Donald Bellisario, NCIS et CBS : triste série hors champ

Donald Bellisario, NCIS et CBS : triste série hors champ

Donald Paul Bellisario, plus de 30 ans de carrière télé.

Producteur télé pendant plus de trois décennies, le créateur de Magnum, Code Quantum et NCIS a disparu des plateaux en 2007 avant que son nom ne soit associé à un procès. Une histoire d’argent, avec la maladie en toile de fond.

Audience reportée. Pour Gregory Alarcon, « le feuilleton Bellisario » connaît un nouveau rebondissement. Un de plus. Alors que les avocats du créateur de Magnum, Code Quantum, JAG et NCIS et ceux de la chaîne CBS devaient se retrouver devant ce juge de la cour supérieure de Los Angeles le 14 janvier, on apprenait mardi 11 décembre que la rencontre était finalement reculée au 25.

En jeu : les profits engrangés par le network sur NCIS : Los Angeles. Un sacré paquet de billets verts (on parle de dizaines de millions de dollars) à propos duquel Bellisario considère avoir des droits. Son argument : il est le créateur de la série originelle, NCIS, et compte bien profiter du pactole. Sauf que la direction du network s’y oppose fermement. Depuis plusieurs semaines, elle va même jusqu’à remettre en cause les aptitudes médicales du plaignant. Et ses aptitudes à travailler.

Triste épilogue pour un scénariste, producteur et réalisateur qui, pendant trois décennies, a fabriqué tout un pan de l’histoire de la télé américaine ? Oui. Nouvelle démonstration qu’à Hollywood, personne ne rigole avec le grisbi ? Oui, aussi.

(Le trailer de la saison 3 de NCIS : Los Angeles)

Après avoir déjà engrangé près de 116 millions de dollars avec ses séries pour CBS, Bellisario, âgé de 77 ans, ne semble en tout cas pas prêt de lâcher ce qui, de son point de vue, lui appartient. De son côté, le network ne reculera visiblement devant rien non plus pour débouter un producteur avec lequel elle a longtemps travaillé. Un homme dont elle saluait il n’y a pas si longtemps « la créativité, la vision et le talent»…

« Pas si longtemps », c’était en 2007. Petit bond dans le temps, façon Sam Beckett. Dans un communiqué, CBS fait de la lèche à Bellisario avec une bonne grosse langue de bois. Le texte dit que le producteur a permis à NCIS « de devenir l’un des dramas les plus réussis de la télévision » et qu’avec « JAG et NCIS, Don a instauré une tradition de succès avec la chaîne et notre studio ; nous attendons avec intérêt de développer ses futurs projets ». Sauf que l’aventure NCIS, elle, s’arrête là pour son créateur.

Mark Harmon, Leroy Jethro Gibbs dans NCIS. Photo CBS

Après avoir bataillé pendant des mois, Mark Harmon, l’interprète de Gibbs, le héros de NCIS, obtient la tête du showrunner. Pour l’acteur, l’ancien scénariste des Têtes Brûlées et créateur de Supercopter n’est plus en mesure de faire le job.

Gestion chaotique du planning de production, multiplication des retards et des heures supplémentaires… alors que NCIS bouclait sa quatrième saison, son comédien vedette a posé un ultimatum à la chaîne. C’est lui ou le showrunner, âgé à l’époque de 72 ans.

« Mark (Harmon) travaille 16 heures par jour et Don essaie de tout gérer dans le moindre détail. Les pages des script tombent par fax à la dernière minute et Mark est fatigué de composer avec les conséquences de cette situation sur sa vie privée… », confiait à l’époque une source au journaliste Michael Ausiello.

La chaîne choisit Harmon, confiant au passage les rênes de NCIS à Chas Floyd Johnson (un fidèle de Bellisario) et surtout à Shane Brennan, futur créateur de NCIS : Los Angeles.

A ce moment-là, la probabilité d’une nouvelle collaboration Bellisario/CBS n’est pas exclue : Variety évoque un accord pluriannuel global entre les deux parties, et des projets dans les tiroirs. Mais très vite, l’hypothèse se dégonfle.

« La chute d’un producteur » écrit à l’époque Allociné:  Tout juste. Par la suite, le père des aventures de Harmon Rabb, Jr (le héros de JAG) fera plus parler de lui du côté de Penn State, l’université dont il est diplômé. En 2006, il avait subventionné son ancien alma mater à hauteur d’un million de dollars, ce qui a permis de financer un système de bourses. Bellisario se rend plusieurs fois sur place mais il reste loin du monde de la télévision.

Le silence dure jusqu’en avril 2011, date à laquelle son retour est fracassant. Pas sur les plateaux de tournage mais du côté des tribunaux. Bellisario dépose une plainte étudiée par le juge Alarcon, dans laquelle il fait valoir que le network l’a tenu à l’écart du développement de NCIS : LA. Cela alors qu’un engagement contractuel le lie à toute extension possible à NCIS.

Sam Hannah et G. Callen, les héros de NCIS : Los Angeles. Photo CBS

L’expression clef, ici, c’est « first opportunity » : si CBS voulait développer un nouveau show, elle aurait dû prioritairement lui en parler. C’est en tout cas ce qu’affirme le plaignant, qui se réfère à une clause de son contrat. Du côté du network, on soutient que Bellisario ne possède pas cette fameuse clause.

S’ensuit un premier round judiciaire assez technique, en août 2011. L’audience renvoie le débat sur un point très précis. NCIS : LA est-elle vraiment une série dérivée de NCIS telle que ce type de productions est définit dans le contrat qui lie la chaîne et le producteur? « Non» dit la première ; « Bien sûr que oui », répondent les avocats du second. Qui réclament toujours une compensation financière.

Alors qu’une nouvelle audience est programmée début janvier 2013, le dossier médical de Bellisario s’invite dans les débats à l’automne 2012. Le septuagénaire est atteint d’une hydrocéphalie, une affection causée par la présence d’eau dans son cerveau. Les symptômes : pertes de mémoire, désorientation, perte de coordination. Entre autres.

La machine juridique de CBS se met alors en route. Elle demande à enquêter sur la condition physique du plaignant. Pour savoir si ce dernier était ou non en capacité de gérer la production d’une série comme NCIS : LA. Quitte à demander si sa maladie est ou non débilitante. Une requête à laquelle le juge Alarcon a accédé mardi 11.

David James Elliott, héros de JAG, dont est dérivée NCIS (dont est dérivée NCIS : LA, vous suivez ? Parce que c’est ça le noeud de l’affaire…). Photo France 2

De leur côté, les avocats du producteur ne s’en laissent pas compter. Leur objectif : faire de Bellisario une sorte de David face au Goliath CBS. Quitte à faire oublier les nombreux millions déjà encaissés par l’ex-showrunner.

Ils savent qu’ils ont le vent en poupe. Le 3 décembre, Disney a en effet perdu en appel un procès contre les producteurs de l’émission Who wants to be a millionaire ? L’enjeu portait, là aussi, sur la redistribution des profits générés par un programme télé. Dans ce cas précis, le montant de la condamnation est plus que salé : 319 millions de dollars. Les conseils du producteur espèrent donc profiter d’un contexte plutôt porteur pour les créatifs… alors que CBS songe à lancer un spin off de NCIS : LA.

Et Bellisario dans tout ça ? Il reste muré dans son silence. En août, le producteur de Magnum a subi une opération facilitant un drainage progressif du liquide présent dans son cerveau. Si une opération de ce type à 75% de chances de réussir chez une personne plutôt jeune, elle est autrement plus lourde pour un septuagénaire.

Le temps où le scénariste produisait épisode sur épisode paraît désormais loin. Très loin.

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