Born to Heal (Critique de Tu ne tueras point de Mel Gibson)

Born to Heal (Critique de Tu ne tueras point de Mel Gibson)

Note de l'auteur

hacksaw_ridge_posterAprès huit ans d’absence cinématographique, quelques déconvenues, un black listage Hollywoodien dans les règles de l’art, Mel Gibson revient sur nos écrans avec son nouveau film : Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge’s dans sa version originale), une œuvre fascinante à la mise en scène maîtrisée.

Synopsis : Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Sous couvert de biopic militaire classique, Mel Gibson nous offre ici un film de rédemption et d’espoir.

Le film commence par une partie biopic presque mélodramatique. On y découvre Desmond Doss, sa famille, ce qui le construit, un acte d’enfance traumatisant à souhait par sa violence. Desmond décide de soigner l’humain, d’essayer de soigner le monde. En sauvant un homme, en l’amenant à l’hôpital, il va faire la rencontre de sa future femme. Dans une Amérique flamboyante, le début du film nous enveloppe de douceur, Andrew Garfield nous attendrit par sa naïveté et sa candeur naturelle. Les lumières, les décors sont chaleureux et créer un cocon qui n’explosera que plus spectaculairement par la suite. Anecdote, cette Amérique des années 30 est en fait tournée en Australie (Southern Highlands), où Mel Gibson a passé son enfance.hacksaw0003

Tu ne tueras point glisse ensuite vers le camp d’entraînement. Desmond décide de s’engager car il veut servir son pays. Seulement, en bon premier objecteur de conscience qu’il est, il décide de ne pas toucher une seule arme. S’il est là, c’est uniquement pour protéger son pays en soignant les siens. Autant vous dire que personne ne voit d’un bon œil la présence d’un zigoto comme celui-là. Ses supérieurs s’opposent à lui, ses camarades le traitent de lopette, bref c’est pas la fête du slip. Et puis la rigidité et l’inflexibilité militaire aidants, on se retrouve au beau milieu d’un procès (là, on se demande quand même s’il n’avait pas autre chose à foutre à l’époque que d’emmerder le soldat Calinours).hacksaw-ridge-2016-andrew-garfield

Et puis finalement, après un petit passage dans le sas camp d’entraînement, on se retrouve plongé dans la bataille d’Okinawa. Plus de doute, on est bien passé dans le genre « film de guerre », c’est l’enfer. Le doux Desmond se retrouve submergé par la violence de la guerre, par la folie des hommes. Les effets visuels, d’explosions, les cascades sur les scènes de combat sont juste bluffantes. On savait déjà que le bon vieux Mel maîtrisait ce genre de scènes (Braveheart), mais dans Tu ne tueras point on est sur le niveau supérieur. L’excellent traitement du son est glaçant et nous immerge dans l’horreur. On suit Desmond et on vit avec lui le chaos, la pluie de sang, les membres déchiquetés, dévorés par les rats et les vers, on entre dans le cimetière de la désolation en sachant pertinemment qu’on en ressortira jamais le (ou la) même.

Toute la douceur a disparu, Desmond confronte ses idées à la réalité et le résultat fait mal. Il tape violemment dans la poitrine comme la honte d’appartenir au genre humain, capable de commettre l’indescriptible.
Mais l’histoire est belle, fascinante, émouvante. La pureté du personnage et son entêtement insufflent un espoir et un courage à l’ensemble du long métrage.

tu_ne_tueras_point_grd_banniereMel Gibson ne se débarrasse pas de la religion toujours capitale dans ses films. Il se débarrasse de la haine, et Tu ne tueras point devient à son tour une pierre dans l’édifice de la rédemption du réalisateur. Le personnage du père de Desmond, joué par Hugo Weaving, est un ancien militaire de la Première Guerre mondiale; ce dernier, alcoolique, violent, implique des thématiques qui tiennent clairement une place essentielle dans le passé de « Bad Mel ». Les analogies/figures religieuses et christiques ne se comptent même plus (coucou Abel et Caïn, coucou l’image finale du film). Mais l’ensemble est cohérent, la forme finit par rejoindre le fond et nous convainc. Là où certains verront cyniquement une désuétude naïve, d’autres y trouveront un souffle d’espoir revigorant.

Malgré un certain classicisme dans le scénario, la mise en scène bluffante des scènes de combat fait de Tu ne tueras point, un grand film de guerre et un émouvant biopic sur un héros peu connu.

Tu ne tueras point, de Mel Gibson, 2h11, USA-AUSTRALIE, avec Andrew Garfield, Hugo Weaving, Vince Vaughn, Teresa Palmer,…


Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge), Bande… par DailyMars

Partager