BEST-OF : Rétro Samuel Fuller

BEST-OF : Rétro Samuel Fuller

Sam Fuller sur tournage de Au-delà de la gloire (The Big Red One) en 1980.

Entre mai et juin, je vous proposais une rétro centrée sur quatres films du grand Sam Fuller. Comme son cinéma, la vie de Samuel Fuller est pavée de sang, de larmes mais avant tout de passion. On retrouve dans son parcours l’excès et la furie de ses films, ce sensationnalisme de tabloïd allié à de véritables tragédies humaines tristement ancrées dans le réel.

Trait d’union entre l’âge d’or des studios et ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de “Nouvel Hollywood”, cet extraordinaire auteur ouvre le chemin à une génération de cinéastes inspirés par ses visions radicales et son univers sans compromis. Cinéaste unique sans prédécesseur et sans successeur évident, il compte parmi ses fils spirituels le citant comme influence majeur des réalisateurs comme Paul Thomas Anderson, Jim Jarmusch, Quentin Tarantino ou encore Martin Scorsese à qui je laisse le soin d’ouvrir cet article récapitulatif.

“Certains disent que si l’on n’aime pas les Rolling Stones, on n’aime pas le rock’n roll. De la même façon, je crois que si l’on n’aime pas les films de Sam Fuller, on n’aime pas le cinéma. Ou du moins, on ne le comprend pas. Bien sûr, les films de Sam sont brusques, pulp et parfois crus. Mais ce ne sont pas des points faibles. Ils sont simplement le reflet de son tempérament, de sa formation de journaliste et de son sens de l’urgence. Ses films sont le reflet parfait de l’homme qui les a faits.”

Le port de la drogue (1953)

« Le port de la drogue (Pickup on South Street) est une bonne porte d’entrée dans la filmographie de Samuel Fuller. Aussi ambivalent que son auteur, ce chef-d’œuvre est à la fois outrancier et réaliste, violent et léger, simple et profond. Fleuron du film noir des années 50 traversé de fulgurances aussi bien esthétiques que scénaristiques, il s’intéresse avant tout aux laissés pour compte évoluant en marge de la société et s’interroge sur la place de ces rebuts que l’Amérique rejette et que Fuller connaît si bien. Film à hauteur d’homme, ouvertement inspiré du mouvement néoréalisme italien et plus particulièrement de Rome ville ouverte (Roma, città aperta) de Roberto Rossellini, il fait basculer le film noir dans une ère plus radicale et propose une lecture à deux niveaux : aventure pulp à l’authenticité inspirée de faits divers pour les uns et réflexion sociologique plus poussée pour les autres. »

 

Les bas-fonds new-yorkais (1961)

« Les bas-fonds new-yorkais (Underworld U.S.A.) est sans conteste l’une des œuvres les plus radicales et efficaces de Samuel Fuller. Un des premiers films à poser son regard sur le crime organisé à grande échelle et ses filières, il présente avec une économie de moyens remarquable et une maestria technique bluffante une étude extrêmement précise et fouillée du mode de fonctionnement des réseaux de la pègre. Décrivant à travers l’odyssée vengeresse de Tolly Devlin une société américaine en état de décomposition avancée sous la surface lisse du boom économique d’après-guerre, ce film accorde comme souvent chez Fuller une place prépondérante aux personnages marginaux et à leur combat pour la survie dans un monde gangrenée par le crime et la corruption. Une oeuvre racée à la violence sèche curieusement complémentaire de Pickup on South Street, prouvant avec brio que l’appellation péjorative de “série B” n’est pas forcement synonyme de vacuité thématique et de pauvreté formelle. »

 

Shock Corridor (1963)

« Œuvre puissante et profonde n’ayant rien perdu de sa force au fil des décennies, Shock Corridor est un uppercut cinématographique. Mais au-delà de son apparence outrancière (on y croise pêle-mêle des nymphomanes cannibales, des aliénés en tous genres, des séquences d’électrochocs, du strip-tease burlesque à plumes) se cache un pamphlet enflammé sondant les dérives de la société américaine. Comme le dit Fuller lui-même : “Comme le rayon x révèle les tumeurs d’un patient, Shock Corridor mettrait en évidence la maladie dont souffre notre nation. Sans un sérieux diagnostique, comment espérions-nous les régler un jour ?”. Leçon de courage pour tous les réalisateurs indépendants en devenir, ce film analyse un traumatisme global du à plusieurs années de guerre froide et représente, grâce à une forme simple et maîtrisée au service du propos, un des plus grands chefs-d’œuvre de Samuel Fuller donnant ses lettres de noblesse à un cinéma d’exploitation souvent décrié. »

 

The Naked Kiss (1964)

« Avec The Naked Kiss, étrangement titré chez nous Police Spéciale, Samuel Fuller poursuit sa déconstruction à la dynamite du film noir pour lever le voile d’hypocrisie recouvrant les tares de la société américaine. Après avoir présenté dans ses précédents films la femme comme porte-étendard isolé de la raison et de la morale dans un monde devenu fou, il la positionne ici comme une redresseuse de torts, figure vengeresse chargée de corriger les déviances malsaines dissimulées par une Amérique bien-pensante refoulant ses enfants difformes. Mais ce film est aussi l’histoire d’une rédemption, la croisade d’une femme en pleine reconstruction à la recherche de sa véritable identité. Fable d’une noirceur absolue, mélodrame détourné utilisant les clichés du genre afin de servir son propos, The Naked Kiss marque une certaine apogée dans la carrière du réalisateur. Un baroud d’honneur, dernier éclat d’indépendance et d’audace d’un artiste trop en avance sur son temps, conscient de jouer ses dernières cartes. »

 

« Ninety-five per cent of films are born of frustration, of self-despair, of ambition for survival, for money, for fattening bank accounts. Five per cent, maybe less, are made because a man has an idea, an idea which he must express. » Samuel Fuller (12 août 1912 – 30 octobre 1997)

 

Play It Around Sam – Vie et oeuvre de Samuel Fuller, réalisé par Olivier Serrano

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