Bilan : Sense8 (saison 1) – De vrais humains

Bilan : Sense8 (saison 1) – De vrais humains

Note de l'auteur

Sense 8 - promo 1

Dans des circonstances mystérieuses, huit personnes vivant aux quatre coins du monde se trouvent soudain connectés les uns avec les autres. Ils expérimentent une forme extrême d’empathie qui leur permet de partager ressentis et émotions, de communiquer, et même d’échanger leurs compétences. Mais dans l’ombre, quelqu’un traque ces « sensates » pour les éliminer…

 

Un pitch trompeur

Difficile de pitcher Sense8 autrement qu’au travers des quelques lignes qui précèdent : il s’agit bien là de l’argument de cette série. Pour autant, ce paragraphe ne renseigne guère sur ce que Sense8 est réellement.
Tout le monde a en mémoire la vague de séries plot-driven qui a suivi Lost, dans lesquels de mauvais auteurs l’imitaient mal, avec des mystères sans intérêts construits autour de personnages fades, qui faisaient face à des machinations extrêmement compliquées.

De tout cela, et comme le pitch ne l’indique pas, Sense8 prend en réalité le contre-pied.

C’est l’humain qui intéresse ses auteurs, et la science-fiction de Sense8 est toujours au service de l’étude de caractère et du propos que les parcours individuels permettent de développer. Le programme a donc plutôt la forme gargantuesque de huit séries de personnages qui se développent en parallèle, unies par leurs fondements thématiques et nourries par les multiples entrecroisements permis par le pouvoir des héros.

Ces « huit séries » varient dans leur ton, leurs univers et leurs histoires, et si certaines se dégagent immédiatement – le combat de Nomi, les marivaudages hilarants et touchants de Lito – probable que chacune d’entre elles, et son personnage central, sera la préférée d’au moins un spectateur.

Sense8 promo

Il y a Riley (le charme fragile de Tuppence Middleton), DJ Islandaise exilée à Londres. La nuit et ses excès sont pour elle le moyen d’oublier la tragédie qui l’a conduit à quitter sa terre natale. Mais elle a emporté son dégoût d’elle-même dans ses bagages. Son choix de carrière lui-même en atteste : si son père est un vrai musicien, elle ne fait « que » passer des disques… Réussira-t-elle à se confronter à ses démons ?

Will (la sensibilité musclée de Brian J. Smith) est un policier de Chicago, qui vit dans l’ombre de son grand flic retraité de père. Le souvenir d’une affaire ancienne et non résolue, que Will a perturbé à cause de visions qu’il commence seulement à comprendre, a créé une distance entre eux en même temps qu’elle le pousse à transgresser les règles pour mieux protéger son prochain. Comment arbitrera-t-il entre sens du devoir et loyauté à son héritage et sa hiérarchie ?

À Mumbai, en Inde, Kala (Tina Desai, réjouissante ingénue) est la première femme de sa famille à bénéficier d’un mariage d’amour, avec un sacré bon parti : l’héritier d’un grand laboratoire pharmaceutique, membre d’une famille moderne qui aspire à changer profondément le pays. Tout le monde se réjouit pour elle mais il n’y a qu’un seul problème : elle n’a réussi à avouer à personne qu’elle n’est pas amoureuse. Doit-elle privilégier la raison à la passion ?

Wolfgang (Max Riemelt, tout en animalité magnétique) est né dans une famille de la pègre berlinoise, un univers machiste et violent qui a laissé sur lui des marques indélébiles. Avant sa connexion avec les autres sensates, Felix était le seul ami qu’il n’ait jamais eu dans sa vie. Pourra-t-il assouvir son besoin de vengeance tout en conservant son humanité ?

Lito (Miguel Ángel Silvestre, hilarant et profond) est un acteur mexicain pour qui il est d’autant plus crucial de cacher son homosexualité que sa carrière est en train d’évoluer des telenovelas à des films d’action plus importants. Mais il dépense tellement d’énergie à jouer un rôle en permanence qu’il ne lui en reste plus guère pour être bon quand les caméras tournent. Trouvera-t-il sa vérité ? Et lui plaira-t-elle ?

Nomi (fantastique Jamie Clayton, engagée et électrique) est une femme transsexuelle en couple avec une autre femme. Sa famille bourgeoise n’a jamais pu accepter qui elle était, ce qui n’a fait que renforcer son engagement. Condamnée quand elle était mineure pour des piratages informatiques, elle se contente aujourd’hui de tenir un vidéoblog politique. Qui doit-elle croire ? Sa compagne qui l’engage à regarder en elle-même et à se faire confiance, ou sa famille, persuadée qu’elle souffre d’une maladie mentale ?

Sun (Doona Bae, qui jongle entre intériorité et explosivité) est une femme aux prises avec le machisme de la société sud-coréenne qui lui impose de servir et de se sacrifier. Personne ne sait la fonction qu’elle occupe dans l’entreprise de son père, qui la traite comme quantité négligeable malgré l’incompétence et le dilettantisme du frère de Sun, héritier désigné. Saura-t-elle échapper au destin qu’on a tracé pour elle ?

Enfin, Capheus (l’espièglerie chaleureuse d’Aml Ameen) est un chauffeur de bus à Nairobi, fan de Jean-Claude Van Damme. Dans un océan de contrefaçons dangereuses, il cherche désespérément à se procurer des traitements antirétroviraux efficaces pour soigner sa mère séropositive. Jusqu’où est-il prêt à se compromettre pour la sauver ?

 

Au commencement, un certain chaos
Sun: derrière le calme apparent, une vraie fighteuse

Sun : derrière le calme apparent, une vraie fighteuse

Sense8 est née quand Larry et Lana Wachowski ont décidé de s’intéresser à la télévision. Ils convient dans leur maison de San Francisco le scénariste J. Michael Straczynski, devenu célèbre en créant la saga de science-fiction Babylon 5, une sorte de roman télévisé conçu sur cinq saisons.
Ensemble, le trio brainstorme des pistes narratives possibles. Straczynski évoque la manière dont, avec les réseaux sociaux, les chats et les webcams, des individus séparés par des milliers de kilomètres peuvent partager des expériences communes. Leur envie se fixe peu à peu sur l’idée de l’empathie et de son lien avec l’évolution. De leurs discussions naît aussi la volonté de s’intéresser de front aux sujets habituellement négligés ou caricaturés par la science-fiction : le genre, la sexualité, l’individu, la politique…

Plutôt que de se lancer dans un parcours classique pour la télévision américaine – développer un pitch d’une quinzaine de minutes qui permet de décrocher l’écriture d’un scénario de pilote puis son tournage, le trio décide d’avancer dans l’écriture on spec, c’est-à-dire sans financement extérieur. Trois épisodes sont ainsi déjà écrits quand ils commencent à rencontrer d’éventuels acheteurs, en octobre 2012. Le premier rendez-vous sera avec Netflix, et il n’y en aura pas d’autres. La plate-forme vidéo rappelle avant midi pour acheter le projet.

La commande initiale est de dix épisodes. Ce n’est qu’une fois le tournage commencé que, face aux premiers montages, les Wachowski et Straczynski réalisent que le premier épisode va avoisiner les 1h45. Le trio demande alors à Netflix de pouvoir étendre l’histoire sur 12 épisodes pour ne pas effectuer de coupes sombres au début du récit. Ce léger chaos en coulisses est largement responsable des débuts poussifs de l’ensemble.
Le premier épisode est tout simplement raté, malgré un teaser fascinant. Il donne l’impression de suivre les dix premières minutes, toutes franchement balourdes, de huit films différents, sans que la plupart des histoires n’atteignent l’incident déclencheur. Ajouté au décalage entre les attentes générées par le pitch et la réalité character-driven du projet créatif, le spectateur se trouve tout simplement incapable de comprendre où les auteurs veulent en venir.

Pour ne rien arranger, les trois scénaristes ont voulu jouer aux plus malins, truffant ces premières séquences de foreshadowing, c’est-à-dire d’éléments annonciateurs de la suite du récit, qui ne prendront leur sens qu’une fois celle-ci connue. La méthode avait eu un certain succès quand elle fut utilisée avec parcimonie sur Babylon 5 mais là, elle n’ajoute qu’un peu plus de confusion à des débuts qui n’en avaient pas besoin.

Comme un problème de reflet pour Riley et Will

Comme un problème de reflet pour Riley et Will

Les différents personnages mettent longtemps à comprendre leur pouvoir et à l’apprivoiser. Cette approche hyperréaliste (dans la vraie vie, personne ne réussirait à accepter, comprendre et maîtriser un super-pouvoir en cinquante-deux minutes) pourra irriter, mais elle est clairement intentionnelle et indispensable au succès de l’approche choisie. Le temps que les personnages mettent à accepter la présence des autres est d’ailleurs clairement fonction de leurs préoccupations et de leurs personnalités. Pour un Capheus qui sautera vite sur l’occasion de « voir du pays », il y a une Sun, pas du tout habituée à partager sa vie émotionnelle et qui aimerait pouvoir se retrancher dans la solitude à laquelle elle est habituée, ou encore un Lito, le romantique autocentré qui devra toucher le fond pour s’apercevoir que son nombril n’est pas le centre du monde. D’une manière générale dans cette saison, ce sont les relations entre quatre duos qui sont particulièrement creusées : Riley et Will, Wolfgang et Kala, Nomi et Lito, Capheus et Sun.

Au fil des épisodes, les scènes d’échange de compétences deviennent des constructions de plus en plus complexes, une tendance appelée à s’amplifier au fil des saisons. Straczynski a, comme à son habitude, concocté avec les Wachowski un plan en cinq saisons dont ils connaissent déjà le dénouement.

Cette première partie de bilan explique en partie les réactions très contrastées, à la limite de la schizophrénie, générées par Sense8 : ceux qui ont vu l’intégralité de la saison n’ont tout simplement pas vu la même série que ceux qui n’auront visionné que les trois premiers – ceux que Netflix a rendu disponibles aux journalistes avant le lancement (pour des raisons difficiles à comprendre : ajouter le formidable quatrième épisode semblait le minimum).

 

Une proposition transgressive mais honnête

En partie, ai-je dit, car il y a aussi tout le reste. D’abord, il faut mesurer les conséquences de la manière juste et crue dont elle aborde certains sujets et en particulier celui de la sexualité, en mettant en scène des séquences tout sauf hétéro-normées. S’éloigner de l’objectification décorative des corps féminins, pour développer une approche proche du mouvement queer, réaliste, sensible et profonde, c’est nécessairement clivant.

Mais le plus important, c’est la vision d’auteur singulière que le trio cherche à imposer. Dans l’époque que nous traversons, caractérisée par des niveaux inouïs de cynisme et de misanthropie nihiliste – que l’on retrouve dans certaines des œuvres contemporaines les plus populaires (coucou Game of Thrones), la proposition artistique des Wachowski et de Straczynski est profondément transgressive. Sense8 rame à contre-courant, avec son message sur le pouvoir de l’empathie et les bénéfices de la mixité et des échanges culturels.

Il y a une part de maladresse dans l’espèce de candeur New Age qui affleure parfois. Sauf que la sincérité et la conviction acharnée de l’équipe, scénaristes, réalisateurs et acteurs, l’emportent à la fin. L’engagement de tous est palpable, et j’ai le sentiment d’avoir rarement vu à la télévision des comédiens se mettre autant à nu – et je parle là davantage du sens figuré que du sens littéral. Les personnages légèrement stéréotypés du départ épaississent à vue d’œil pour devenir des êtres de chair et de sang qui nous émeuvent, nous font rire, nous brisent le cœur.
Le neuvième épisode, d’une beauté et d’une cruauté infinie, m’a terrassé.

 

Une écriture thématique

Comme toutes les excellentes séries, Sense8 est portée toute entière par une écriture thématique. Le plot, les intrigues, que les mauvaises empilent anarchiquement pour tirer à la ligne, sont ici toujours au service du sens. Ce thème, je le résumerais ainsi :

Il n’y a pas d’autre recette pour le bonheur et l’accomplissement de soi que la création de connexions humaines les plus nombreuses et les plus profondes possibles.

Tous les sensates au secours de Riley

Tous les sensates au secours de Riley

Bien sûr, il se reflète dans l’argument central du concept, cette connexion paranormale qui unit huit personnages qui n’avaient rien d’autre en commun que leur date de naissance.

[Un détail exactement identique se retrouvait dans la série avortée de Chris Carter, The After, qui suivait elle aussi huit personnages très différents réunis par des forces surnaturelles.]

Mais, bien au-delà de cela, Sense8 explore les multiples moyens de créer ces connexions – et notamment le premier d’entre eux : la conversation. Ainsi, Sense8 n’est pas bavarde, elle est logique vis-à-vis de son propos. Les discussions entre les sensates, quand elles permettent aux personnages d’aboutir à des révélations sur eux-mêmes, sont des pivots émotionnels puissants qui rythment la saison.

Pour appuyer cette volonté d’afficher le plaisir à être ensemble, on assistera pêle-mêle, au fil des épisodes, à de grands rassemblements populaires, comme les feux d’artifice de la fête nationale américaine, un festival Hindou ou la Marche des Fiertés de San Francisco, mais aussi à des scènes de danse en boîte de nuit, ou à un concert de musique classique.
Ce discours sur les connexions humaines est également l’objet des références constantes à la culture et à sa capacité à rassembler, avec un éclectisme dont le fondement est le goût des différents personnages, qui va de la littérature à la pop culture la plus mainstream (des films de Van Damme à Conan le Barbare en passant par le tube des 4 Non Blondes What’s Up). Le bonheur de partager des choses ensemble c’est, enfin, le sens des quelques scènes de sexe, et notamment de l’orgie fantasmée et incroyablement érotique de l’épisode 6. Que c’est agréable de voir une œuvre non-pudibonde qui ne soit pas glauque ou culpabilisante dans sa représentation de la sexualité ! Que c’est rare, aussi…

Ce motif du plaisir partagé n’est pas nouveau dans la filmographie des Wachowski. En fait, on retrouve dans Matrix Reloaded une scène exactement similaire à ce que montre Sense8. On y voit Neo et Trinity faire l’amour pendant que Zion danse au rythme de musiques techno-tribales.
La comparaison, je dois le dire, permet de mesurer le chemin parcouru. La scène de Matrix était incongrue, complètement dénuée de sensualité et d’émotion. Elle ne s’insérait guère dans l’ensemble thématique plus large du film, et se terminait en queue de poisson quand le plot reprenait violemment le dessus par rapport aux personnages, avec le rappel de la prophétie de la mort de Trinity.

Il y a loin entre ce ratage et la beauté suspendue de Sense8. Comme si les auteurs avaient entreprit depuis un long processus de découverte d’eux-mêmes qui porte finalement ses fruits.

La capacité des sensates est un talent qui les rend non pas meilleurs, mais différents. C’est une chose que l’humanité a du mal à accepter. C’est pour cela que les sensates sont un secret que l’on traque et que l’on extermine. Là encore, les échos thématiques sont multiples, par exemple dans l’intrigue de Wolfgang. Quand Steiner refuse de croire que le voleur ait pu ouvrir son coffre seulement grâce à son oreille, il illustre à une plus petite échelle ce propos général.
On notera aussi le motif récurrent des produits coupés, drogues ou médicaments, qui deviennent dangereux, à l’image des humains privés d’une grande part de leur capacité d’empathie. Bref : les petites histoires et la mythologie sous-jacente dialoguent et se répondent via une écriture extrêmement maligne et maîtrisée.

Pour autant, Sense8 n’est pas niaise dans son appétit de connexion. Certaines sont toxiques, ce qu’illustre le parcours violent et tragique de Wolfgang ou le déni destructeur de la mère de Nomi. Une des répliques de Wolfgang l’incarne, quand il décrit Felix comme son frère. Ils ne sont pas, dit-il, « liés par le sang, mais par quelque chose de bien plus important : le choix ».

 

L’intime et le grand spectacle

Sense8 est donc un récit de l’intime, qu’elle traite sur un mode absolument épique – de ce paradoxe naît une partie de sa spécificité. Sa réussite se mesure aussi à la manière dont elle fait totalement oublier le cauchemar logistique qu’a dû être sa production.

Wolfgang solde ses comptes

Wolfgang solde ses comptes

Pensez donc : un tournage réparti dans huit villes différentes à travers le monde avec un découpage du travail entre les réalisateurs non pas basé sur les épisodes, mais sur les décors. Les Wachowski ont ainsi mis en scène les séquences situées à San Francisco, Chicago, Londres et une partie des scènes en Islande (le tournage islandais ayant eu lieu en deux fois pour les besoins des flash-backs enneigés). James McTeigue a dirigé l’autre session islandaise et les histoires situées à Mexico City et Mumbai. Enfin, Tom Tykwer réalisait les parties situées à Berlin et Nairobi. Les crédits sont donc largement fictifs, les réalisateurs ayant tourné des scènes pour tous les épisodes.
Plus complexe encore : les mêmes scènes de conversation entre deux sensates devaient être tournées deux fois, pour entrecroiser les deux décors où se trouvent les personnages. Il a donc fallu, pour les comédiens, retrouver la même intention, à des mois d’intervalle, sous la direction de réalisateurs différents !

La série est d’une beauté visuelle étourdissante, un spectacle de tous les instants soutenu par une bande originale démente de cohérence dans l’éclectisme. Rien ne vient jamais perturber le sentiment de parfaite unité artistique de l’ensemble, même pas la façon dont les scénaristes jonglent avec les univers, tous dépeints de manière convaincantes avec moult détails piochés sur le terrain (des bus peints africains aux mariages hindous qui durent six heures – ou trois si on double le salaire du prêtre).

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Ces huit personnages vont donc tous devoir se confronter à leurs conflits intérieurs et faire face à des obstacles personnels. Chacun va pouvoir bénéficier du soutien et des compétences des autres pour affronter les difficultés les plus grandes que, sans cela, ils n’auraient pas surmontées. Les climaxes de ces différentes intrigues sont répartis au fil de la saison, à partir de la fin de l’épisode 4, qui marque l’évasion de Nomi. Si cela pose certains problèmes pour maintenir actif les personnages dont le climax survient le plus tôt – Nomi passe énormément de temps cachée dans son propre appartement (!) – cela apporte à l’ensemble un dynamisme qui sépare le cœur de la saison de l’introduction des trois premiers épisodes.
Même dans les moments où l’intrigue mythologique qui sous-tend la série est davantage mise en avant – comme c’est le cas de l’intrigue de Nomi ou de celle de Riley dans les derniers épisodes – c’est toujours le parcours des personnages et leurs propres nœuds émotionnels qui sont traités. Ainsi, quand on affirme à Nomi qu’elle souffre d’un problème médical grave, on apprend certes peu à peu comment Mr Whispers veut transformer les sensates en zombies qu’il pourra utiliser à sa guise, sans réciproque. Mais en vérité, ce qui se joue, c’est la confrontation avec les médecins et sa famille, et l’incompréhension et le rejet qui en découlent que Nomi a déjà dû traverser au sujet de son identité sexuelle.

C’est peut-être cet aspect là qui rend Sense8 étrangement accessible, pour une œuvre aussi avant-gardiste et radicale : si le nerd fan de SF, comme l’auteur de ses lignes, pourra suivre la mythologie sous-jacente dont les auteurs maîtrisent à l’évidence les détails, il est tout à fait possible d’adorer la série en se désintéressant totalement de cet aspect. Ce sont les personnages qui comptent – une affirmation déjà entendue et pas toujours fondée. Mais dans Sense8, comme dans The Leftovers l’été dernier, c’est vrai.

 

Sense8 est une proposition singulière, foncièrement originale, et que seule Netflix aurait pu commander. Passé une mise en place confuse et, pour tout dire, ratée, elle se montre incroyablement sincère et généreuse, multipliant les pay-off émotionnels, tous plus bouleversants les uns que les autres. Ses imperfections font sa force, comme si l’œuvre et son sujet s’épousaient harmonieusement. Bref, pour moi, ce fut un vrai coup de cœur. J’en redemande !

Sense 8 - promo 2

La critique à Pierre-Alexandre, c’est par ici.

Celle du Docteur No, par .

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