• Home »
  • CINÉMA »
  • Une belle épopée super-héroïque… mais sans surprises (Critique d’Avengers l’Ere d’Ultron)
Une belle épopée super-héroïque… mais sans surprises (Critique d’Avengers l’Ere d’Ultron)

Une belle épopée super-héroïque… mais sans surprises (Critique d’Avengers l’Ere d’Ultron)

Note de l'auteur

avengers_2_age_of_ultronEnfin, après 3 ans d’attente, la patience autour du film de Whedon concomitant à son paroxysme les fantasmes les plus fous auxquels on était en droit d’attendre, prend enfin vie. Alors oui, fondamentalement, aucun suspense, Avengers 2 est réussi… mais se trouve aussi assez décevant sur certains aspects, dû à certains choix scénaristiques, mais aussi via le fameux univers partagé cher à Kevin Feige et à Disney.

Mais avant de râler, commençons par en révéler les qualités plus qu’appréciables : car Avengers 2 défouraille comme rarement on a pu le voir au cinéma,  grâce à une réalisation tip-top, énergique, presque vidéo-ludique sur certains plans, bref, de l’entertainement pur jus, ultra bien troussé et qui envoie méchamment dans sa dernière demi-heure. Le film fait la part belle aux seconds couteaux de l’équipe, donnant enfin plus de matière à Banner et surtout à Hawkeye, la graduation dramaturgique pour Black Widow continuant toujours un peu plus dans cet épisode depuis Iron Man 2. Notons la belle surprise concernant Vision, diablement incarné par Paul Bettany et d’une grande justesse, idem pour Scarlet Witch, ici franchement réussie,  qui a suffisamment voix au chapitre pour avoir du poids dans le MCU à l’avenir, à contrario de son frère, Quicksilver, ne gagnant de l’épaisseur que dans le dernier tiers du film.  L’humour de Thor, véritable trublion de service, apporte un vent nouveau de fraîcheur pour le personnage, contrebalancé par quelques moments plus sombres dans l’intrigue mais rien de bien traumatisant non plus.

1Les louanges étant terminées, pourquoi Avengers 2 est assez décevant à plusieurs titres? Là où le film pose d’emblée problème, c’est déjà via son vilain, Ultron. Dès sa naissance en fait, rapide, trop précipitée, et trop soudaine. Puis presque de manière immédiate, l’attaque du robot à l’encontre des avengers en devient déroutante, voire franchement maladroite dans sa construction. Cette volonté d’action instantanée et donc inaboutie, n’est malheureusement pas du tout compensé par Ultron lui-même. Le nemesis des Avengers manque en effet d’épaisseur, de charisme, (Le doublage VF est franchement raté à ce sujet et n’aide pas à l’entreprise) et surtout, elle ne parait pas vraiment menaçante (ou tout du moins, jusqu’au dernier quart du film). Avec tout le pouvoir informatique que prétend posséder le robot, on est en droit d’attendre quelque chose de plus intimidant, puissant et vraiment ravageur, que ce soit à travers  les réseaux du Web ou de sa puissance à se disperser à travers la planète grâce à des clones. En vain. La conscience d’Ultron manque sincèrement de jugeotte sur certaines de ses actions et le film en pâtit…   Mais le vrai souci d’Avengers 2 se situe ailleurs :  il ne fonctionne qu’au travers de deux points de vue, uniques et intangibles, celui des héros et de son méchant.

avengers3_referenceEn effet, nous ne verrons le film qu’au travers des Avengers et de son robot psychopathe. Personne d’autre. Plus de médias, plus  de témoignage du public, ou d’un individu lambda. Vraiment personne. A contrario du premier opus, le film ne prend plus le temps pour cela, séparant sa narration uniquement entre Ultron et les Avengers, malmenant alors d’autant plus la crédibilité de son récit, où chaque individu vivant sur terre sont pourtant témoins de ce que font les super-héros de Whedon…mais le film ne s’en soucie guère. C’est là le pendant du film: Les Avengers font ce qu’ils ont à faire et point. Et d’ailleurs, ils n’ont de compte à rendre à personne. Ce qui est encore une autre maladresse du film de Joss Whedon.

Dans tout univers fictionnel qui tend un peu à la crédibilité, surtout quand il ressemble au nôtre, il est bon de rappeler que le monde dans lequel nous tournons est régi par des lois et des forces identiques. Ici, chaque intervention des Avengers ne prend jamais en compte aucune décision ou opinion d’hommes politiques, représentants de la loi, de l’armée ou de quoique ce soit d’autre de similaire.  Le scénario évacue en effet absolument toute forme d’autorité, quel qu’elle soit, excepté  celle des Avengers,  équipe en fait à peine tolérée après Captain America Winter Soldier. Bien sûr, il n’y a plus de S.H.I.E.L.D.. Mais il existe encore un gouvernement américain que je sache, qui ici, semble inexistant, même pas en filigrane. Il aurait été bon d’apporter, même le temps d’une phrase, que les Avengers ont toute liberté pour attaquer ou se défendre quand c’est nécessaire. On a littéralement l’impression qu’ils sont devenus les gendarmes du monde libre légitimement sans qu’il n’y ait besoin de le préciser. En ce sens, une scène, une séquence aurait suffi pour expliciter la chose. Mais encore une fois, le film n’a pas le temps de s’embarrasser de ce genre de (gros) détails.  Dont acte: Le temps  d’une phrase sibylline lâchée par Maria Hill, après les ravages du Hulk et du Hulkbuster, sera la seule mise en garde à l’encontre des super-héros.  Dommage que Joss Whedon fasse l’autruche car le premier épisode avait très bien réussi à gérer cela, avec Fury et les têtes pensantes qui sont au dessus de lui, décidant ou non de l’intervention ou non des Avengers. Il faut croire (espérer?) que tout cela servira pour Captain America Civil War

 

3447510.jpg-r_x_600-f_jpg-q_x-xxyxxL’autre problème du film, plus mesuré tout de même, vient aussi de ses promesses en tant qu’univers partagé, mais plus précisément sur celui d’un film de la phase 2.  En l’occurrence, il s’agit d’Iron Man 3.  Si on évitera de parler des qualités (hem…)  intrinsèques et très discutables du film, on est en droit de se demander à quoi a t-il bien pu servir dans la phase 2? Ou plus simplement, à quoi sert Iron Man 3 en fin de compte?   Si déjà ce dernier s’affranchissait déjà de toute la phase 1 et d’Avengers (ou presque, Stark récupérant des angoisses après la bataille de New York), c’est ici encore pire dans cette phase 2. Le syndrome post traumatique de Tony Stark a semble t-il disparu après tous ces événements. Il aurait été bon de le notifier, puisque Tony reste lui même, toujours aussi cool et arrogant, plus poussé par Scarlet Witch qu’autre chose à agir sur la création de Ultron. Ce sont ces angoisses qu’il l’amène à cesser d’être Iron Man. C’est aussi pour Pepper Potts qu’il était censé ne plus créer d’armure. Si ce revirement évident prend place dans Avengers 2, pourquoi ne pas expliquer clairement la situation?
3Au-delà des considérations geeks qui peuvent être amusantes quand on note tout cela, il faut souligner que tous ces éléments sont les points d’orgue des films Iron Man. Conclusion évidente : que ce soit en solo, dans la trilogie ou dans l’univers partagé, Iron Man 3 ne sert (définitivement) à rien. On lui aurait donner le bénéfice du doute si des éléments avaient pu être utilisé correctement dans Avengers 2 mais il faut croire que Whedon semble plus ennuyé par le film de Shane Blake qu’autre chose et il est clair qu’il a préféré ne pas en tenir compte. C’est aussi là que se trouve toute la limite du système du MCU. Malgré son personnage le plus emblématique, la matière narrative de ce troisième film n’a pu être introduite ou apporter quoique ce soit à Avengers 2. Et c’est bien dommage. Enfin, la conclusion de Avengers 2 étonne, par son épilogue lumineux et plein de promesses, (voire trop avec cette nouvelle base des New Avengers après tant de dommages collatéraux…) mais aussi son futur, que l’on devine dramatique à l’aube d’une guerre civile qui nous attend et dont on ne comprend pas vraiment le cheminement à venir.  Reste à découvrir le cross-over avec Agents of Shield la semaine prochaine pour mieux comprendre le superbe deus ex machina avec Fury et son héliporteur flambant neuf apparaissant à la fin du film!

Pour finir, malgré tout cela, Avengers 2 l’ère d’Ultron, est un film qui fait le job, bel et bien. Mes reproches sont dédiés à l’ambition de Disney et consorts à vendre trop de rêve pour accoucher au bout du compte d’un film incroyablement généreux mais au bout du compte, très balisé et pas vraiment surprenant.  Il en reste donc un très bon spectacle quand même, qu’on aurait voulu tout aussi exploité dans la forme que dans le fond. Et quand on sait que Joss Whedon avait un montage original de 3 heures, je rêve d’une version longue un jour prochain. En attendant, on rongera notre frein avec le prochain et dernier film de la phase 2, Ant-Man mais aussi avec les frères Russo qui remplaceront Whedon comme des Messies bienvenus pour Avengers 3 et 4.   

Partager