Blacksad: Under the skin, une sortie prématurée

Blacksad: Under the skin, une sortie prématurée

Note de l'auteur

Fan de Blacksad, la bande dessinée de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, dont j’attends toujours impatiemment un nouveau tome (même si les deux premiers restent inégalés), j’avais été ravi d’apprendre que les aventures du chat détective allait être adaptées en jeu vidéo. La découverte cet été des premières minutes du jeu chez Microïds n’avait fait que renforcer cette impatience de pouvoir vivre ces aventures manette en mains. Hélas, trois fois hélas, l’expérience fut moins plaisante que prévue…

Quelque part entre les ombres

Le jeu marque des points dès le début avec une intro à la musique si inspirée qu’on hésite à interrompre. Une fois cette difficulté passée, l’histoire débute avec avec une scène directement tirée du premier album, histoire de bien marquer son attachement à l’œuvre d’origine. Mais peut-être faut-il rappeler ce qu’est Blacksad ? Blacksad est donc une bande dessinée qui compte actuellement cinq tomes et que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est en effet un véritable chef d’œuvre, tant pour le trait dynamique de Juanjo Guarnido que pour le récit de Juan Diaz Canales, véritable hommage aux plus grands classiques du film noir.

Blacksad raconte les aventures de John Blacksad, un chat noir au museau blanc (on ne rit pas, ça a son importance !) vétéran de la seconde guerre mondiale devenu détective privé une fois revenu à la vie civile. Le théâtre de ses aventures est une Amérique des années 50 hantée par de nombreux spectres ; une société encore marquée par la guerre et plus encore par le crime et la ségrégation raciale. C’est dans ce monde que vivent des animaux anthropomorphes. Mais l’ambiance est loin de celle d’un joyeux dessin animé, puisque ces personnages luttent constamment avec leurs démons et rares sont ceux qui ne succombent pas à la corruption où à l’attrait de l’argent facile.

Lorsque commence le jeu, notre détective s’apprête à clore une de ses « glorieuses » enquêtes sur les frasques d’un mari volage – qui viendra lui dire ce qu’il pense de son beau métier – quand Jake, un des amis de Blacksad lui amène une nouvelle cliente : Sonia Dunn. Celle-ci vient d’hériter du club de boxe de son père, qu’on a retrouvé pendu au dessus du ring deux jours plus tôt. Et pour sauver le club d’une faillite imminente, elle doit impérativement retrouver le poulain de son père, Bobby Yale, qui doit bientôt affronter le champion en titre et qui a disparu depuis le suicide de son entraineur.

Très vite, notre détective se rend compte que cette histoire de suicide pue le coup monté à plein nez et que James Dunn s’était fait de nombreux ennemis susceptibles de bénéficier de sa disparition : la mafia, le syndicat des boxeurs, et peut-être même son jeune protégé… Très vite, l’enquête se complique et emmène notre détective sur de nombreuses pistes et sur les traces de personnages plus que louches, ce qui lui vaudra bon nombre de passages à tabac et de flingues sur la tempe, comme dans tout bon film noir. Meurtres, bagarres et dialogues savoureux s’enchaineront dans cette enquête classique, mais suffisamment surprenante et complexe jusqu’à sa conclusion fort bien écrite.

 

 

 

 

 

De la bande dessinée au jeu vidéo

Voilà pour l’histoire écrite par Ys Interactive, qui ne trahit clairement pas la bande dessinée. Qu’en est-il maintenant du gameplay de Blacksad: Under the Skin ? Le jeu, développé en bonne partie par Pendulo Studio, est un hériter direct des Point & Click narratifs qui ont fait la renommée du studio espagnol. L’histoire est émaillée de choix qui auront souvent moins d’impact sur l’histoire qu’ils n’en ont sur la personnalité de notre chat et sur ses relations avec les autres personnages, même si le jeu offre plusieurs fins possibles.

Ces choix n’ont pas pour objectif d’augmenter la rejouabilité – ce qui est logique pour un jeu d’enquête – mais plutôt de permettre de personnaliser l’expérience de jeu en adaptant l’histoire et son héros aux goûts du joueur. On retrouve d’ailleurs l’impact de ses choix dans un onglet détaillant la personnalité de NOTRE Blacksad. C’est un petit plus, mais il est bien retranscrit en termes narratifs, nous ne bouderons donc pas notre plaisir !

Comme beaucoup de jeux narratifs aujourd’hui, Pendulo a choisi de basculer sur des QTE pour les scènes d’action, ce qui vu leur soudaineté surprendra régulièrement le joueur en train de suivre nonchalamment l’histoire, surtout qu’elles ne pardonnent pas le manque de réactivité ! Pas grave, il suffira de recommencer la scène une fois que notre pauvre chat aura épuisé une de ses neufs (mille) vies ! Le jeu propose un accomplissement si vous réussissez à faire le jeu entier sans mourir ! Challenge refusé en ce qui me concerne, mais vous êtes libres d’essayer !

Le passage de l’œuvre 2D vers un jeu 3D se fait très bien, et on sent que les auteurs se sont investis pour aider les graphistes à modéliser les personnages vers cette dimension supplémentaire. Quand la technique ne fait pas défaut (les problèmes de textures et les ralentissements étaient un vrai souci à la sortie du jeu), le monde de Blacksad prend vie avec une réelle inspiration : il est vivant et coloré, et ses tons s’adaptent à l’ambiance de la scène, comme le dessin de Guarnido.

Mention spéciale à l’excellente bande son jazzy du titre qui colle merveilleusement à l’univers et à l’ambiance. De même, si je n’accroche pas trop aux voix des personnages, le doublage reste globalement de qualité quant à l’émotion transmise par le jeu des acteurs. Et cerise sur le gâteau, au fur et à mesure de notre progression s’écrit un nouveau tome de bande dessinée qui retranscrit nos aventures. Vous pouvez ainsi vous arrêter de jouer quelques jours et relire celle-ci pour vous rappeler des derniers évènements. Encore une fois, un petit plus qui montre le désir de rendre un bel hommage aux origines du personnage. Bref, on serait sous le charme et totalement dans l’ambiance, si le jeu nous en laissait la chance…

Une jeu sorti trop tôt !

Et c’est là que le bât blesse ! Sur PS4, la finition technique du jeu à sa sortie était une catastrophe et les bugs émaillaient l’aventure au point de rendre l’expérience vraiment insupportable. Si les textures qui refusaient de s’afficher, les arrêts de sons ou de voix, voire la disparition par le moment de l’image, étaient surtout un frein pour rentrer dans l’ambiance, les dialogues qui s’arrêtaient net ou pire encore les collisions avec le mobilier qui figeaient votre personnage et vous forçaient à redémarrer le jeu constituaient une réelle épreuve pour les nerfs. Under the skin… Ce n’était pas le sens recherché mais c’était finalement bien choisi vu le nombre de fois où il m’a poussé au ragequit !

Si on rajoute à cela un générique certes magnifique mais fort long et qu’il est impossible de passer, des temps de chargement interminables et à des sauvegardes automatiques capricieuses qui vous ramenaient parfois de longues minutes en arrière, il fallait avoir vraiment envie de progresser dans le jeu (ou devoir écrire un test) plutôt que d’attendre un patch pour aller jusqu’à son dénouement.

J’avais au début prévu de sortir cet article dès la fin de mon test, avec une note marquant bien mon agacement. Mais à la réflexion, j’ai pensé que le jeu méritait mieux qu’un cri de colère de plus. J’ai donc fait le choix d’attendre que les développeurs aient le temps d’apporter quelques corrections. Et le dernier patch en date (1.04) semble avoir réglé une grosse part des soucis (j’avoue ne pas avoir refait tout le jeu mais j’ai eu beau me cogner joyeusement dans tout le mobilier, le jeu n’a pour le moment pas flanché !).

Il n’empêche, c’est plus que dommage (le mot scandale vient à l’esprit…) que l’éditeur ait fait le choix de sortir le jeu si prématurément plutôt que de laisser quelques semaines de plus à ses développeurs pour le débugger. Et encore, sa sortie a été décalée d’un mois, j’ose à peine imaginer ce que ça devait être avant ! Je peux comprendre les enjeux financiers derrière ce choix, mais qu’en est-il de l’impact sur la réputation des studios et de l’éditeur et sur les ventes du jeu ; ou simplement du respect des joueurs ? A force de réduire le temps et le budget des développeurs, et de nous sortir des jeux quasi injouables en Day One, il ne faudra pas s’étonner un jour si on attend tous les soldes Steam pour acheter nos jeux (ce qui amènera les financiers à réduire encore les prochains budgets, ou comment s’enfoncer dans un cercle vicieux…) !

Du coup, ce raté fait planer une réelle inquiétude sur les prochaines sorties de Microïds, et surtout sur la politique d’Anuman qui tient les cordons de la bourse. C’est dommage car l’éditeur français est revenu sur le devant de la scène avec de sympathiques licences, qui méritent un bien meilleur traitement, et leurs clients aussi !

Blacksad 1.04

En conclusion, cette sortie prématurée aura sans doute gâché l’expérience de jeu de plus d’un joueur. Mais ce Blacksad: Under the Skin nous offre désormais une aventure bien écrite et fidèle à l’œuvre d’origine, avec une ambiance très réussie, en particulier grâce à une bande son inspirée et toujours de circonstance.

Une bonne enquête dans une vraie belle ambiance de film noir, pas un mauvais cadeau de noël à faire ou à se faire finalement…

 

Blacksad: Under the Skin
• Plateformes : PS4 – Xbox One – Nintendo Switch – PC – MAC (test réalisé sur PS4)
• Genre : Enquête – Aventure
• Distributeur : Microïds
• Développeurs : Pendulo Studios – YS Interactive
• Pegi : 18
• Prix : 40€

 

 

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