Bouclier humain (critique de Captain America, de Joe Johnston)

Bouclier humain (critique de Captain America, de Joe Johnston)

Après deux bonnes surprises toutes relatives (Thor et X-Men le commencement) et un nanar cosmique (Green Lantern), Captain America redonne de belles couleurs au film de super héros. Son secret ? Une candeur à l’épreuve des balles et une somptueuse direction artistique. Salut au capitaine !

Synopsis : De nos jours, dans l’Antarctique, une équipe découvre le corps, prisonnier des glaces, de Captain America. Flash-back 70 ans plus tôt, lorsque le frêle Steve Rogers, décidé à s’engager pour se battre en Europe, est sélectionné comme premier cobaye d’un programme expérimental qui le transformera en super soldat. Face à lui, le terrible Crâne Rouge dont l’organisation Hydra, ex-branche scientifique des nazis, entend gouverner le Monde grâce à un mystérieux cube d’énergie…

C’est la seconde fois que votre serviteur a l’occasion de voir un Captain America sur grand écran. La première, c’était en 1979. Tout comme pour Spider-Man un an plus tôt, les gamins bouffeurs de Strange s’étaient fait à l’époque gentiment escroquer par la promesse d’un long métrage qui, en fait, n’était que l’exploitation en salles d’un piteux téléfilm diffusé à la télé US. Ce Captain America vu dans les cinoches hexagonaux, avec le bovin blond Reb Brown en tête d’affiche, était lui-même le second pilote d’une série qui finalement ne fut jamais commandée par CBS. Tout ça pour vous dire qu’entre cette douloureuse expérience et la série Z de 1990 signée Albert Pyun, Captain America revient de très, très loin. Et comme Sam Raimi a su le faire en 2002 avec son Spider-Man, Joe Johnston vient de laver tous les outrages fait à notre capitaine abandonné (le premier qui chante « hohééé hohééé » prend une tarte).

Pas que son film soit un chef-d’œuvre, hein, loin de là… Mais d’entrée de jeu, fermement encadré par un studio Marvel qui désormais cornaque de près ses propres franchises, Joe Johnston nous montre qu’il a tout compris de la meilleure façon d’appréhender ce super héros casse gueule : à l’ancienne. C’est qu’il est facilement risible notre Captain America, pour nous, non-Américains ! Avec son patriotisme hypertrophié (une illusion en fait, ne vous fiez pas aux apparences) et sa tenue agressivement étoilée, il a de quoi susciter les quolibets, voire l’ire déchaînée, des anti-ricains les plus bas du front. De même, toute l’iconographie du film, le raccordement feuilletonnant à la toile Vengeurs et le caractère carnavalesque du méchant Crâne Rouge pourront avoir un effet repoussoir pour toute personne non familière de l’univers Marvel. A l’une des projections de presse parisienne, une blondasse à ma gauche, clairement ignare du sujet, n’a d’ailleurs cessé de ricaner durant tout le film. Steve Rogers risque-t-il une défaite auprès d’un grand public français peu sensible au charme serialesque de ses péripéties ? A voir…

Et pourtant ! Non seulement Captain America se pose en éblouissante réussite esthétique, mais surtout, sous la grosse machine à merchandising bat un cœur gros comme ça pour le cinéma d’aventure de papa. C’est bien simple, si ses scènes d’action n’étaient pas si dénuées de panache (hé oui hélas), Captain America pourrait presque donner l’impression d’avoir été réalisé par le Spielberg des deux premiers Indiana Jones. Car au delà des savoureux petits clins d’œil corporate (Johnston a bossé comme technicien sur Les Aventuriers.. et sa suite, tous deux distribués par Paramount),  le récit plonge sans complexe dans un esprit serial vintage tout à fait cohérent et qui excuse pleinement certaines de ses invraisemblances ou de ses dérapages « cheesy ».

Lors d’une bonne première partie du film, qui part en gros des origines de Cap’ jusqu’à sa première incursion dans un camp de prisonniers détenus par Hydra, tout fonctionne à merveille. Le scénario justifie de la façon la plus crédible possible l’enchaînement des faits qui vont conduire Steve Rogers, une fois transformé en « super soldat », à devenir Captain America. Johnston nous gratifie à cette occasion d’une désopilante séquence musicale « Busby Berkeleysque » pastichant les pubs patriotiques de l’époque et marquant bien la distance du film sur le sujet. Banane garantie.

Un détail parmi tant d’autres témoignant d’un blockbuster bourré de bonnes idées : la dite séquence explique au passage l’existence même du comic book « Captain America », généreusement montré au détour d’un plan. Brillant ! Certes, les plus pointilleux relèveront l’infidélité chronologique du film, qui situe l’action en 1942 alors que le héros est apparu dans les kiosques en décembre 1940, soit bien avant l’entrée en guerre des Etats-Unis. Peu importe. L’émotion, inattendue, fait même une incursion dans la machine, en la personne du Dr Erskine, joué par un Stanley Tucci dont le simple sourire bienveillant vous donne envie de l’embrasser comme du bon pain. Quant à Tommy Lee Jones en colonel pince sans rire, sans forcer son talent, il fait forcément mouche à quasiment chaque réplique (dont une d’ores et déjà classique en fin de métrage). Cherry on the cake : Dominic Cooper, dont la prestation grande gueule dans le rôle du père de Tony Stark est un régal. Et Chris Evans dans tout ça ? RAS : du gringalet au colosse, il assure sans bavure, spécialement dans la colère et la frustration initiales de son personnage.

Alourdie par un rythme moins enlevé et des scènes d’action sans réelle personnalité (comme Iron Man, marrant…), la seconde partie de Captain America empêche hélas le film de remplir pleinement des promesses pourtant à sa portée. Mission malgré tout accomplie : le héros sort grandi du traitement, qui de surcroît n’oublie pas une miette du Marvel universe, pour le plus grand bonheur des fans. Dans la foulée du minable Green Lantern, Captain America nous rappelle enfin et surtout que, pour un film de super héros, un peu d’humanité dans le moteur reste le meilleur bouclier contre la panne de crédibilité.

PS : restez bien entendu après le générique de fin pour la rituelle surprise Marvel (Avengers, toussa…) mais surtout, par pitié, n’aller pas voir ce film en 3D ! Vous paierez plus cher pour un résultat quasi irregardable, massacrant la superbe photo de Shelly Johnson, régal permanent des yeux.

 

 

 

 

 

Captain America, de Joe Johnston (124 mn). Sortie nationale le 17 août.

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