, ne résout malheureusement les problèmes soulevés par les scénaristes aujourd’hui. Plus tôt, l’un d’entre eux avaient lancé « Peut-on faire de la bonne création quand le budget consacré à l’écriture ne cesse de baisser? ». A cette question, la ministre ne répondra pas, préférant dérouler un discours bien préparé. Par contre, elle affirmera son soutien au service public et à l’entreprise gérée par Rémy Pflimlin. Après s’être tant haï, ces deux-là semblent enfin avoir accordés leur violon autour de l’idée que la fiction peut être un outil de représentation et un marqueur de notre diversité culturelle.

De sa vision pour la création audiovisuelle, la foule de producteurs, scénaristes et diffuseurs présents n’entendra rien de concret ou de nouveau : « Je suis confiante dans la créativité, la force d’imagination à condition de ne pas renier sur notre idéal », « On ne considère plus qu’il y ait des écritures audiovisuelles qui ne soient pas nobles », « Il faut se féliciter des signes d’un renouveau dans la fiction audiovisuelle française. » La ministre semble vouloir envoyer un message clair : elle se place comme la protectrice des systèmes mis en place. Par contre, si la fiction française veut avancer, c’est aux professionnels du secteur de faire le travail de fond nécessaire. Elle n’est pas capitaine de navire, chacun d’entre nous l’est. Et c’est de cette belle anarchie, où chacun se tire dans les pattes et entend ce qu’il veut, que la fiction française doit continuer de renaître. Heureusement pour nous, la révolution est une spécialité française, elle se fait malheureusement souvent dans un bain de sang.

Partager