#BO Moonlight – Nicholas Britell (Lakeshore Records)

#BO Moonlight – Nicholas Britell (Lakeshore Records)

Note de l'auteur

Paré de son Oscar du Meilleur Film 2017, le film de Barry Jenkins s’offre une deuxième vie en salle aux quatre coins du monde. Cette œuvre, sensible et dure, narre trois périodes cruciales de la vie de Chiron. Cet afro-américain de Miami va se battre pour vivre son homosexualité en essayant de s’affirmer et rester honnête avec lui-même. C’est sur la bande originale du long métrage que nous allons aujourd’hui poser nos oreilles. Le compositeur a-t-il su magnifier les intentions du récit et sa réalisation ?

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©Helena Kubicka de Bragana

On a pu croiser la musique de Nicholas Britell dans l’excellent The Big Short : le Casse du siècle d’Adam McKay en 2015. Comme le monsieur semble l’apprécier, on est ici encore loin des vannes à deux sous, du montage stroboscopique et des décibels à tout rompre. On marche sur un fil. En équilibre entre la violence du quotidien et les questionnements de l’intime, le compositeur américain n’a pas d’autre choix que de mettre ses tripes sur la table. Une plongée au fond de lui-même pour y cueillir, y arracher, quelques notes de musique.

Dès l’écoute de Little’s Theme, le premier titre, on ne peut s’empêcher de penser que le défi est relevé. C’est beau et fragile. Le piano joue une mélodie simple, envoutante. L’archet frotte les cordes du violon, y fait naître un thème. La prise de son se veut intimiste. Les instruments résonnent comme s’ils étaient joués là, juste à côté de nous.

Nicholas Britell a voulu trouver un moyen de faire ressentir musicalement les trois périodes de la vie du héros que nous suivons. C’est Barry Jenkins, le réalisateur, qui sans le savoir, lui donne la clé lors d’une discussion qu’ils ont tous les deux. Il lui dit être un grand fan du chopped and screwed. Le compositeur apprend alors que c’est un style propre au rap. Il consiste en grande partie à diminuer le tempo de la musique en ralentissant les platines sur lesquelles les disques sont posés. Eurêka ! Britell va s’inspirer de cette méthode pour la musique du film.

Les différents arrangements du thème principal vont être ralentis numériquement et non réinterprétés par les musiciens. Cela a pour effet de modifier le tempo et la tonalité des compositions, donnant ainsi l’impression d’aller de plus en plus profond dans l’esprit de l’enfant, devenant jeune homme, puis adulte. Chiron’s Theme et Black’s Theme font office de frontières dans les transformations du personnage principal lors des périodes de sa vie qui nous sont exposées à l’écran. Le ressenti qu’éprouve l’auditeur est subtil mais le résultat est là. C’est une réussite.

La musique composée pour cette bande originale est intimiste, sensible et minimaliste. Un travail tout particulier a été apporté sur la spatialisation des instruments. Le son peut être brut, comme ce violon qui semble collé à notre oreille dans Chef’s Special, ou au contraire noyé dans une longue réverbération, comme dans le virtuose The Middle of the World.

On est là devant de l’excellent travail de composition musicale. Il sait jouer avec les différentes palettes émotionnelles que l’histoire veut nous faire ressentir. Nicholas Britell mérite toute notre attention pour la suite de sa carrière dans le monde du cinéma. Et il faut bien l’avouer, un peu de poésie ne peut pas nous faire de mal, bien au contraire.

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