La Saison du Big Bang ? 2/3 : L’introspection de Sheldon

La Saison du Big Bang ? 2/3 : L’introspection de Sheldon

Il y a un peu plus de neuf ans, quand Chuck Lorre et Bill Prady tentaient de vendre une série sur quatre scientifiques et leurs difficultés dans l’exercice social (il n’était pas encore question de geeks ou de nerds), peu nombreux étaient ceux qui misaient sur un tel succès et une telle longévité. Aujourd’hui, la neuvième saison s’est achevée et la vitalité de la série n’est pas en défaut.

Dans la première partie de notre analyse de cette neuvième saison, nous revenions sur Sheldon, au travers de ses liens noués avec Amy et Penny. Des liens qui ont permis aux personnages d’évoluer, en douceur ou avec fracas (sa première fois). Aujourd’hui, nous essaierons de voir comment le scientifique s’ouvre également aux spectateurs à travers de brefs instants, revenant sur son enfance et sa construction personnelle.

Une saison introspective.

Il faut savoir casser pour mieux reconstruire. Si l’idée s’est un peu épuisée concernant Penny & Leonard, elle aura été salvatrice pour l’évolution du couple Amy/Sheldon. Steve Molaro (showrunner) rappelle, pour le Hollywood Reporter, combien leur séparation fut bénéfique pour leur développement personnel. Si Amy a pu s’épanouir dans une courte (et drôle) relation où elle fut enfin un objet du désir, Sheldon s’est trouvé démuni, nu et seul face à une inconnue qu’il ne peut résoudre. Cette rupture permet d’explorer indirectement le passé du personnage dans une veine tragi-comique.

BigBang-saison09-Amy-SheldonOn pense alors à une autre série produite par Chuck Lorre : Mom. La neuvième saison partage une même idée du drame ou de l’émouvant qui s’immisce entre les lignes du rire. Une suspension de la comédie pour creuser les blessures de Sheldon, sans pour autant sacrifier le « ton The Big Bang Theory ». Le jeune homme est perturbé par sa rupture, qui rompt son nouvel équilibre. Amy faisait partie de sa vie et ce vide invoque quelques vieux traumatismes. Au fil des épisodes, nous allons en apprendre davantage sur son enfance, son état, égrainé par touches subtiles pour composer un tableau introspectif.

Il y a la peur de l’abandon et la cruauté du vide (9×04 : The 2003 Approximation). L’idylle entre les « néo-époux » Penny et Leonard conduit ce dernier à vouloir déménager, ce qui entraîne une réaction pleine de vulnérabilité. Un premier acte où il se réincarne en son « lui de 2003 » lequel, fermé aux émotions, menait une existence plus heureuse. Un second, doté d’un touchant et lucide discours sur la disparition progressive d’une amitié, au gré des vents contraires qui mèneront leur parcours. Rares sont les moments où Sheldon témoigne d’une sincère affection pour Leonard. Et la série se montrera particulièrement bienveillante pour traiter ce microdrame.

BigBang-saison09-Sheldon-BagueIl y a la peur des autres et le repli sur soi (9×07 : The Spock Resonance ; 9×17 : The Celebration Experimentation). À travers un documentaire sur Spock, initié par Wil Wheaton, le scientifique témoigne de son amour pour le personnage de Star Trek. Dans une confession face caméra, il dévoile sans pudeur combien sa compréhension et son amour du vulcain l’ont amené à se fermer aux émotions pour mieux supporter sa propre vie. Il y a, là, la véritable matière à un destin tragique, fait de misanthropie autoprotectrice et de désaffection émotionnelle. Cet extrême – quoiqu’un peu détaché – dénuement fait suite à une autre scène importante qui vient contredire la vérité dans laquelle se cache Sheldon. Alors qu’il montre ses vestiges de collectionneur, Penny tombe sur une bague de fiançailles qu’il destinait à Amy. La surprise de la découverte pousse les amis à en savoir un peu plus, jusqu’à l’agacement irrité du scientifique qui met un terme sèchement à la conversation. Ce geste atrabilaire soudain, venant d’un personnage très neutre, déconcerte et montre combien la rupture le ronge de façon inconsciente.

La séparation du couple Amy/Sheldon entraîne ce dernier dans une nouvelle dynamique où chaque geste n’est plus uniquement porté sur le rire. Un peu comme les personnages de Mom. L’évocation de son passé provoque un élan de compassion attristée, comme la raison pour laquelle il ne fête plus son anniversaire : les amis de sa sœur jumelle le torturaient en lui faisant croire que Batman viendrait lui rendre visite (il n’avait pas d’amis à inviter). Nouvel épisode triste de son enfance qui n’est pas (plus) traitée selon le modèle comique ; l’anecdote participe à créer un tableau général fait d’une solitude excessive, de la brutalité des autres, d’un monde féroce, parce qu’il ne s’y inscrit pas par choix ou par nécessité. L’humanité du jeune texan saute aux yeux, sans que ce retournement apparaisse fabriqué. Les auteurs n’ont rien changé, sinon l’ordonnance des informations à travers la thématique de la rupture sentimentale.

BigBang-saison09-Une

Cette neuvième saison a joué aux montagnes russes avec Sheldon, pris dans les effets oscillatoires de détresses nouvelles et de plaisirs intenses. À l’accusation de paresse, The Big Bang Theory (et Sheldon), affirme qu’elle n’est pas esclave de son inertie et d’un modèle victorieux quand elle ose bouger les lignes et heurter l’une de ses figures emblématiques à une situation inédite et pérenne.

À suivre…

Dans la troisième et dernière partie, nous nous attarderons sur Howard et Bernadette qui devront eux aussi affronter de gros changements.

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