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Ennui Spectaculaire (critique de Batman v Superman : l’Aube de la justice)

Ennui Spectaculaire (critique de Batman v Superman : l’Aube de la justice)

Note de l'auteur

Après un Man of Steel efficace mais controversé, le choc des titans de Zack Snyder débarque enfin après une gestation pour le moins hasardeuse. Attendu de pied ferme par le public, autant pour les attentes qu’il génère que pour les craintes qu’il nourrit, Batman V Superman dévide malheureusement une intrigue christique où onirisme de pacotille et destruction massive gratuite convolent ensemble sans jamais rentrer en symbiose. Retour sur une projection interminable. 

Suite aux événements de Man of Steel, la ville de Metropolis a été précipitée dans la tourmente du combat entre Superman et le général Zod. Bruce Wayne, témoin des ravages engendrés par le combat entre les deux kryptoniens, estime que celui que l’on nomme désormais Superman, est une menace qu’il faut à tout prix arrêter. Dans l’ombre, le magnat Lex Luthor complote sur l’homme d’acier en cherchant à s’emparer de sa technologie extraterrestre…

Lors de l’annonce de Batman v Superman au public, dire que le projet de Time Warner (détenteur des droits DC comics) suscitait beaucoup d’interrogations et d’anxiété relève de l’euphémisme. Après le demi-succès critique et financier de Man of Steel, parfois lapidé sur la place publique dû à certaines décisions scénaristiques (combat dans Metropolis sans se soucier des civils, Superman tue Zod…), Zack Snyder se sent obligé dès lors de faire ses preuves plus que de raison. Il n’empêche. Son retour agace. À ceci s’ajoute l’annonce de la présence de Ben Affleck et de Gal Gadot au casting, créant une déferlante de critiques assassines. Par-dessus cette opprobre fort pesante, le blockbuster doit en plus instaurer les prémices du film chorale Justice League* et laisse entendre dans ce choix une précipitation malvenue qui risquerait d’envoyer Batman v Superman droit dans le mur. Le tableau dépeint alors déjà une confiance du public bien terne dans la direction choisie par le studio.

Pour Warner justement, il s’agit surtout d’un lancement de produit pharaonique pour les années à venir. Fort d’un budget approchant les 400 millions de dollars (communication incluse), la multinationale espère enfin réussir à lancer la machine à cash de son propre univers partagé, le DCEU**. Un investissement mirifique, d’une importance folle dont l’échec n’est même pas envisageable. Ce choc des titans entre les deux héros tient d’ailleurs de l’allégorie marketing. Il s’agit avant tout d’un combat acharné de l’outsider Warner-DC acculé dans les cordes par le champion toutes catégories du domaine qu’est Disney et ses loufiats marveliens depuis de nombreuses années. Batman v Superman ne vise donc pas le simple succès au box-office. Il ambitionne une réussite totale pour assurer la pérennité de toute sa charpente filmique à venir.

Alors Zack Snyder, tel un messie dans la paroisse de Warner-DC, va s’emparer corps et âme du projet. Devenant le seul architecte d’un monde encore en friche, il s’apprête à poser les fondations d’un univers auquel il tient profondément. Mais non, Zack Snyder n’apportera pas la bonne parole tant attendue. Non, il ne subviendra pas aux fantasmes des fans qui lui faisaient confiance malgré tout. Au-delà de toute la pression imposée, au-delà du gigantisme de l’œuvre qu’il se doit de supporter tel un Atlas moderne, Zack Snyder, comme illuminé, semble avoir oublié que certaines attentes, certains fantasmes auprès du public doivent être nourris, assouvis, afin de le contenter et surtout de le satisfaire. Avec un titre aussi légendaire, presque obsessionnel, quoi de plus normal après tout ?

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Pourtant, son introduction terrienne dévoilant un Bruce Wayne impuissant (Ben Affleck, impeccable dans une colère contenue) face à la destruction de Metropolis provenant de Man of Steel, partait dans la bonne direction. Un petit quart d’heure de gloire, colossal, démesuré, en parfaite adéquation de l’origin story de l’homme de Krypton. Puis, lancinant, presque insidieusement, Snyder oublie son spectateur. La première heure à des airs de pantalonnade, de faux-semblants. Orientant son récit au travers d’une rhétorique messianique indigeste et de symboles mythologiques patauds, Zack Snyder nous fatigue. En prêchant un évangile douteux où flashforwards et onirisme s’entremêlent dans un non-sens stérile, le réalisateur nous bricole une sous-intrigue prophétique dont les ramifications, volontairement opaques, ne nous intéressent pas.

Pire. Snyder larde son propos d’une pseudo intelligence ronflante, comme une complaisance de nous proposer plus qu’un simple film de super-héros, qui nous ferait presque détourner de notre venue dans les salles obscures, pauvres petites brebis égarées que nous sommes. Durant ce gavage de séquences interminables, Snyder arrive même à nous ennuyer avec une poursuite en batmobile paresseuse (qu’on peine à apercevoir, un comble !) ou dans la proposition des futurs personnages qui intégreront la célèbre Justice League (Jason Momoa en Aquaman est risible tant on voit qu’il retient sa respiration sous l’eau !). C’est donc environ après une heure et demie d’exposition branlante, d’un entracte inutile et de quelques soupirs de plus en plus rapprochés que l’affrontement homérique entre les deux titans a enfin lieu. Et autant le dire sans détour : tout ça pour ça !?

Quand toute la communication d’un film ne tourne autour que d’un seul et unique élément, quand son TITRE en expose le principal centre d’intérêt depuis deux ans, quand enfin ce combat est adapté d’une des meilleures œuvres tirées de Batman (The Dark Knight Returns de Franck Miller), on est en droit de s’indigner plus que de raison. L’affrontement est court, minimaliste, et surtout, rarement trépidant. Voilà bien toute la déception de ce combat de gladiateurs. On n’y ressent pas vraiment d’effervescence, ni d’excitation. La frénésie dévoilée à l’écran n’inspire pas grand-chose après toute l’attente générée depuis son annonce, débouchant sur un pugilat finalement très modéré et sans grande originalité. La faute aussi à la caractérisation de Clark Kent, qui manque cruellement de consistance, délesté plus encore du bagage originel que représente Superman dans la vision de Snyder depuis Man of Steel. On se désintéresse de son sort, tant il est désincarné par la déification que Snyder lui a prodiguée. La conclusion de l’affrontement finit d’achever ce flingage iconique en règle en étant résolue sous la forme d’un complexe œdipien ! À un prénom près (Coucou Martha !), le monde courrait totalement à sa perte ! Leur alliance immédiate face à Doomsday, aberration à peine assumée d’un troll made in Tolkien dopé à l’hémoglobine, exploite sans honte cette même direction.

Heureusement que Wonder Woman (Gal Gadot, très convaincante) débarque à temps pour donner un peu de sens à la signification du mot épique. On tolérera surtout moins l’instigateur de tous les conflits, Lex Luthor (Jesse Eisenberg, irritant au possible). La nemesis de Superman est plus proche du savant fou que du personnage glacial et calculateur que nous connaissons. Une variation catastrophique, déguisant le personnage en insupportable nerd rigolant sans cesse, proche d’un ersatz foireux du Joker de Heath Ledger. (Pour effacer cette prestation catastrophique de votre esprit, allez plutôt lire Luthor de Brian Azzarello et Lee Bermejo. Vous m’en direz des nouvelles !)

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Une dernière charge enfin. Batman v Superman se prend terriblement au sérieux. Sombre, pessimiste, cataclysmique… Il faut croire que l’humour, même léger, pose problème à Snyder. Ce dernier préférant la destruction à grande échelle, le film se confortera dans un pessimisme accentué et ne comptera que trois petites vannes. Une occasion ratée, qui aurait extirpé le spectateur de sa torpeur en lui octroyant, même partiellement, l’occasion de respirer une tonalité plus légère. Warner n’est pas Disney bien sûr. Mais parfois, se détendre n’est en aucun cas une gageure. La partition pompière de Hans Zimmer confirme la non tenue de ce projet en roue libre, où seul le thème de la belle amazone semble faire écho dans ce marasme sonore. Une scène salvatrice tout de même : le tabassage en règle du dark knight contre les sbires de Luthor, d’une efficacité graphique redoutable. Une inspiration presque assumée (repompée ?) des jeux vidéo de Rocksteady, provenant de l’excellente trilogie Arkham.

Ennui, embarras, colère et amertume. Ce fut à peu près les différents sentiments qui m’habitaient lors de cette triste rencontre entre le kryptonien et l’homme chauve-souris durant la séance. Film inégal et bordélique, Batman v Superman ne tient presque aucune promesse. Nous assisterons surtout à l’acharnement d’un réalisateur courant après une chimère, dans l’espoir de légitimer les critiques faites à son encontre depuis Man of Steel. J’en ressors floué par le gourou Snyder et ses mantras pétris d’orgueil. L’annonce d’une version longue peu de temps avant la sortie du film amènera certainement une autre vision de l’ensemble. Mais en attendant, par ces temps d’accidents industriels super-héroïques, chez Time Warner, la prière doit être de rigueur. On imagine sans peine que les mains des grands pontes doivent être jointes, les prières nombreuses et les psaumes réguliers pour espérer que le film ne sombre pas dans les limbes, à l’instar du naufrage Les 4 Fantastiques.

 

* À l’instar d’Avengers chez Marvel, Justice League est un film d’équipe qui regroupera des membres super-héroïques de chez DC.

**DCEU : DC Extended Universe. Acronyme de l’univers partagé des films DC. Sont prévus derrière Batman V Superman :  Suicide Squad, Wonder Woman, Justice League, Flash, Aquaman, Justice League 2, Shazam, Cyborg et Green Lantern Corps.

 

Batman V Superman : l’Aube de la justice (2h31) de Zack Snyder écrit par David S. Goyer et Chris Terrio. Avec Henry Cavill, Ben Affleck, Gal Gadot, Amy Adams, Diane Lane, Laurence Fishburne, Jesse Eisenberg, Jeremy Irons, Holly Hunter. Musique : Hans Zimmer, Budget : $250.000.000

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