BEST-OF : Rétro Satoshi Kon

BEST-OF : Rétro Satoshi Kon

Entre février et mars, je vous proposais une retro centrée sur quatre films du grand Satoshi Kon. Artiste protéiforme, le réalisateur fait ses armes entant que mangaka dans les années 80. C’est sur l’excellent OAV (Original Animation Video) Roujin Z (Rôjin Z) réalisé par Hiroyuki Kitakubo qu’il sera initié aux métiers de l’animation en s’occupant de la conception des décors avant d’endosser de plus grandes responsabilités sur des projets ambitieux comme l’omnibus Memories en 1995. Animateur, illustrateur et scénariste du somptueux segment Magnetic Rose réalisé par Kōji Morimoto, il semble s’épanouir dans une position d’homme-orchestre et abandonne ainsi le manga pour se consacrer pleinement à l’anime.

Réalisateur amoureux de cinéma, recyclant et détournant les techniques traditionnelles du 7ème art afin de servir ses œuvres, il impose une vision originale bousculant les clichés engluant une culture populaire japonaise figée dans ses figures rabâchées. Sa disparition soudaine le 24 Août 2010 fut une tragédie pour tous ses fans et une perte immense – aussi bien humainement que professionnellement – pour ses collaborateurs du Studio Madhouse. Fauché par un cancer fulgurant du pancréas en pleine post-production de son prochain long The Dream Machine, il laisse derrière lui la marque d’un grand artiste avant-gardiste à l’imagination sans limite et d’un être humain remarquable.

 

Perfect Blue (1997)

« Anime ambitieux aux frontières du Giallo, Perfect Blue (Pâfekuto burû) est un premier long métrage d’une étonnante maturité. Pamphlet traitant des affres de la célébrité, portrait d’une décomposition psychologique sondant les tréfonds de l’âme humaine mais avant tout thriller virtuose, il témoigne avec force de l’ambition thématique de Satoshi Kon. Un film d’auteur au sens noble du terme, porté par une vision riche et complexe annonciatrice de l’éclosion d’un cinéaste de génie. »

 

Millenium Actress (2001)

« Sillonnant encore la frontière ténue séparant le rêve de la réalité, Satoshi Kon repousse avec Millenium Actress les limites de l’animation en présentant une histoire kaléidoscopique en forme de déclaration d’amour au japon et à son cinéma. Aussi bien fresque historique épique que portrait intimiste méticuleux, ce grand film ambitieux brasse des thématiques complexes présentées par le biais d’un travail graphique ahurissant. Il démontre également, s’il en était encore besoin, la maîtrise du langage cinématographique et de l’écriture dramatique d’un réalisateur au sommet de son art. »

 

Tokyo Godfathers (2003)

« Abandonnant les schémas narratifs alambiqués pour revenir à un film plus simple et humble, Satoshi Kon livre avec Tokyo Godfathers une étude de personnages minutieuse. Pourtant il n’abandonne pas ses préoccupations thématiques et le sillon philosophique qu’il creuse depuis le début de sa carrière. Au contraire, semblant ici atteindre une forme dépure, le réalisateur se débarrasse d’un découpage virtuose mais peut-être trop « m’as-tu-vu » pour traiter avec délicatesse des sujets profonds et essentiels qui font de ce métrage une pièce centrale de sa filmographie. »

 

Paprika (2006)

« Adapté d’un roman de l’écrivain japonais Yasutaka Tsutsui paru en 1993, Paprika représente la culmination et l’aboutissement des thématiques chères à Satoshi Kon depuis le début de sa carrière. Quatrième et dernier film du réalisateur avant son décès en 2010, ce feu d’artifice jubilatoire apparaît comme l’apothéose de ses expérimentations techniques et narratives. Questionnant encore une fois la nature de ce que nous percevons comme réalité, le réalisateur met en scène une fusion de l’abstrait et du concret en proposant une somptueuse exploration du subconscient humain. Un mille-feuille narratif foisonnant d’idées qui rassasiera à coup sûr les amateurs de japanimation et de cinéma en général. Attention, article à haute teneur en spoilers à ne lire qu’après visionnage ! »

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