Banshee, bilan de la saison 2

Banshee, bilan de la saison 2

Note de l'auteur

Banshee, c’était la bonne surprise de la saison dernière. Une série fun, pulp, parfois too much, mais qui excellait dans son cadre prédéfini. Issue de l’esprit de deux romanciers, David Schickler et Jonathan Tropper (qui sont crédités au générique de chaque épisodes de la saison 1), la série entrait pour la première fois dans un mode d’écriture/production traditionnel, avec une salle d’écriture et 5 scénaristes. Une mini-révolution qui aurait pu changer la série. Avec la diffusion de son dernier épisode en fin de semaine dernière, c’est le moment de tirer le bilan.

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« Lucas » et « Carrie » viennent d’éliminer Rabbit et ses sbires. Du moins c’est ce qu’ils se disent pour se rassurer. Le corps de Rabbit n’a jamais été retrouvé. Jim Racine, agent du FBI, arrive en ville pour faire la lumière sur les évènements : un bain de sang dans lequel la police locale était partie prenante. Alors qu’on imagine un agent Racine bien propre sur lui s’opposer au merdier surréaliste que représente Banshee, on tombe de haut. Racine n’a qu’une obsession : Rabbit. Il se fout de Banshee, de Hood, de Proctor. Pour la forme, il colle Carrie en prison.

Banshee se connaît si bien. De ses auteurs à son réalisateur-showrunner Greg Yaitanes, la série sait exactement de quoi elle a besoin pour avancer. L’an dernier on se posait des questions sur la capacité du show à renouveler le petit miracle que réprésentait la première saison : c’est-à-dire une série sur laquelle on peut coller le label « grotesque » qui s’avère être un modèle de divertissement (1). La seconde saison arrive comme une évidence : ça marche toujours aussi bien.

Elle est toujours constellé des mêmes défauts de crédibilité, certes. Mais pas plus que 24, Homeland et autres Sons of Anarchy pourtant  saluées par la critique dans leurs premières saisons. Non, le protagoniste principal n’aurait jamais pu devenir shérif comme il le devient dans le monde réel, ni le rester plus de trois semaines. Mais quelque part, c’est une convention à laquelle il faut adhérer, comme on adhérerait à une série se déroulant dans une station spatiale investie par une centaine de races extra-terrestres humanoïdes habillés avec une version élaborée d’un pyjama.

Odette-AnnableUne fois qu’on a décidé d’arrêter de râler sur la question, Banshee fait partie de ces séries hautement addictives, sacrément bien tournées et qui offre, ponctuellement, sa petite montée d’adrénaline. Il n’existe aucune autre série à l’antenne qui mette aussi bien en scène les scènes de combat (2). C’est toujours fun, juste ce qu’il faut d’exagéré, et prend viscéralement aux tripes.

Cette saison, la série offre une galerie de nouveaux personnages, et ils sont assez jubilatoires. On a donc Racine, clopeur à demi-mort, obssédé par Rabbit et incarné par le jamais décevant Zeljko Ivanek. Le petit Jason Hood, pas forcément le plus captivant de la bande, mais assez éloigné du cliché du « gamin casse-couilles » pour ne pas devenir insupportable. Chayton Littlestone, chef de la gang des Redbones est le plus mémorable. Sorte de masse de muscles, il restera celui qui, à ce jour, n’est pas tombé sous les coups de Lucas Hood. On redécouvre aussi le personnage de Nola, sœur du chef de la tribu Kinaho, et qui agit en tant que son bras armé. Nola est sans pitié, forte et agile, et s’impose dès le début de la saison comme une icône badass.

Avec ces nouveaux visages, les anciens de la série ne sont pas toujours aussi bien mis en avant que l’an dernier. Lucas s’en tire toujours avec la part du lion, et ça nous permet d’en savoir plus sur son passé. Les révélations le concernant justifient pour beaucoup son attitude générale, et surtout la façon dont il se bat. Dans l’arrière-plan de Lucas, Siobhan prend de l’importance, à la fois dans le récit et dans la vie du faux Shérif. Celui qui surprend chaque épisode un peu plus, c’est Job. Caricatural au départ, le personnage gagne en épaisseur cette année, sans pour autant dévoiler son passé. Mais voilà, à force de le côtoyer, on voit ses nombreuses protections se fissurer. On l’avait entre-aperçu l’an dernier avec sa relation avec Sugar. Ça se confirmé cette saison. Job nous fait rire, Job nous désarçonne… et surtout il nous émeut. Quand sa vie est en danger, on en vient même à se dire « non, pas Job! ». Impensable quand on repense au pilote…

head_Kai-ProctorUn autre qui gagne en exposition, c’est Kai Proctor. Et en même temps, comment ne pas donner de l’importance à un tel personnage, intérprété par un tel acteur ? Proctor est terrifiant et en même temps émouvant. D’une scène à l’autre il nous tire les larmes (avec sa mère) et il nous donne envie de gerber (avec sa nièce). Finalement, celles qui perdent beaucoup cette année sont les femmes. Le personnage de Rebecca ne se sort jamais de son archétype: femme-enfant hypersexualisée, en recherche d’un homme fort pour la protéger. Rebecca se fait enlever, violenter, trahir… la situer est très compliqué car c’est certainement le personnage qui fait le moins preuve de cohérence dans ses actions. Tantôt compréhensive, puis froide, puis terrifiée, puis complice… ses humeurs changeantes seraient admissibles si ses actions ne servaient pas à ce point le scénario quand il a besoin d’elle.

Enfin vient Carrie/Anastasia. Pendant longtemps, on se demande où est Ivina Milicevic dans cette saison. A part quand elle prend des douches en prison. Sortis du double-épisode final et du magnifique (j’y reviens) « The truth about Unicorns », Carrie semble être dans une autre série. « Les aventures de maman en prison ». Plutôt décevant, pas très engageant. L’idée de l’extraire de son cocon familial était peut-être bonne sur le papier, mais l’exécution est assez triste. Car si Carrie doit sortir de prison au bout de 30 jours comme convenu et rejoindre la communauté afin de mener au climax attendu, il ne peut RIEN SE PASSER en prison. Elle ne peut pas être piégée, ni trop se défendre ni tuer… parce que sinon, elle y reste bien plus et ça n’arrange personne. Coincée dans une zone de non-péripétie, elle ennuie à chaque apparition, entre ses douches, donc, ses conflits factices, et ses coups de fils dans le vent à sa famille.

Oui, j’ai parlé des nouveaux dans le casting et j’ai omis de parler de Julian Sands, qui joue le rôle du frère de Rabbit, un ecclésiastique qui n’a rien contre les armes à feu. Voilà deux séries qui castent Julian Sands dans des rôles qu’on qualifiera, au mieux, d’anecdotiques. Dans Dexter il est expédié très rapidement. Dans Banshee on le voit plus, au final, dans les modules Banshee Origins que dans la série principale. Julian Sands est mauvais comme un cochon, ça n’est pas d’aujourd’hui. Sands, c’est le type que vous embauchez parce que vous n’avez pas assez d’argent pour avoir Jeremy Irons. il serait temps d’arrêter de le caster (3).

Parmi tous les épisodes, globalement de bonne facture (peut-être à l’exception du 7ème « Evil for Evil » qui gère les conséquences de l’arche de Jason Hood, franchement faiblard), un sort du lot. Car si Banshee est une série qui connaît ses qualités, elle se permet aussi de tenter des choses différentes. L’épisode « The Truth about Unicorns » raconte les 24h qui suivent la sortie de prison de Carrie, ramenée à Banshee par Lucas.

bansheeL’épisode agit comme un rêve éveillé, parenthèse poétique et étrange au milieu d’un déluge de violence et de sexe. Un épisode qui détonne, surprend, et qui pour autant n’est pas dénué d’importance sur le déroulement général de la saison. Pendant 50 minutes, Banshee emprunte son rythme et son esthétisme à une autre série, Rectify, en prenant le temps d’être contemplative et introspective. Un épisode à la fois riche et émouvant, sans pour autant qu’il soit hors du ton de la série. Un beau travail de John Romano, scénariste vétéran (qui fut entre autres le scénariste de La Défense Lincoln) et de Babak Najafi, réalisateur suédois de Stockholm noir. Mafia blanche à l’image.

Etre fun n’empêche pas d’avoir de l’ambition, donc. Et d’avoir une ambition thématique. Si la première saison avait traité de la nature, la seconde aborde l’identité. Kai va voir son passé ressurgir cette année. Complètement coupé de ses racines, il ressemblait à une brute épaisse qui choque les siens en permanence en saison 1. En saison 2, on le voit comme un enfant perdu qui n’a pas eu le soutien qu’il aurait dû avoir, et qui a sombré. Carrie va être obligée, cette saison, d’être honnête avec Gordon si elle veut revoir sa famille, et donc lui révéler son nom et son passé. Lucas, comme une évidence, voit son identité questionnée. Par Racine, par Gordon, par Siobhan, par un assassin venu éliminer Jason Hood… celui dont le vrai nom n’est jamais prononcé reste une énigme. Un personnage résumé dans un échange avec Carrie qui lui demande « mais combien de vie as-tu vécu ? » « Au final, aucune » répondra-t-il.

Banshee est une série addictive, fun, qui ne s’interdit presque rien et prend le pli de traiter les choses avec intelligence et un ancrage thématique sous-jacent. Si vous aimez les séries B, Banshee est certainement son meilleur représentant à l’écran aujourd’hui.

(1) : Non, je ne précise pas « intelligent ». Ça n’est pas nécessaire.

(2) : Allez regarder Believe et ses slap-fights pour vous en convaincre

(3) : Ou d’économiser pour embaucher Jeremy Irons.

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