BOB versus le Wendigo : la réponse d’Hannibal à Twin Peaks

BOB versus le Wendigo : la réponse d’Hannibal à Twin Peaks

corpus_266_theblacklodge(Il s’agit d’une analyse de Twin Peaks et d’Hannibal, alerte divulgâchage, passez votre chemin pour ne pas vous en pourrir le visuel).

Twin Peaks, c’est une atmosphère. L’atmosphère oppressante d’une forêt qui cache en elle une Loge Noire. Une loge blanche. Des hiboux qui ne sont pas ce qu’ils semblent être. Pleine de mythes indiens, de danger et de sensualité. Hannibal, c’est une histoire d’amour cannibal. Avec dans les bois, une créature née d’un cauchemar, mi-homme et mi-cerf.

La forêt est un lieu ancien de pouvoir que les hommes ont cru pouvoir maîtriser et dompter. Dans Twin Peaks, cet aspect est visible dès le commencement. À peine le générique démarre, voilà les scies circulaires affutées, prêtes à l’emploi. Les troncs ne sont pas encore visibles, on ne voit que la forêt qui entoure le lieu. Très rapidement, l’agent Dale Cooper s’extasiera devant ces arbres. Des pins Douglas.

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Twin Peaks

L’homme s’émerveille. Pourtant à chaque début d’épisode, c’est la machine qui est mise en avant, dont la lame ne doit pas s’émousser. Et la forêt, petit à petit, va prendre sa revanche. Elle n’est plus un simple lieu de pêche où peuvent venir se détendre le Major Briggs et l’agent spécial Dale Cooper. Elle n’est plus le lieu des amours clandestines, d’un James et d’une Donna. La forêt est aussi un endroit secret, connu des Indiens. Hawk s’en fait leur représentant. La forêt, c’est l’endroit où notre esprit sera jugé. Là où se trouvent les loges. C’est là où se passent des phénomènes étranges contre lesquels vont se battre les Bookhouse Boys. Les garçons de la maison-livre (et dois-je vous rappeler que les livres sont fait de papier, et donc de bois ? Vashta Nerada, le Doctor Who l’avait bien compris. Mais si, dans l’épisode La Bibliothèque des ombres, quand des monstres naissent dans les livres, vivent dans les ombres et viennent des arbres d’où a été tiré le papier. Voilà. Mais je m’écarte du sujet, pardon.) Avant tout, la forêt est dangereuse, surtout quand on croit l’avoir domptée. Briggs disparaît. Une femme devient folle et parle à un rondin. Le mal y suinte derrière un rideau rouge.

Wendigo-Hannibal

Hannibal

Si elle est si prééminente dans l’œuvre de Lynch et de Frost, c’est une terreur qui sera partagée avec une autre œuvre onirique. Hannibal de Bryan Fuller (oui, ça faisait longtemps que je n’en avais pas parlé.). Si l’atmosphère de Fuller, comme l’a montré Dominique Montay, est celle du conte, ce n’est pas le seul point commun qu’elle possède avec Twin Peaks, ce conte moderne comme le dit Marine Legagneur . C’est une légende indienne, comme dans Twin Peaks, qui prend vie dans la forêt et dans l’esprit de Will Graham. Celle du Wendingo. Si la musique de Brian Reitzell répond en partie à celle obsédante d’Angelo Badalamenti, c’est pourtant dans la figure du monstre dans une forêt de nuit qui montre l’héritage lynchien et frostien chez Fuller.

Le monstre existe en dehors de nous. Il est tapi dans les bois et attend son heure. Dans le folklore amérindien algonquien, le Wendigo est une créature cannibale, aux côtes saillantes, qui a pu être un homme, et vit dans les profondeurs de la forêt. C’est l’alter ego d’Hannibal Lecter, le monstre qui répond à l’être civilisé. Noir et sombre, aux bois de cerfs, il attend tapi dans l’ombre ou redresser sur ses pieds, prêt à vous consommer.

Twin Peaks

Twin Peaks

Le Wendigo, dans Hannibal, répond à Bob. Ce monstre qui prend en otage des personnes qui jusqu’alors semblaient civilisées. Qui cache sa nature derrière les cauchemars des uns, les sourires des autres. Qui prend naissance au cœur de la forêt, dans ce qui s’apparente pourtant à une étrange salle d’attente, la Loge Noire, issue aussi du folklore indien. Il est né dans un fauteuil de cuir, dans une pièce dénudée de tout, sauf de ses habitants, aux yeux qui se voilent parfois.

La forêt abrite donc plusieurs monstres. Des monstres qui prennent possession de l’être humain. Si David Lynch et Mark Frost ne sont pas les premiers à avoir pensé et mis en exergue la forêt comme l’endroit où l’on rencontre la part sombre de l’homme (le petit chaperon rouge l’avait découvert bien avant), ils l’ont mis en scène d’une manière si marquante, que les séries actuelles y répondent, même 20 ans plus tard. La forêt est un endroit qu’on pensait domestiquer. Nous avions tort. C’est l’endroit où se mire notre âme. L’endroit où Will rencontre le Wendigo, et Dale Cooper trouve le passage vers la Loge Noire et rencontre enfin Bob. Ils utilisent tous les deux l’amour pour appâter leur proie. Celle de Cooper pour Annie. De Will pour Hannibal.

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Hannibal

Que ce soit volontaire ou non, l’obsession de David Lynch et de Mark Frost a transcendé deux décennies pour se loger dans la série de Bryan Fuller. Il n’est sans doute pas le seul à avoir reçu cet héritage. Mais il lui a offert sa propre explication. Le monstre est, pour Fuller, ancré dans l’homme, peu importe le mythe d’où il est tiré. Peut-être est-ce aussi le cas pour Lynch et Frost, car Bob est-il au cœur de tous les hommes ou vient-il d’ailleurs ? Nous verrons bientôt la conclusion que nous offre Twin Peaks, et si Bob est toujours présent. Peut-être trouverons-nous enfin des réponses… ou encore plus de questions !

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