Black Sails : bilan de la saison 1

Black Sails : bilan de la saison 1

Note de l'auteur
Le capitaine Flint (Toby Stephens). Photo Starz

Le capitaine Flint (Toby Stephens). Photo Starz

Une série sur l’âge d’or de la piraterie, des moyens colossaux, deux créateurs au CV plutôt modeste, Michael Bay à la production : avec Black Sails, Starz a pris le gros pari de ce début d’année. On pouvait craindre le pire ? Oui. Mais au final, le bilan est positif. Progressivement, le show installe une arène, des personnages et un éventail d’intrigues qui ne manquent ni d’intérêt ni de potentiel.

« You can take it from me : There’s always a way » (John Silver, « .VIII »)

Vous connaissez le point commun entre la saison 1 de Murder One et celle de Black Sails ? Chacune à leur façon, elles affirment avec évidence une vérité. Lorsque vous arrivez au bout du chemin, vous vous apercevez que tout était dit dès le départ.

Si les méandres de l’affaire Costello n’ont pas grand chose à voir avec ce qui se passe à bord du Walrus, du Ranger ou à New Providence, le fait est, pourtant, que le pilote de Black Sails présente avec précision ce qui fera la force et les faiblesses des sept épisodes qui suivront.

Photo Starz

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Le premier épisode de la série de Jonathan E. Steinberg et Robert Levine s’articule effectivement autour de quatre grands axes :

* La contestation du pouvoir du Capitaine Flint, qui trouve une issue maline;
* Les querelles de pouvoir à New Providence, l’île aux pirates;
* L’intégration de John Silver;
* La course à l’Urca Libre, vaisseau bourré d’or.

Tout ça, au son entêtant de la vielle (1) actionnée par Bear McCreary dans le générique.

Vous pouvez retourner ce carré de propositions dans tous les sens, chaque épisode de la saison 1 fonctionne autour de ces axes. Pour le meilleur (les épisodes 1, 5, 6 et 8), pour le moins bon (les épisodes 2 et 3) et pour le moyen (les épisodes 4 et 7).

Charles Vane (Zach MacGowan) et Rackham (Toby Schmitz). Photo Starz

Charles Vane (Zach MacGowan) et Rackham (Toby Schmitz). Photo Starz

Qu’est-ce qui fait que cela fonctionne à plein régime certaines fois et d’autres non ? C’est la propension des scénaristes à jouer intelligemment sur telle ou telle autre pan de l’intrigue.

Lorsqu’il s’agit du pouvoir contesté de Flint, dans la majeure partie des épisodes, cela fonctionne bien parce que l’intrigue est liée à la personnalité du maître du Walrus. Plus l’intrigue avance, plus on comprend que ce personnage est tout à la fois le meilleur maître à bord et que, en même temps, pour lui, être dans cette situation est la pire des choses. Cela le condamne à être perpétuellement en danger. À être seul.

Cela fonctionne aussi lorsque, pour partir à l’assaut de l’Urca, les pirates doivent d’abord intercepter l’Andromache, un vaisseau surarmé.

Par contre, quand il s’agit des intrigues sur l’Île aux Pirates, c’est nettement moins probant. Pour ne pas dire extrêmement bavard. Là encore, une scène laissait présager qu’il en serait ainsi : l’échange entre Flint et Richard Guthrie.

Déterminés à poser un écheveau d’intrigues solides sans jamais escamoter la dimension psychologique de ses personnages, les scénaristes de Black Sails plombent malheureusement le rythme du premier tiers de la saison.

L’épisode 4 en est un très bon exemple : il est long, très long. Mais reprend de l’intérêt lorsqu’un incident éclate et que Flint revient au premier plan. La raison ? Il a agi, il n’est plus seulement dans les palabres.

Eleanore Guthrie (Hannah New). Photo Starz

Eleanore Guthrie (Hannah New). Photo Starz

Dans la critique du pilote, on avançait que l’opposition de la violence et de la ruse marchait bien. C’est un peu étrange à écrire à propos d’une série proposée par Starz, mais dans plusieurs épisodes de Black Sails, on est parfois en manque de confrontations physiques pures et dures. Et cela joue sur l’intérêt de l’histoire.

Pourtant, contre toute attente, le jeu en vaut plutôt la chandelle. Si on est au départ agacé par les atermoiements d’Eleanor Guthrie, Max et Charles Vane, le fait est qu’à partir de l’épisode 5, ces mêmes protagonistes sont suffisamment solides pour que l’intrigue commence à décoller.

Plus le temps avance, et plus on comprend par exemple que Vane et Eleanor ont une relation très complexe. Une relation dans laquelle le rapport d’attraction/répulsion est beaucoup plus subi par Vane que par la jeune femme.

Cette constatation s’inscrit en fait dans une des caractéristiques fortes de la série : vous aurez beau chercher, aucun des personnages principaux féminins n’est un faire-valoir.

Anne Bonny (Clara Paget). Photo Starz

Anne Bonny (Clara Paget). Photo Starz

On peut être agacé par Max et ses réactions : elle reste le pendant de Rackham et de Silver chez les hommes. Elle est très rusée, elle se bat perpétuellement pour rester libre… et elle le reste. Même quand elle semble dans une impasse.

De la même façon, si vous cherchez le personnage le plus iconique et le plus badass de la série, vous ne le trouverez pas chez les hommes puisque c’est Anne Bonny.

Eleanor Guthrie, enfin, est embarquée dans une quête de la légitimité qui fonctionne un peu en miroir à celle de Flint.

A la limite, seul le personnage de Miranda Barlow est décevant, voire caricatural. Il est trop empêtré dans un « mystère mystérieux » (trop au second plan, aussi) pour que l’on sache ce qu’il a à donner.

Mais dans l’ensemble, on sent qu’un soin tout particulier a été apporté à l’équilibre des forces en présence. Ca se voit, ça se sent… et ça marche.

Progressivement, Black Sails devient donc une vraie série chorale. Avec une intrigue à tiroirs dont l’intérêt va croissant et dont la mise en scène est toujours impeccable (Marc Munden, TJ Scott et Sam Miller ne sont pas des manches). Et surtout, dans cette chorale, un soliste tire peu à peu son épingle du jeu : John Silver.

John Silver (Luke Arnold). Photo Starz

John Silver (Luke Arnold). Photo Starz

Séduisant, malin et… chanceux, « l’autre personnage » de l’Île au Trésor s’impose progressivement pour devenir essentiel. Si Steinberg et Levine gardent le cap, ils peuvent en faire le Ryan O’Reilly de Black Sails. Ce n’était pas forcément gagné au départ, mais ça semble assez évident à l’arrivée.

Au bout du compte, si on peut regretter le caractère hyper-didactique de la première partie de saison, Black Sails offre une première salve d’épisodes cohérente et où tout va crescendo. La montée en puissance est d’autant plus appréciable que l’on se dit que maintenant, tout est en place pour que le navire vogue à pleine vitesse.  En résumé : mettez-vous à jour d’ici 2015, ça vaut le coup.

(1) : C’est un instrument. Pas un mot mal écrit et qui, corrigé, donnerait un tout autre sens à cette phrase.
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