Bob’s Burgers, une fantaisie à l’effet boeuf

Bob’s Burgers, une fantaisie à l’effet boeuf

Toute la semaine, le Daily Mars a célébré les accords Séries et Cuisine pour accompagner la diffusion de Chefs sur France 2. La cuisine accompagne de nombreuses séries, de façons différentes, comme elle peut toucher aussi bien la sombre Hannibal et la comique Brooklyn Nine-Nine. Avant la sortie de table demain, une part de Bob’s Burgers

 

Depuis quatre saisons, les Belcher rentrent dans des délires et des lubies qui leur sont propres. Mais Bob’s Burgers c’est d’abord ses clients et son cadre, situé sur Ocean Avenue dans une ville fictive – jamais nommée à l’antenne – résistant apparemment à tout comme le prouve chaque générique : les rats, le feu, l’établissement rouvre toujours. Mais la majorité des épisodes se focalise sur les personnages eux-mêmes, que ce soit les parents (Bob, Linda) ou les enfants (Gene, Tina, Louise) et non sur l’établissement Bob’s Burgers en lui-même. Mais la gestion du restaurant illustre bien la dynamique familiale des Belcher : Tina l’enthousiaste, ajoute toujours une part de fantaisie aux créations de Bob. En témoignent en arrière-plan, les « Burger of The Day » dans les scènes au restaurant aux calembours toujours plus loufoques : on citera le « Beets of Burden Burger » servi avec trop de betteraves, le « Run Gorgonzola Run » Burger, « Parsnips-Vous Français » avec du panais…. Révélateurs surtout de l’ambiance survoltée dans laquelle ils sont conçus, mais aussi de l’obscurité des private jokes internes à la famille, il faut quand même en décoder quelques-uns.

Les Junk Food Wars ont lieu depuis plusieurs saisons sur la FOX entre Jimmy Pesto (à droite) et Bob Belcher.

Les Junk Food Wars ont lieu depuis plusieurs saisons sur la FOX entre Jimmy Pesto (à droite) et Bob Belcher.

Les burgers de Bob, même s’ils sont à un prix abordable et sont calqués sur le modèle des « burger joints » familiaux pullulant à travers l’Amérique, dénotent d’une grande variété culinaire et d’une expérimentation avec les goûts. Ce n’est pas un hasard si un fin gourmet bloggeur tente d’en reproduire une ribambelle et partage les résultats. Cela s’ajoute à une mentalité de perpétuel challenger, partagée en partie avec Les Simpson des premières saisons. Bob le cuisinier parle peu, et joue le rôle de pince-sans-rire par rapport au reste de la famille, quitte à freiner les envolées et ardeurs des autres. Mais il a toujours l’esprit de compétition, surtout dans sa rivalité avec Jimmy Pesto, qui tient la pizzeria située juste en face d’eux. Une rivalité amère et faite de sabotages, comme dans le cas du jeu d’arcade « Burger Boss » dans l’épisode du même nom. Pesto s’allie même avec le peu scrupuleux bailleur des Belcher, pour menacer de remplacer Bob’s Burgers par un magasin de souvenirs.

Bob semble être dépité de ne pas avoir plus de succès dans la communication autour du restaurant, malgré le soutien indéfectible de sa famille. Même lorsqu’il est invité à un segment culinaire d’une émission matinale, il se fait voler la vedette par Gene et un numéro improvisé – une soirée de théâtre grand-guignolesque imaginée par Linda fait fuir les consommateurs dès que le (faux) sang gicle – et malgré la récurrence d’Hugo parmi ses clients fétiches, les contrôles sanitaires sont courants et féroces, du moins dans les premières saisons. Sans parler du fiasco de la pub pour le Superbowl, rattrapé de justesse par la famille Belcher. L’appréciation de la gastronomie est un des points forts de Linda, qui revient souvent : en saison 4, alors que Bob est engagé pour la Bat Mitzvah d’une des « amies » de Tina, Linda s’absente pour aller s’empiffrer au stand d’en face, et Bob tente tant bien que mal de retenir Gene pour l’aider à préparer les mini-burgers. Toujours en saison 4, la dégustation de vins à bord d’un train (« The Kids Rob The Train ») est l’occasion d’éduquer un Bob très réticent à l’œnologie.

Quoi qu’il arrive, la fierté de Bob de ses burgers ne l’empêche jamais de considérer toutes les pistes de développement (sauf la création de franchise, faut pas déconner non plus). Et si la série baigne souvent dans le surréalisme assumé – après tout, on a bien un épisode avec Jon Hamm doublant un WC parlant expérimental – toute la partie concernant le quotidien de Bob’s Burgers, l’établissement, est extrêmement terre-à-terre. Les dettes, les clients-phares (ressort dans la plus grande tradition de Cheers), des rêves et illusions tombant à plat en fin d’épisode, structure indépendante oblige…. Ce restaurant, c’est le ciment qui rend les Belcher si attachants malgré leur idiosyncrasie. Et même si l’animation assez épurée et aux couleurs pastel empêche de rendre visuellement les créations gastronomiques de Bob à l’écran, la plupart du temps, la série n’a aucun mal à associer fantaisie et gastronomie. Au final, c’est ce à quoi on est ramenés au générique de fin : les aventures de la semaine terminées, les Belcher sont tous en cuisine dans la bonne humeur et souvent avec des chansons pas piquées des hannetons sur lesquelles bouger. Une utopie locale qui réconforte les yeux, les papilles et les zygomatiques.

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