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Festival fiction TV 2016 : La série française, analyse, débat et palmarès.

Festival fiction TV 2016 : La série française, analyse, débat et palmarès.

Dimanche 18 septembre s’est terminé le Festival de la fiction TV, édition 2016, avec la rediffusion des œuvres primées dans les différentes salles de projection de La Rochelle. Le palmarès, que les plus pressés peuvent retrouver immédiatement en fin d’article, récompense des œuvres diverses, mais plutôt classiques. On déplore le manque de comédies dans la sélection, même si l’irrévérence anglo-saxonne est mise à l’honneur. Le festival aura surtout été l’occasion de mettre en avant la jolie série Les Grands et d’entendre l’envie des auteurs de fiction de trouver de nouvelles cases pour les séries en format vingt-six minutes, ainsi que de nouvelles façons de travailler.

multipa

J’imagine la tête des collègues quand ils vont découvrir une photo de Multipla dans la bibliothèque média du site…

Après une cérémonie d’ouverture conviviale et une projection en avant-première prometteuse, dans la continuité de la présentation faite antérieurement, nous étions au taquet pour obtenir le meilleur de ce festival, pour multiplier les reviews et même les interviews. Programme en tête et objectifs tracés, oublieuse de signes annonciateurs peu encourageants, c’est avec toute la naïveté de l’inexpérience que je lançais ma fidèle monture italienne, Tornado le Multipla blanc de l’espace (les vrais savent, stop se gausser !), vers les territoires maritimes et les salles obscures de La Rochelle, ville de série TV pour cette fin de semaine dévolue à la fiction.

Sur la route du festival

La veille déjà, petite déconvenue quand je découvre cette première accréditation pour le Daily Mars, flanquée d’à peu près mon nom… Soit, soulagement en récupérant le carton, introuvable dans un premier temps, récupération des documents divers nécessaires pour préparer au mieux le festival, avec en prime un échantillon de crème « corrective dermatologique intensif » que je feins alors de ne pas prendre pour un message personnel.

Réalisé avec trucage

Reconstitution réalisée avec trucage

En vertu de la loi de Murphy, dite de l’emmerdement maximal, j’aurais dû savoir. Levée aux aurores le lendemain, consciente de la fréquentation intense de l’itinéraire routier que je m’apprête à suivre, j’ai prévu tout le temps nécessaire, bouchons compris. Enfin… bouchons normaux, compris. C’était sans compter un véritable défilé de tracteurs, une procession de camions et des déviations assurées par les forces de l’ordre pour laisser passer un morceau d’avion, en début de parcours, et pour permettre la manœuvre d’une grue godzillesque dans une artère principale menant au site du festival, en plein centre-ville. Il faut savoir aussi que les Rochelais sont des pervers, qui foutent des feux tricolores un peu partout, autour de ronds-points, sur des deux fois deux voies… le responsable du mobilier urbain a dû se planter dans les commandes, du coup, pour masquer son incompétence, il a conçu un plan de circulation digne des escaliers de Penrose (je vous aime, Rochelais, votre ville et son ambiance sont magnifiques !), je ne vois pas d’autre explication.

Qualité française à l’ère glaciaire

La ville est belle, le temps clément, je m’accroche à ma zénitude, mais commence à désespérer quand je constate que j’ai loupé la conférence de presse du matin, le rendez-vous avec les attachés de presse des chaînes. Digne, j’adopte le regard « festivalier serein » de rigueur et j’observe le village du FFTV en tentant de comprendre ce qui se joue ici. En désespoir de cause, je reprends mon programme en main et je raccroche les wagons. Ma pire angoisse plus tard, je rejoins la foule qui attend la projection de Glacé. J’entre de justesse après les vérifications de rigueur (un grand coup de chapeau aux organisateurs du festival ainsi qu’à la sécurité, au professionnalisme et à l’amabilité sans failles).

Le plus beau et dingue plan débullé du monde avant un panoramique vertical aussi remarquable que justifié. Cary Grant dans Les Enchaînés (Notorious) d'Hitchcock

La plus belle et dingue contre-plongée débullée du Monde avant un panoramique vertical aussi remarquable que justifié. Cary Grant dans Les Enchaînés (Notorious) d’Hitchcock.

J’avais mis beaucoup d’espoirs dans l’adaptation de ce thriller, best-seller français, mais je dois très vite déchanter. Le premier épisode de ce qui obtient finalement le prix de la meilleure série de cinquante-deux minutes, n’est qu’une sorte de grand mashup de luxe. Ce que j’ai apprécié ne lui appartient pas : la musique évoque immanquablement les sonorités électroniques du Machines de Moroder pour Metropolis ou de la B.O. de Vangelis pour Blade Runner (perplexe, j’ai même enregistré quelques dizaines de secondes pour comparer). De très beaux plans cadrés, débullés et des travellings lents ramènent au Zodiac de Fincher ou plus récemment à True Detective qui ne se contente pas de reproduire gratuitement ou de s’inspirer sans ajouter du sens, du contexte. Ici, hélas, aucune plus-value. La photo est somptueuse, l’usage intensif du « cadre dans le cadre » est fumeux, ne raconte rien, à un panoramique près, proche de celui du Notorious d’Hitchcock, justifié mais timide.

L’histoire rappelle furieusement celle de Will Graham dans le Dragon Rouge de Thomas Harris et le contexte est le même : l’inspecteur incarné par Charles Berling est traumatisé par l’arrestation spectaculaire d’un tueur en série particulièrement redoutable, détenu dans un hôpital proche du théâtre d’un nouveau crime bizarre, qui concerne un cheval (!) retrouvé étripé et exposé façon Le Silence des agneaux. Une jeune femme inexpérimentée, ici psychothérapeute, est amenée à côtoyer ce dernier, interné dans l’établissement où elle travaille… Enfin, le générique est accompagné par Hurt, le titre introspectif de Nine Inch Nails, dont je vénère la version de Johnny Cash, ici ânonnée par des choristes… ultime torture !

Les auteurs à la hauteur du défi 

Thank Godness, Glacé a gagné le prix dans sa catégorie, je peux donc épancher ici toute ma lassitude vis-à-vis de ce type de séries « qualité française » sans grand intérêt, mais qui semble avoir la bénédiction des producteurs. Pourtant, ils sont motivés, les auteurs, et ils ont pu exprimer en partie leurs frustrations lors d’une passionnante table ronde organisée par l’A.C.S. (association des critiques de séries), et menée par Pierre Langlais. Ils aimeraient travailler en équipe à l’anglo-saxonne, mais les enveloppes concernent le poste d’écriture dans son ensemble et ne favorisent pas les collaborations. Ils ont envie de comédie, de sitcoms de 26′, de « feuilletonnant », mais les formats courts (shortcoms) ou les 52′ ont la faveur des chaînes, à part France 4 et OCS qui sont très en demande de nouveautés. Ils constatent qu’il est souvent nécessaire de trouver un angle un peu pernicieux pour présenter une création et lui donner toutes ses chances. Proposer Kaamelott, c’est faire entrer un univers dans le format demandé pour mettre un pied dans la porte et compter sur le succès pour imposer ensuite une vision personnelle.

Table ronde - La comédie : Fini de rire ?

Pierre Langlais, Benjamin Dupas, Gaëlle Cholet, Cathy Verney, Frédéric Rosset, François Descraques.

Que ce soit Benjamin Dupas (10 pour cent, Kaboul Kitchen), Gaëlle Cholet (Fais pas ci, fais pas ça), Cathy Verney (Hard), Frédéric Rosset (Irresponsable) ou encore François Descraques (Le Visiteur du futur, Deadlandes, Les Escapés), ils regrettent le manque de place, la frilosité ambiante et une manière un peu vieillotte d’appréhender la création de séries en considérant le réalisateur, presque toujours masculin, comme l’interlocuteur principal dans le développement d’une fiction TV. Enfin, alors que les séries connaissent un engouement certain et une offre pléthorique en Anglo-saxonnie (il est tard, pardon), une sorte de complexe français veut que le cinéma soit forcément le but ultime, de sorte que des talents comme Éric & Quentin ou Le Palmashow se trouvent proposer de passer au grand écran, plutôt que de travailler sur des séries. À noter quelques cas rares comme La Chanson du dimanche, qui n’a pas vraiment trouvé son public dans la catégorie sitcom (ou alors ça m’a échappé…)

 

En attendant que les chaînes ouvrent un peu plus les cases nécessaires à l’émergence d’une nouvelle vague de la série française, chacun pourra chercher son bonheur dans le palmarès 2016 du festival, ou tout simplement dans la sélection. Ici, on va garder un œil sur José, qui promet des débats animés dans les prochaines semaines. Mais vous, qu’est-ce qui vous énerve dans la création hexagonale ? Dites-nous ce qui fait virevolter votre petit cœur de sériephile !

Un grand merci à mon red’chef’ qui m’a quasiment laissé carte blanche pour faire ce bilan on ne peut plus approximatif et à la « team Série » qui fut d’un précieux soutien tout au long de ce festival de la lose. Merci les gens de La Rochelle et du Festival, peut-être à l’année prochaine…

Palmarès 2016

Meilleure série de l’année Télé Star/Télé Poche –> Le Secret d’Élise TF1

Prix des collégiens de la Charente-Maritime –> Les Grands  OCS

Prix Nouvelle Aquitaine des lecteurs de Sud Ouest –> Nadia  France2

Coup de cœur du jury pour la fiction européenne –> Chewing Gum Channel 4

Prix spécial du jury pour la fiction européenne –> The A Word BBC One / Sundance TV

Meilleure Fiction européenne –> Ku’Damm 56 ZDF

Prix jeune espoir féminin ADAMI –> Adèle Wismes pour Les Grands  OCS

Prix jeune espoir masculin ADAMI –> Alexandre Philip pour Vestiaires France 2

Meilleure Web Série –> Tank – Studio+

Meilleur programme court –> Vous les femmes  TEVA

Meilleure musique –> Fabrice Aboulker pour Box27 France 2

Meilleur scénario –> Nathalie Kuperman, Raphaëlle Roudaut, Virginie Wagon pour Harcelée France 2

Meilleure réalisation –> Samuel Bodin pour Tank  Studio+

Meilleures interprétations féminines –> Barbara Schulz pour Nadia et Armelle Deutsh pour Harcelée

Meilleure interprétation masculine –> Éric Elmosnino pour Box 27 France 2

Prix de la meilleure série 26′ –> Les Grands – OCS

Prix de la meilleure série 52′ –> Glacé M6

Prix spécial du jury –> Box 27 France 2

Prix du meilleur téléfilm Tuer un homme ARTE

 

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