#Bilan : Entre les lignes, Rectify (SundanceTV)

#Bilan : Entre les lignes, Rectify (SundanceTV)

Note de l'auteur

L’une des plus brillantes séries de ces quatre dernières années vient de s’achever. Souvent louée – à juste titre – pour son rythme indolent, Rectify restera surtout comme une série totale où la moindre reprise de respiration était lourde de sens. Bilan de cette quadrilogie en état de grâce.

Dans le tout premier épisode, Amantha conduit son frère Daniel vers un coucher de soleil, juché au milieu d’un cadre champêtre. L’émotion submerge Daniel et pour cause. Il vient tout juste d’être libéré après avoir été enfermé, durant 19 ans, dans une cellule du couloir de la mort. Sans quitter l’astre mordoré des yeux, Amantha confesse qu’ils sont totalement perdus dans la nature. Cet état de fait glisse pourtant et ne perturbe nullement leurs deux regards absorbés par la beauté de l’instant présent.

Une bonne partie de la magie de Rectify se trouve là. Dans cette capacité à ignorer le cours logique de son propre récit, dans sa faculté à choisir le détour à tout moment. Alors, oui, la série de Ray Mckinnon (créateur, showrunner et occasionnellement réalisateur) est un animal à sang froid. Mais son récit n’en est pas moins riche en émotions ou en rebondissements. Rectify offre simplement ce dosage naturel en contemplation, habituellement banni d’un registre sériel encore trop souvent gangrené par la peur du vide.

rectify_sundancetv_johnny-ray-gillCette ambition d’exprimer sans dire impose une exigence de talent. Et une bonne partie du mérite en revient à Aden Young (Daniel Holden). L’acteur australien (né au Canada) s’impose ici dans un rôle emblématique – dont il aura bien du mal à se détacher auprès de l’imaginaire collectif – avec une maîtrise rare du jeu sans parole et l’expression délicate d’une élocution rauque persistante.
Parallèlement, Young ne fut pas le seul à briller dans Rectify. C’est notamment le cas d’Abigail Spencer (Amantha) et Clayne Crawford (Teddy)*, qui auront su bénéficier de personnages attachants et consistants, offrant souvent de précieux contrepoints au parcours de Daniel. Car c’est peut-être l’une des rares critiques que l’on peut émettre à l’encontre de la série. Celle de nous avoir parfois laissé frustrés face à des seconds rôles qui auraient mérité plus de temps de parole (Jared, ou bien encore l’exceptionnel Kerwin même si c’est vrai qu’il eût été difficile de lui faire de la place dans ce récit).

À la décharge de McKinnon, il aura dû composer avec un support pour le moins aléatoire. Après une courte première saison (6 ép.) encensée par la critique, le diffuseur (SundanceTV) lui en offrit une deuxième bien plus allongée (10 ép.), avant de rétropédaler dans un troisième temps (6 ép.) et de conclure par une durée, sûrement la plus adaptée (8 ép.) pour ce type de série.
Néanmoins, cette variation n’aura eu aucune prise sur la constante qualité de l’œuvre. Avec le recul, on s’aperçoit que la fluidité avec laquelle le parcours de Daniel s’inscrit dans cette succession de saisons disparates est parfaite. À l’instar d’une Mad Men, c’est le propre des grandes séries que de réussir à construire un voyage, dont chaque étape sert un sens, à la fois individuellement et globalement.

Au final, cette instabilité temporelle est devenue une force pour Rectify. Elle accompagne idéalement les pas hésitants d’un homme à fleur de peau qui ne savait que faire d’une liberté toute relative.
À ce titre, Rectify aurait très bien pu évacuer le couperet légal, cette épée de Damoclès ne cessant de menacer Daniel. C’est tout à l’honneur de la série que d’avoir exposé la situation inconfortable de l’ex-détenu et toute la difficulté de sa réinsertion à tous les niveaux de la société (notamment en élargissant le cadre via ses camarades d’hébergement lors de cette dernière saison).

En toute logique, on pouvait entrevoir que Rectify ne ferai pas le choix d’une conclusion franche mais bien d’une ouverture vers un nouvel équilibre. On laisse Daniel “précautionneusement optimiste” alors qu’il retrouve un autre coucher de soleil bienfaiteur. Qu’importe la signification de cette dernière image (détour ?). La substance de Rectify se trouve juste là, dans l’instant présent, entre les lignes !


Rectify est diffusée sur SundanceTV. Cette quatrième et dernière saison est à l’antenne de la déclinaison française du diffuseur depuis le 8 décembre. La première saison est, quant à elle visible sur Netflix mais, attention, seulement jusqu’à la fin de l’année !

RECTIFY (SundanceTV) 4 saisons
Série créée par Ray McKinnon
Écrite par Ray McKinnon,  Evan Dunsky, Graham Gordy, Michael D. Fuller, Scott Teems, Coleman Herbert, Kate Powers, Victoria Morrow et Chad Feehan.
Réalisée par Keith Gordon, Billy Gierhart, Nicole Kassell, Jim McKay, Romeo Tirone, Ray McKinnon, Stephen Gyllenhaal, Dennie Gordon, David Lowery, Andrew Bernstein, Sanaa Hamri, Seith Mann, Lawrence Trilling, Scott Teems, Patrick Cady, Kate Woods et Keith Boak.
Avec Aden Young, Abigail Spencer, Clayne Crawford, J. Smith-Cameron, Adelaide Clemens, Caitlin FitzGerald, J.D. Evermore, Bruce McKinnon, Luke Kirby et Johnny Ray Gill.
Musique originale de Gabriel Mann.

*: Abigail Spencer et Clayne Crawford ont en commun de briller depuis la rentrée sur les networks dans des registres très différents, respectivement pour le compte de Timeless (NBC) et Lethal Weapon (FOX), pour lesquelles ils tiennent des rôles principaux d’ailleurs.

Visuels : Rectify © SundanceTV

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