Bobby Womack (1944-2014)

Bobby Womack (1944-2014)

Bobby WomackBobby Womack est décédé hier, à l’âge de 70 ans, de causes restant encore inconnues à cette heure – même s’il avait été diagnostiqué avec la maladie d’Alzheimer il y a 2 ans. Il était apparu dans plusieurs festivals rock cette année aux Etats-Unis, dont Bonnaroo, et devait se produire un peu partout en Europe cet été (dont une date à l’Olympia fin juillet). Il savourait une énième renaissance, cette fois-ci après The Bravest Man in The Universe, coproduit par Damon Albarn.

Plus que toute autre légende de la soul, la musique de Womack, originaire de l’Ohio, a toujours été austère et profondément ancrée dans le phrasé et les arrangements du blues. Il a connu énormément de challenges au cours de sa carrière : avec son quintette The Valentinos, formé avec ses quatre frères, il a parcouru les Etats-Unis avec Sam Cooke, dont il est devenu guitariste de tournée. A sa mort, en 1964, Womack décide de commencer une carrière solo, et son premier album paru en 1968 comporte une reprise de California Dreamin’  affirmant déjà sa patte vocale…

Puis le début des 70’s verra sa carrière s’envoler en signant avec United Artists et en enregistrant une flopée d’albums autoproduits, dont Communication et la bande originale de Across 110th Street. Ce dernier album le voit associé au groupe Peace et au compositeur J.J. Johnson, et trouve sa production à la plus luxuriante, de manière plus mémorable sur le titre Across 110th Street, exhumé plus tard par Quentin Tarantino pour ouvrir et clore son Jackie Brown. Qu’il soit engagé politiquement ou éternel laissé-pour-compte romantique, les interprétations de Womack étaient toujours brutes et puissantes, même pour des chansons qu’il n’avait pas écrit. En gardant la mainmise sur le son de ses albums, il a évité de sombrer dans la pop et le virage approximativement disco pris par certains titres de ses albums de la fin des années 1970 était loin d’être mémorable.

Womack était beaucoup plus à l’aise sur un album aux racines plus country, comme l’oublié B.W. Goes C.W., qui comporte un fantastique duo avec son père, Friendly Womack Sr.

Les compositions de Bobby Womack étaient très spontanées, avec des intros qui le trouvaient en train d’haranguer l’auditeur et de partir de son point d’inspiration avant le premier couplet. Une structure poussée à son paroxysme sur Facts Of Life/He’ll Be There When The Sun Goes Down …

Les relations orageuses et autres ruptures sont au cœur de l’œuvre de Bobby Womack, dont les allées et venues du succès ont été notamment causées par une vie personnelle tumultueuse et des problèmes de dépendance à la cocaïne qui ont été récurrentes jusqu’à la fin des années 1980. C’est ce type de chansons, comme If You Think You’re Lonely Now, qui constituent son héritage, ou encore I’m Through Trying To Prove My Love To You

Avant sa participation à Plastic Beach de Gorillaz et un hiatus de l’industrie de plus d’une décennie, les producteurs anglais Rae & Christian s’étaient offert les services de Womack pour leur album Sleepwalking. Des contributions vocales aussi brillantes que respectueuses….

La soul de Bobby Womack avait l’assurance, honnête et courageuse, de celle des vieux routiers de la scène. Même en se faisant triturer sur son ultime album (deux autres projets étaient en cours d’enregistrement au moment de sa mort, et on ne sait s’ils sortiront à titre posthume), elle a gardé toute son intégrité. Elle a eu tout le respect des Rolling Stones, qui l’ont rendu millionaire en reprenant It’s All Over Now. Un titre qu’il a interprété à plusieurs reprises, notamment en 1975, en duo avec Bill Withers. Une sortie de route subite, mais qui met un terme à un parcours artistique brillant, indéniablement personnel et unique. Rest In Peace. 

Deux documentaires sont disponibles sur sa carrière : l’un extrait de la collection Unsung de la chaîne américaine TV One, diffusé en 2012.


Unsung (Documentary) – Bobby Womack… par GENERATIONDISCOFUNK

L’autre, Across 110th Street, diffusé sur BBC Four en juin 2013, peu après la sortie de The Bravest Man In The Universe.

 

 

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