Bilan : Profilage (saison 5) – Terre brûlée

Bilan : Profilage (saison 5) – Terre brûlée

Note de l'auteur
© Jean-François Baumard

© Jean-François Baumard

Hier soir étaient diffusés les deux derniers épisodes de la cinquième saison de Profilage. L’heure de dresser un bilan de cette dernière s’impose, d’autant plus après l’annonce d’Odile Vuillemin de quitter la série au terme de la sixième.

Une saison de contraste. Le premier épisode débutait par une séquence qui ne semblait pas avoir de prise sur la réalité. De la luminosité poussée à l’extrême à une sensation elliptique, tout pointait vers le champ lexical du rêve. Onirisme d’une scène de bonheur parfait, c’était une façon de prendre le contre-pied d’une fin de saison précédente avec une Chloé au bord du gouffre, prête au sacrifice. La fin du dernier épisode pose également le problème de la perception. Chloé en proie à des hallucinations ne distingue plus le vrai du faux. Les deux séquences semblent se répondre, communiquent une progression qui va de l’unité d’une famille à la destruction d’une autre.

© JEAN FRANCOIS BAUMARD / TF1

© Jean-François Baumard / TF1

La famille. Le grand thème de la saison. Nous étions revenus sur les deux premiers épisodes, exposant combien le motif familial était au coeur du récit. Les enquêtes devenaient des symboles dans la construction de Chloé et l’établissement de sa relation avec sa fille adoptive. À différents niveaux, la saison ne cessera d’opposer la criminologue à ses nouvelles responsabilités. Mais comme une lecture symbolique. Comme si cette récente configuration devait être soumise à de multiples expériences pour confronter la femme dans son choix, ses possibilités et comprendre, finalement, le voyage qu’elle s’apprête à entreprendre. La figure de la mère occupe toute la saison, une vision protéiforme. Des mères exposées à une carence, une pathologie. Soumises dans Un Pour Tous (5×01), en deuil dans Sur la Liste (5×04), manipulatrice dans Les Prédateurs (5×07), dysfonctionnelle dans Entre Deux (5×08) ou vengeresse dans Au nom de mon Fils (5×09). On ajoutera la propre pathologie de Chloé : schizophrène.

De cette association des motifs du contraste et de la famille, la saison observe un basculement progressif de la lumière à l’obscurité, de l’union à la désunion dans un mouvement qui ressemble à une entreprise de démolition. Profilage est une série de groupe. Si Chloé est la figure principale, s’est constituée autour d’elle, une équipe dont chaque membre possède une vie propre. Cette vie, par le traitement très feuilletonnant qu’opère la saison, va se morceler par petites touches jusqu’à isoler chaque partie. Chloé et sa maladie, Rocher et Rose, Hypolithe et sa paternité, Fred et le couple Hypo/Jess. Au rythme de l’épisode, le sentiment est quasi imperceptible. On devine seulement a posteriori comment tout conduisait, convergeait vers un final opératique.

© JEAN FRANCOIS BAUMARD / TF1

© Jean-François Baumard / TF1

Profilage s’inscrit comme un objet pop. Pas au sens d’une récupération populaire mais parce qu’elle s’inscrit dans un passé vivant. La série multiplie les références (le mockumentary de The Office, le meurtre en huis clos de Agatha Christie, le road trip de Thelma & Louise, le libertinage de Eyes Wide Shut, Seven…). Une oeuvre semble avoir eu une plus grande emprise : Luther. Choix pas innocent car les deux séries sont capables de tutoyer les mêmes sommets de noirceur et l’exploitation d’une psyché un peu malade. Julie Gayet jouant la vie de ses victimes aux dés rappellera les jumeaux tueurs de Luther (2×03 & 2×04) et Au Nom de mon Fils perpétuera la vision d’une justice punitive à l’ère d’internet (3×03 & 3×04). Mais sous le poids de toutes ces influences revendiquées, la série ne plie jamais, conserve son identité intacte et parvient à surprendre le spectateur par ses ruptures de tons, ses intrigues labyrinthiques et une belle inspiration pour des crimes souvent complexes. Enfin cette saison ose oublier cette recherche absolue d’authenticité pour s’offrir de vrais beaux moments dramaturgiques ou récréatifs. Deux exemples frappants et opposés : la descente de voiture avant l’entrée dans le casino de Face Caméra (5×03). Du glamour un peu artificiel mais qui prouve que Profilage est sortie du complexe français de refuser ce type de plans par peur du ridicule ; la séquence de l’émeute en prison. Soulignons que la série s’offre une belle réalisation dans l’ensemble, avec une mention toute particulière pour les deux derniers épisodes.

© Bernard Fau

© Bernard Fau

Avec cette nouvelle saison, Profilage n’aura jamais été autant audacieuse, référentielle, symbolique et cohérente. Le travail autour du personnage de Chloé Saint-Laurent est fascinant par sa lente déchéance, de la lumière à l’obscurité. Si la jeune femme a toujours connu des moments très dramatiques, jamais elle n’avait sombré de façon aussi implacable. Il semblerait que les auteurs aient craint que la série souffre de sénescence. Paysage mortifère, ambiance désespérée, le duo Fanny Robert et Sophie Lebarbier n’ont rien épargné aux spectateurs et viennent de s’imposer un challenge de taille. Mais jusqu’où iront-elles ?

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