Bon élève (Critique de La voleuse de livre, de Brian Percival)

Bon élève (Critique de La voleuse de livre, de Brian Percival)

Note de l'auteur

Lorsque l’on s’attelle à l’adaptation d’un roman qui vous a manifestement cloué sur place, on fait toujours face au danger de vouloir en faire trop. Lorsque ce roman est en plus une chronique sur l’Allemagne nazi, le danger est double. Le respect obligatoire vis-à-vis de l’œuvre et de son sujet fait souvent que le réalisateur passe à côté du principal : la simplicité.

C’est un étrange défaut que celui de trop s’appliquer. Qu’il y a-t-il de mieux que de tout donner ? Pour The Book Thief, Brian Percival donne tout. Chaque plan est impeccablement mis en place, chaque image, chaque lumière, chaque décor, chaque costume semble avoir été mûrement réfléchi. La maîtrise cinématographique du réalisateur du Downton Abbey ne fait aucun doute et la magnifique partition de John Williams ne fait que sublimer ce savoir-faire.

Mais l’histoire, elle, n’en demandait pas autant. La simplicité avec laquelle se déroulent les évènements (malgré leur dureté évidente) ne demandait pas tant d’application. Ce soin constant apporté à la forme rend le fond quelque peu indigeste, pour ne pas dire carrément lourdingue par moment. Avec sa mise en scène soignée, Percival passe systématiquement à côté de la puissance émotionnelle de son sujet. Comble de l’ironie, il donne l’impression de ne pas vouloir trop y toucher, alors qu’il cherche probablement tout le contraire.

A vouloir trop soigner sa mise en scène, Brian Percival semble oublier que The Book Thief est avant tout une histoire centrée sur ses personnages. L’histoire d’une rue, d’une ville allemande qui se démerde comme elle peut pour survivre à la chape de plomb nazi. C’est un récit simple sur des gens simples qui ne sont ni courageux, ni lâches. Des gens qui se contentent d’être des gens, insignifiants et dispensables pour certains, uniques et irremplaçables pour d’autres. Or Percival ne se met jamais à leur hauteur. Il les place, il les éclaire, il peuple ses plans de visages marqués par la fatigue et la pauvreté, mais on ne ressent presque jamais rien pour eux, hors une scène qui, pour le coup, doit tout à la prestation d’Emily Watson.

Le désir de Percival était probablement de faire un grand film, un film fort, puissant, émouvant, inoubliable même. Mais au final, The Book Thief montre bien qu’en matière de puissance, l’application ne suffit pas. Il faut savoir aussi rester simple et discret.

 

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