Bilan : Longmire (saison 3)

Bilan : Longmire (saison 3)

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© A&E Television Networks Inc.

Il y a comme une évidence à traiter l’obsession dans une série. Quel meilleur écrin que l’oeuvre épisodique pour accompagner ce symptôme psychologique ? Ce motif de l’obsession va travailler les deux lignes conductrices de cette troisième saison de Longmire. Le meurtre de la femme de Walter et la revanche de Branch. Elles viendront hanter chaque épisode, traitant avec une rigueur d’orfèvre, l’avancée ou la destruction que ce trouble compulsif évoque chez chacun de ces sujets.

Deux modèles, deux traitements. L’enquête personnelle de Walt finit par éclabousser son entourage. Elle gicle sur la saison et s’octroie une place importante jusqu’à détourner la nature élémentaire de la série : sa structure de formula show. Elle suit ainsi l’évolution de The Good Wife ou Justified et une construction moins sujet à la rigueur unitaire. Longmire ne renie rien mais sait courber l’échine face aux révolutions. Et sait abandonner ses tics fondamentaux pour mieux illustrer le caractère exceptionnel de la situation. Une intention que l’on retrouve dans le traitement de Branch et son obsession compulsive (auto)destructrice.

Cette troisième saison est l’histoire d’une déchéance. Une consomption lente et radicale qui aurait pu virer à la caricature si les auteurs n’avaient pas placé leur curseur sur le doute perpétuel. Si la série a déjà composé avec une fantasmagorie mythologique liée aux amérindiens, elle a su placer sa frontière sur une ligne trouble, ne cédant pas au trip new age façon Walker Texas Ranger, sans pour autant se limiter au versant cartésien. Traquer un fantôme écorche la stabilité psychologique où, malgré des convictions sincères et intègres, on est soumis au regard de ses pairs. Ici, plus Branch semble s’engouffrer dans la folie, plus la vérité se fait moins évidente. Ce jeu paradoxal permet d’affiner un trait grossier vers une affirmation des plus dramatique.

La saison fait bloc, compressée entre des intrigues prépotentes et les personnages impériaux. Le triangle Walt, Vic, Branch domine, trace des lignes convergentes, démontre l’importance des personnages. Les enquêtes passent parfois au second plan, servant de comburant à l’épisode. Un sacrifice contrôlé comme les auteurs continuent d’exploiter l’histoire des réserves et les horreurs subies par le peuple amérindien (la stérilisation abusive des femmes par des médecins américains). Une observation historique ou actuelle, tracé indéniable de l’identité Longmire dans le paysage policier.

La saison s’achève à l’image de la série : un faux calme. Dans Longmire, la violence est souvent intérieure, elle s’exprime rarement dans le geste. Les dernières séquences sont à ce titre un bel exemple d’une série à son meilleure. Montage parallèle, la colère sourde prend la place de la tristesse dans un moment de recueillement impudique déchirant ; une vérité s’éclaircit, froide et implacable. Sans heurts ou presque, Longmire joue son avenir. Mais nous savons que si le fil rouge devait se conclure, la série pourrait continuer à vivre. Longmire est dépendant de ses personnages, pas d’une enveloppe feuilletonnante.

 

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© Warner Horizon Television

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