7 Saisons au Milieu des Heck (The Middle)

7 Saisons au Milieu des Heck (The Middle)

Note de l'auteur

La septième saison de The Middle s’est achevée le 18 mai. L’occasion de rappeler les qualités de la formidable sitcom d’ABC. Très discrète dans un paysage télévisuel en mouvement permanent ou sur les tapis rouges des grandes cérémonies, la série affiche pourtant une régularité sans faille. On ne parle pas suffisamment de The Middle, réparons cette erreur.

Dommage collatéral de la Peak TV (la production exponentielle de séries aux USA), il faut composer avec les laissées-pour-compte, les oubliées sur le bord de la route, les injustices, ces séries qui, entre secrets bien gardés et honteux oublis, promènent leur existence sans bruit. Elles ne sont coupables que de silence, même si elles ont des choses à dire ; victimes d’un manque d’exposition comme elles passent entre les mailles d’un filet médiatique à la recherche de séries bruyantes. Cela fait sept ans que The Middle passe inaperçue. Un manque totale de reconnaissance (de la critique, des récompenses) qu’il faut savoir prendre avec philosophie, aussi frustrant soit-il, parce que nous aussi, au Daily Mars, nous sommes un peu coupables de ne pas mentionner suffisamment la série.

© ABC/Michael Ansell

© ABC/Michael Ansell

The Middle parle de la famille, parfois de la religion et cultive un esprit très (pro)américain. Un raccourci critique voudrait qu’on lui colle l’étiquette « réactionnaire » par cette façon d’organiser ses thèmes, de les traiter aussi, quelque fois. Un automatisme réducteur. Pourquoi devrait-on laisser la politesse de ces sujets à des idées essentiellement conservatrices ? La série ne pose pas de regard cynique pour tordre le cou à cette vision de l’Amérique ; elle ne cherche pas, dans sa forme, une façon de s’extraire d’une production courante. The Middle est une sitcom classique, à mi-chemin entre le mutli et le single camera. Elle est surtout une comédie vivante, énergique sur une famille américaine moyenne, car la famille restera l’un des sujets indémodables du genre. Et bien traitée, une source inépuisable de rire.

Sept ans, c’est parfois long pour une sitcom. Et spécialement quand elle se repose sur une famille, géométrie fixe et invariable. Si les personnages évoluent au fil des ans (ils grandissent), chaque épisode les entraîne dans un tumulte éphémère où tous reprendront la place qui est la leur. La répétition du geste introduit une usure naturelle que seule la force combinée du rire et de l’attachement, permet d’atténuer. Dans The Middle, cette force tourne à plein régime et la constance dont fait preuve la série tient du miracle. Aucun sentiment d’épuisement n’accompagne les épisodes de la septième saison, c’est toujours avec une bouffée d’air frais que nous retrouvons les Heck.

Créée par d’anciennes auteures de Roseanne (Eileen Heisler et DeAnn Heline), la sitcom n’ausculte pas la famille par simple réflexe ou pour le plaisir de la déconstruire. S’y nichent le théâtre de l’absurde, des relations conflictuelles, des débordements, dans une ambiance souvent hystérique, jamais corrosif. The Middle ne pratique pas l’humour grinçant mais un style plus rond. Si les Heck entretiennent l’idée d’une famille dysfonctionnelle, l’amour y reste célébré, avec une façon bien particulière de l’exprimer. La sitcom fait partie de ces séries dont la part de réflexion est moins importante que le sentiment qu’elle nous apporte. Un jeu entre un rire franc, direct, euphorisant et une émotion simple que l’on aurait vite fait d’étiqueter gnangnan si elle n’était pas aussi sincère.

bilan-the-middle-saison-07-02La septième saison a multiplié ces petites intentions. Des gestes sobres mais qui signifient beaucoup. De Mike qui accorde une danse à sa belle-mère, à Axel qui offre une fourchette à Sue, en passant par un dernier trajet familial vers le travail d’été de l’adolescente, ces moments ont montré qu’à travers les discordes et le chaos, règnent l’expression d’un amour plus fort que le reste. La série ne cherche pas à glorifier une famille type, ni à célébrer une union parfaite. C’est dans le dérèglement naturel qu’elle trouve sa voix qui se faufile parmi les cris pour venir cueillir le spectateur par une petite pirouette finale. Parce que la famille, c’est souvent bruyant, tumultueux et désordonnée mais à la fin nous sommes (généralement) là pour l’autre. Il n’y a pas d’autres réflexions politiques ou sociologiques derrière la série, sinon que notre société est déjà suffisamment dure, compliquée et injuste pour éviter d’en rajouter une couche à la maison (ce que les Heck font bien souvent malgré eux).

Ce liant familial que la série fête, cette façon de montrer qu’après les disputes, l’exaspération (des enfants comme des parents), la démission, les départs, on finit tous par se retrouver, c’est la nature même des sitcoms. La comédie de situation est une chambre d’enfants : chaque épisode est le moment où ils déballent tout, jouent comme ils veulent, mais à la fin de la journée, chaque jouet doit retrouver sa place. Chez les Heck, le terrain de jeu est souvent aussi bordélique et branlant que leur maison mais les fondations sont bien solides pour répéter, après autant d’années, leur petit théâtre comique.

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