Block 46 : enquête suédoise sur fond de WWII

Block 46 : enquête suédoise sur fond de WWII

Note de l'auteur

Pour son premier roman, l’auteure Johana Gustawsson nous emmène à la recherche d’un assassin, entre l’Angleterre et la Suède, sur fond d’héritage de la Seconde Guerre mondiale.

Johana Gustawsson

Johana Gustawsson

L’histoire : Alexis est écrivaine. Un jour, on découvre le corps de sa meilleure amie, Linnéa, mutilé horriblement, en Suède. Pour enquêter, personne d’autre que la profileuse Emily Roy qui est dépêchée sur place. Ensemble, elles espèrent retrouver l’assassin. Et si cela avait un lien avec le terrible block 46, un endroit mystérieux au sein du camp de concentration de Buchenwald ? Et pendant ce temps-là, le tueur cherche une nouvelle proie.

Mon avis : Un duo de choc, une enquête binationale, l’histoire horrifiante des camps de la Seconde Guerre mondiale. Sans oublier des meurtres sordides, avec yeux arrachés, gorges ouvertes et un Y ou un X gravé sur le bras. Pour un premier roman, Johana Gustawsson vise haut !

Alors, tout d’abord, et c’est bien dommage, les rapports entre personnes, les rencontres « impromptues » (« oh ! Mais tu étais là, toi aussi ! ») et les révélations sont quelques peu maladroites. Alexis croise Emily en Suède, et comme par hasard, elle l’avait déjà rencontrée lors de recherches effectuées pour un ancien livre. Et ce secret tragique, et blabla, bref, concernant leur passé, c’est un peu trop gros. On sent que Johana Gustawsson a voulu installer une relation, sans passer par toutes les étapes de construction de leur amitié, de leurs liens. D’un coup, Alexis a le droit d’assister à l’enquête, comme ça. Mais pourtant…

Buchenwald. Crédit : SGBuMD

Buchenwald. Crédit : SGBuMD

Le fait est que le duo fonctionne. Lors de l’enquête, dans leurs rapports, leurs dialogues, c’est appréciable. Et l’enquête, elle, est un véritable délice (oui, bon, à éviter de lire après une salade de gésiers). Addictive, on veut savoir qui est derrière tout ça. Le tout mélangé au récit d’un déporté, parlant de l’horreur des camps de la mort. Il fallait oser, et le pire, c’est que ça marche. Difficile de savoir si cela aurait été réel. En effet, je n’ai jamais pu lire un ouvrage sur les expériences de Mengele, les voir par hasard à la fin d’un zapping de Canal + m’ayant suffit à être malade, et ne plus dormir pendant quelques jours. C’est ce récit, cette aventure que l’on suit avec attention, et comment elle se mêle au présent. Deux récits, en parallèle, un tueur en série, les massacres de masse de la Seconde Guerre mondiale. Sans oublier, de temps en temps, en italique, le récit de l’assassin.

Alors, c’est un premier roman. Certains raccourcis scénaristiques sont un peu trop faciles, la description très graphique des cadavres ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais l’intrigue et l’enquête sont captivantes. Une auteure donc à suivre avec attention.

Ça a l'air charmant la Suède.

Ça a l’air charmant la Suède.

Si vous aimez : Une cuillerée de Mo Hayder, une touche de Martin Gray, un trébuchage de premiers livres.

Autour du livre : Johana Gustawsson est une personnalité internationale. Française de Marseille, elle vit aujourd’hui à Londres, avec un mari d’origine suédoise. Elle a coécrit en 2013, On se retrouvera avec Laëtitia Milot. Block 46 semble s’être beaucoup inspiré de l’histoire de Mengele et de Miklòs Nyiszli.

Extrait : « Amputé de sa virilité, Oloffson adressa un rictus embarrassé à Alexis et entraîna Eklund d’un pas nerveux vers la salle d’interrogatoire la plus proche. Stellan lança un clin d’œil à Alexis, lui arrachant un sourire, puis suivit docilement le détective.
Alexis posa son sac et son manteau sur une des chaises alignées contre le mur du couloir et but lentement son café, ses mains entourant la tasse en une étreinte familière et rassurante.
Linnéa est morte. Linnéa a été tuée. Linnéa est morte.
Elle se répétait ces mots pour s’habituer au poids qui écrasait sa poitrine. Elle savait que le temps ne jugulait pas la douleur ; il permettait d’apprendre à vivre avec. Elle accélérait donc un peu les choses en se forçant à regarder la réalité en face, droit dans les yeux. »

Sortie : le 20 octobre 2015, éditions Bragelonne, 326 pages, 20 euros.

Partager