Awkward (Bilan de la saison 2)

Awkward (Bilan de la saison 2)

Révélation de l’été 2011, la comédie imaginée par Lauren Ungerich s’est rapidement imposé comme un « Teen Show ++ ». Cet été, la série a continué à grandir.Quitte à surprendre (un peu) ses adeptes.

Awkward est une série rare, et peu à peu, le Monde commence à le savoir.

Avec constance, avec un talent d’écriture indéniable lorsqu’il s’agit de combiner punchlines comiques et scènes d’introspection, la scénariste, réalisatrice et productrice Lauren Ungerich (1) a effectivement réussi un vrai tour de force.

Elle est parvenue à imposer sa création dans le groupe très fermé des vraies séries d’ados. Celles qui embrassent toutes les contradictions d’un âge plus souvent complexe qu’ingrat. Et qui ne versent jamais dans la caricature vaine.

Aujourd’hui, Awkward tient effectivement compagnie à des fictions qui ont pour nom Angela, 15 ans, Buffy contre les vampires, Once & Again (2) et Friday Night Lights. En la matière, on fait quand même bien pire.

Personnellement,je ne suis pas un mordu de teen shows. Mais dès le départ, le bouche-à-oreille était clairement bon (3) et le point de départ du récit, plutôt accrocheur. Avec son ado vraiment pas populaire mais victime d’un accident stupide interprété par tous comme une tentative de suicide, on avait là, il est vrai, un argument de comédie assez imparable.

Comme Lauren Ungerich ne manque pas d’ambition, elle a choisi d’intégrer cet événement dans un arc narratif plus global : un triangle amoureux, qui lie Jenna à Matty McKibben et Jack Rosati. Et elle a réussi son pari.

Au fur et à mesure des épisodes, chaque personnage est peu à peu sorti de sa « fonction originelle » pour gagner en psychologie et mieux servir le postulat de départ d’une comédie culottée. A la fin des 12 premiers épisodes, la série avait d’ailleurs trouvé un ton, un équilibre et un champ d’expression assez étonnants, entre comédie romantique et farce férocement mordante.

En juin, Awkward est revenu et dès le premier épisode, on a retrouvé la voix qui fait la singularité de la série. Avec un prologue d’une virtuosité étourdissante (un monologue de Jenna en voix off tout en rythme), Ungerich a donné l’orientation des épisodes à suivre. Alors que son héroïne formalise ses états d’âme de façon très aboutie, on se rend compte que cette fiction est en train de changer. De grandir, plus précisément.

N’en déplaise à Aaron Sorkin, développer un triangle amoureux véritablement dynamique, cela ne va pas de soi. Cela impose surtout de trouver un vrai équilibre entre les forces en présence. Pour préserver la force et le capital sympathie de chaque personnage.

C’est précisément  ce que parvient à faire cette saison 2. Chaque action de l’un (ou de l’une) a forcément des répercussions sur les autres… et elles touchent le téléspectateur. Toujours.

Du coup, l’aspect « comédie romantique » est remarquablement entretenu. Mais cela se fait sans doute aux dépens de l’autre caractéristique de la série.

Certes, les personnages de Tamara et de Valérie gardent tout leur potentiel comique sans jamais devenir artificiels. Certes, celui de Ming prend aussi du relief (comme celui de Lacey, la mère de Jenna). Cependant, on ne retrouve pas toujours toute la gnaque comique qui faisait la singularité du projet à l’origine. Ce côté irrévérencieux qui faisait mouche à chaque fois.

Ce petit truc en plus, on le voit par exemple dans l’épisode où Jenna essaie de faire le point en participant à une retraite dans un camp chrétien. Là, les répliques fusentet le situations jaillissent de manière complètement jubilatoire : ce n’est pas un cas de figure que l’on retrouve si souvent que cela.

C’est un peu regrettable… mais peut-être que c’est ça, Awkward : une série  dont le récit mûrit par la force des arcs qu’elle développe. Car son équipe d’auteurs a conscience que chaque choix porte en lui une certaine responsabilité si l’on veut réussir ce que l’on fait.

A la fin de la saison, on comprend cependant que Jenna est encore une adolescente : elle n’a pas encore saisi que choisir, c’est renoncer. Du coup, alors que MTV a commandé une saison 3 de 22 épisodes, la série se retrouve face à un choix analogue à celui de son héroïne. Continuer d’explorer deux directions qui parfois se rejoignent et parfois s’éloignent, ou abandonner une part de ses ambitions personnelles.

Clairement, l’augmentation du nombre d’épisodes produits peut permettre à Awkward de préserver sa spécificité… comme elle peut la faire rentrer dans le rang. Mais étant donné la sincérité du projet, quand on songe à la maturité de celle qui l’anime depuis deux saisons, on peut raisonnablement rester confiant. Suffisamment pour attendre la suite avec impatience.

(1) : Tiens, comme Lena Dunham : vous savez, la fille qui était en lice partout aux derniers Emmys mais n’a rien eu…

(2)  : Jessie Sammler, tu resteras l’ado la plus bouleversante du début des années 2000. Sache-le.

(3) A l’époque, on disait « Oui, c’est sur MTV mais c’est bien quand même ». Je vous parle d’un temps que les moins de deux ans ne peuvent pas connaître : Teen Wolf n’était pas non plus à l’antenne et apparemment, ça aussi, c’est bien.

AWKWARD, saison 2 (MTV)

Créée et showrunnée par Lauren Ungerich

Avec Ashley Rickards (Jenna Hamilton), Beau Mirchkoff (Matthew « Matty » McKibben), Brett Davern (Jack Rosati), Desi Lidyc (Valérie), Jillian Rose Reed (Tamara).

 

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