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Avi Arad : « J’ai pardonné à Kevin Feige, il suivait des ordres » (Exclu Daily Mars)

par John Plissken - Le 2 mai 2014 Actu, Cinéma

aviaradEn exclu pour vous, chers petits veinards, voici la lettre extrêmement courroucée qu’Avi Arad a envoyée, la semaine dernière, au journaliste de Business Week Devin Leonard pour un article jugé très complaisant sur Kevin Feige, actuel patron de Marvel Studios. Le temps d’une ligne, le papier de Leonard avance que la démission d’Avi Arad de Marvel, en 2006, était liée au désaccord d’Arad avec la stratégie de production par le groupe de ses propres films. Avi Arad contre-attaque et sa réponse en dit long sur une certaine amertume du producteur vis à vis de son ancien employeur. Et aussi vis à vis de Kevin Feige, son ex-dauphin…

 

Depuis son départ de Marvel Entertainment en 2006, Avi Arad ne cache pas en privé son agacement sur la manière dont, selon lui, son ex-employeur tend à l’écarter du tableau de la réussite de Marvel Studios au profit de Kevin Feige, actuel patron du studio et ex-dauphin d’Arad. Mais récemment, l’irritation a viré à la colère noire. C’est un article de Business Week daté du 3 avril dernier et signé du journaliste Devin Leonard, qui a décidé Avi Arad à se fendre d’une lettre rageuse mais argumentée, adressée à Leonard.

Cette lettre, que le Daily Mars reproduit ci-dessous, en dit long sur la crispation des relations entre Arad et le groupe Marvel, désormais propriété de Disney. Intitulé The Pow! Bang! Bam! Plan to Save Marvel, Starring B-List Heroes, l’article qui a fait sortir Avi Arad de ses gonds revient sur les circonstances de la création de Marvel Studios en tant que structure de production de films. Passionnant au demeurant, il se présente comme une visite guidée des locaux de Marvel Studios, désormais situés à Burbank, près du siège de Disney, après avoir déménagé de leur bâtiment de Manhattan Beach voici un an. Devin Leonard décrit son petit tour en compagnie de Kevin Feige.

Présenté comme “l’un des responsables de studio les plus malins et doués de sa génération”, Feige est la véritable star du reportage de Leonard. Ce dernier, qui a assisté à l’avant-première californienne de Captain America 2, ouvre son article sur cette soirée, décrivant comment la foule scande le prénom de Feige lorsqu’il fait son entrée sur le red carpet. Puis le journaliste égrène la success story hallucinante des Marvel movies depuis la sortie d’Iron Man en 2008, avant de revenir sur le parcours de Kevin Feige.

kevin-feige1Quadra issu de la génération Star Wars, “obsédé par les franchises Star Wars, Indiana Jones, Retour vers le futur et le premier Robocop”, Feige reconnait n’être devenu fan de l’univers Marvel que sur le tard. Diplomé de l’USC puis engagé dans les années 90 comme assistant de production au sein de la société de Lauren Shuler Donner (épouse de Richard et productrice de la franchise X-Men), Feige aurait, selon Business Week, conseillé activement Bryan Singer d’adopter une approche respectueuse du comic book dans le premier X-Men. Impressionné par le flair de Feige, Avi Arad l’aurait alors engagé comme son second au sein de Marvel Studios.

L’article de Business Week aborde ensuite la décision de Marvel de produire ses propres films à partir de 2005, plutôt que de céder ses licences à d’autres studios comme ce fut le cas avec X-Men (Fox) et Spider-Man (Sony). Devin Leonard lâche alors une phrase qui, visiblement, est restée en travers du gosier d’Arad : “Arad, qui doutait de cette stratégie, a démissionné l’année suivante. Feige fut alors promu patron du studio en 2007. Il avait 33 ans et contrôlait le premier studio indépendant majeur créé à Hollywood depuis DreamWorks.

 Le reste de l’article place Feige au coeur de toutes les décisions stratégiques qui ont emmené Marvel Studios toujours plus haut, jusqu’au rachat par Disney en 2009. L’article attribue à Feige l’idée de situer, envers et contre l’avis d’autres cadres, l’intrigue du premier Captain America pendant la 2e Guerre mondiale. Ou celle de placer Thor dans un contexte contemporain, conformément aux histoires de Stan Lee dans les sixties, alors qu’une première version du scénario le situait dans un monde moyenâgeux. Devin Leonard évoque aussi le fameux “comité créatif” formé au sein de Marvel Studios par, entre autres, Louis d’Esposito, Joe Quesada, Alain Fine et Kevin Feige.

Le long article de Leonard présente au final Feige comme le véritable super héros de Marvel Studios, désormais ravi de travailler à deux pas des bureaux de Bob Iger et Alan Horn (président de Walt Disney Studios). Une version des faits qui manifestement fait monter la moutarde au nez d’Avi Arad, qui tient manifestement à ne pas laisser Marvel le faire disparaitre du tableau :

 « Good morning Devin. As usual you manage to disappoint me with your false statements. I am sure you were told by Marvel that I resigned over the self-financing strategy. It is about time for a reporter like you to do your homework and check the facts. It will sound arrogant to you, but I single-handedly put together the Marvel slate. Read it carefully and you will notice the natural progression of the character’s design to get to where we are today. You should reach out to Merill Lynch and Ambac Insurance and to our international partners that came on board based on my track record. Our financial partners counted on my reputation. I had to work very hard to convert the doubters. They trusted me and without Iron Man this article would have not been written. Iron Man was not even in the original slate. I knew that we needed it so I set out to get it back from Newline and the rest is history. Our financing would have never happened without me reaching out to Brad Grey to make a distribution deal that will give you a corporate guarantee. Other people in Marvel worked for many months with Universal and could not reach a deal. I got tired of waiting and went to Brad. The deal was done in days, successful for both companies. The big presentation to financial institutions and insurance companies took place on the Paramount lot. I was the presenter and it worked. Does this sound to you like someone who disagreed with the strategy to make our own movies? I have forgiven Kevin for following orders and taking the credit, but he had no choice. Shame on you for kowtowing to your business gods. I have given up on journalistic integrity. You called me to talk about Kevin and I gave you the most true and glowing account on someone that I love and respect. Share your notes otherwise you just wasted my time. I will share this letter with other papers and your management to demonstrate the unprofessional self-serving work this reporter demonstrated ».

(e-mail reproduit avec l’aimable permission d’Avi Arad).

 

TRADUCTION : 

« Bonjour Devin. Comme d’habitude, vous vous débrouillez pour me décevoir avec vos fausses allégations. Je suis sûr que c’est Marvel qui vous a raconté que j’ai démissionné en raison du choix de la stratégie d’auto-financement. Il serait temps que vous fassiez votre travail de journaliste et vérifiez les faits. CA vous paraîtra peut-être arrogant, mais je suis bel et bien le seul à avoir mis en place le calendrier de films Marvel. Lisez-le attentivement et vous constaterez la progression du design des personnages pour arriver où nous en sommes aujourd’hui. Vous devriez contacter Merrill Lynch et Ambac Insurance ainsi que nos partenaires internationaux, qui nous ont rejoint sur la foi de mes précédents résultats. Nos partenaires financiers misaient sur ma réputation. J’ai dû travailler très dur pour convaincre ceux qui avaient des doutes. Ils m’ont fait confiance et sans Iron Man, cet article n’aurait jamais été écrit. Iron Man n’était même pas prévu dans le calendrier original. Je savais que nous avions de besoin de lui et j’ai donc fait en sorte d’en récupérer les droits auprès de New Line et le reste appartient à l’Histoire. Jamais nous n’aurions obtenu les financements nécessaires si je n’avais pas contacté Brad Grey (PDG de Paramount Pictures – NDLR) pour arranger un accord de distribution qui nous donnerait une garantie solide. D’autres personnes chez Marvel ont travaillé durant plusieurs mois avec Universal sans jamais parvenir à un accord de distribution. J’en avais assez d’attendre et je suis donc allé contacter Brad. Le deal fut signé en quelques jours, profitable aux deux compagnies. La grande présentation du projet aux institutions financières et compagnies d’assurance a eu lieu au studio Paramount. J’en ai assuré la présentation et ça a marché. Est-ce que ce que je vous raconte vous semble venir de quelqu’un qui était en désaccord avec la stratégie de produire nous-mêmes nos films ? J’ai pardonné à Kevin pour avoir suivi les ordres et s’en attribuer le mérite, mais il n’avait pas le choix. Honte à vous de vous aplatir devant vos dieux du business…  Je ne me fais plus d’illusions en ce qui concerne l’intégrité journalistique. Vous m’avez appelé pour parler de Kevin et je vous ai donné le compte rendu le plus fidèle et radieux de quelqu’un que j’aime et que je respecte…. »

 

 


Journaliste pigiste ciné/séries/entertainment depuis 1999, schizophrène depuis la création de son précédent blog John Plissken of Mars en 2008, Philippe Guedj a suivi le parcours classique du fanboy : premier Strange à cinq ans, Goldorak et Star Wars à 7, L’Homme qui valait 3 milliards, Magnum et Hill Street Blues entre 7 et 10, Zombie en VHS à 14, Assaut et Blade Runner à 15, Homicide à 27… liste sur demande ! Devrait s’arrêter de parler de lui à la 3e personne.

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