Box-office : Elysium sera-t-il l’élu qui sauvera Sony?

Box-office : Elysium sera-t-il l’élu qui sauvera Sony?

Alors qu’il sort ce vendredi aux Etats-Unis, Elysium de Neill Blomkamp est l’objet de toutes les spéculations par les analystes californiens. Le film saura-t-il déjouer des prévisions en demi-teinte pour son premier week-end et, surtout, mettra-t-il un terme à la série noire estivale du studio Sony Pictures Entertainment ? Un feuilleton gorgé de suspense, symptôme des liaisons orageuses entre Hollywood et les fonds spéculatifs qui financent le système, avec George Clooney en guest star énervée !

A l’heure où les doigts alertes de votre serviteur tapent cet article au gré d’un crépitement frénétique et enfiévré, une poignée de costards cravate, quelque part dans les locaux de Sony Pictures à Culver City, serrent très fort leurs petites fesses rebondies en attendant les premiers chiffres d’Elysium au box office du week end. On peut les comprendre : après les contre-performances d’After Earth (130 M$ de budget, contre seulement 60 M de recettes à ce jour aux US, mais tout de même 244 millions si l’on englobe les recettes monde) et surtout de White House Down (150 millions de budg’, 71 millions de recettes aux US et à peine 125 millions, international compris ), la filiale cinéma du groupe japonais prie très fort pour que sa dernière grosse cartouche estivale atteigne bien l’Elysée plutôt que les abysses des entrées salles.

Budgété officiellement autour de 100/115 millions de dollars en production et sans doute cent de plus en marketing, Elysium DOIT marcher pour éviter au studio l’humiliation d’une troisième déconfiture consécutive après celles, critiques et publiques, des films fort dispendieux de Shyamalan et Emmerich. Neill Blomkamp est aussi attendu au tournant par l’establishment : auteur avec District 9 du plus foudroyant succès de 2009 parce qu’inattendu et produit pour des nèfles (30 millions de dollars), Blomkamp se retrouve dans la position toujours délicate de l’après premier film. Alors qu’il a coûté au moins trois fois plus cher, son Elysium se doit de faire au moins aussi bien que District 9 au box office (200 millions) pour ne pas perdre la face. Sur le plan critique, c’est d’ores et déjà plutôt raté : aux Etats-Unis du moins, l’accueil d’Elysium est nettement plus frais que celui réservé à District 9 quatre ans plus tôt. Enfin, autre enjeu et pas des moindres : de la carrière d’Elysium pourrait aussi dépendre l’avenir à moyen terme d’une “hard SF” destinée à un public adulte et s’autorisant à mêler gros budget et classement “R”. Si le film se tôle, ce ne sera pas une bonne nouvelle pour les cinéphiles fans d’une SF exigeante et rugueuse…

Dans le New York Times, Brooks Barnes rappelle en tout cas la position fragile d’Elysium dans les enquêtes de tracking, ces fameuses études de marché prédisant la performance d’un film lors de son premier week end au box office. Co-financé et livré clé en main à Sony par le fond d’investissement Media Rights Capital, réputé pour soutenir des projets “difficiles” type Ted ou la série House of cards, Elysium est clairement un pari courageux de la part du studio : un film de SF classé R, sans 3D, avec un propos socio-politique prégnant et aucune franchise derrière pour soutenir la campagne marketing ou générer un programme de licensing.

 

« Go easy on Elysium »

 

De fait, alors que Sony envisage un minimum de 35/40 millions de dollars de recettes d’ici lundi pour Elysium, les analystes tablent davantage sur des résultats oscillant autour de 30 millions, dans les scénarios les plus optimistes. Les prévisions restent en tout cas bien en deça des 37,2 millions réalisés par District 9, sorti à peu près à la même époque en 2009. Les deux têtes d’affiche du film, Matt Damon et Jodie Foster, ainsi que la promesse d’un somptueux spectacle, parviendront peut-être à déjouter les pronostics. Mais attention à la concurrence : ce week end, Elysium sort en face de Percy Jackson : la mer des monstres et We’re The Millers/Les Miller : une famille en herbe (sortis mercredi), ainsi que de Planes (le spinoff de Cars, en salles aujourd’hui aux US).

Dans un article intitulé “Go easy on Elysium” tempérant l’analyse un poil Cassandresque du New York Times, le site Hollywood Elsewhere rappelle que la fiabilité des études de tracking, particulièrement médiatisées depuis l’échec de John Carter, est elle-même loin d’approcher le zéro défaut. Pacific Rim avait par exemple réalisé un premier week end nettement supérieur aux prévisions (sans pour autant transformer l’essai, loin de là). Cité par Hollywood Elsewhere, l’analyste Phil Contrino, de chez boxoffice.com (un site… de tracking donc) envisage quant à lui une performance autour de 33 millions de dollars sur vendredi/samedi/dimanche pour Elysium : “A priori, il ne s’agira en aucun cas d’un flop ou d’une déception. Et la comparaison avec District 9 est injuste, tant ce dernier fut un hit surprise”.

Boxoffice.com rappelle également quelques indices chipés sur les réseaux sociaux et plutôt favorables à Elysium : à un mois de sa sortie, le film suscitait 16% de tweets de plus que Looper, 372% de plus qu’Oblivion (… mais 18% de moins que Total Recall, 67% de moins que Prometheus et 13% de moins que Rise of the planet of the apes). Sur Facebook, la page officielle du film réunissait 202 144 fans à 24 jours de sa sortie, soit 42% de plus que Looper, 137% de plus qu’Oblivion et environ à égalité avec Prometheus. Aujourd’hui, le Facebook d’Elysium revendique plus de 364 000 fans. Rien n’est donc joué, tout est possible malgré la tendance plutôt pessimiste des “tracking polls” mais une chose est sûre : la pression est de mise sur Sony Pictures.

Daniel Loeb, fondateur du fond spéculatif Third Point : il veut la peau du studio Sony.

Fin juillet, Daniel Loeb, le fondateur du “Hedge Fund” (fond spéculatif) Third Point, qui détient environ 7% du capital de Sony (la maison mère), a créé un beau petit scandale en fustigeant violemment, dans une lettre aux investisseurs, la stratégie cinéma du groupe. Comparant After Earth et White House Down aux équivalents 2013 de flops historiques comme Waterworld et Ishtar, Daniel Loeb a gravement mis en cause les deux co-dirigeants de Sony Pictures Entertainment, Michael Lynton et Amy Pascal.

Selon Loeb, après deux échecs de ce calibre, il est anormal que la direction de Sony maintienne sa confiance à ces derniers, “responsables de la débacle”. Loeb a aussi dénoncé le line-up à venir du studio, qualifié de “morne, malgré des dépenses excessives sur plusieurs projets”. Et Loeb de poursuivre son défouraillage sur le studio Sony, décrit comme LE boulet du groupe japonais : «Contrairement à la division Électronique, celle du divertissement continue d’être dirigée avec laxisme, avec une lourde structure, des salaires élevés, des conditions avantageuses pour des exécutifs qui ne performent pas et des budgets marketing qui ne sont pas en lien avec le retour sur l’investissement”.

 

Enter George Clooney, sauveur de Sony Pictures

 

Ne vous fiez pas à son regard enjôleur : quand on attaque Sony, Clooney mord comme un pitbull !

A la fin de l’envoi, Loeb touche avec une cinglante suggestion : que le groupe Sony se sépare d’au moins 20% de Sony Pictures Entertainment. La revente des studios Columbia par Sony est un serpent de mer depuis au moins deux ans et les flops des films incriminés par Daniel Loeb sont donc venus remettre brutalement le débat sur le tapis. D’autant que selon lui, SPE doit uniquement ses profits du premier trimestre 2013 à la revente d’un catalogue de chansons à hauteur de 106 millions de dollars.

Episode suivant de cette éternelle saga de “la finance contre l’art à Hollywood” : suite aux propos de Loeb, le sang de George Clooney, dont le prochain film The Monuments Men sera distribué par Sony, n’a fait qu’un tour. L’acteur-réalisateur-producteur, en contrat avec Sony via sa société Smokehouse Pictures, a littéralement volé dans les plumes du golden boy, le traitant d’ “incompétent qui ne connait rien à ce business” et de “manipulateur des marchés” souhaitant uniquement spéculer sur le dos du studio : “Pourquoi se concentre-t-il sur certains échecs et n’a-t-il pas inclu dans son analyse Skyfall, le James Bond qui a rapporté un milliard de dollars, ainsi que Django Unchained ou Zero Dark Thirty ?”.

Il faut croire que la contre-attaque de Clooney (mais certainement aussi d’autres arguments plus terre à terre) a porté ses fruits : mardi dernier, la direction de Sony a officiellement rejeté la suggestion enflammée de Daniel Loeb. Lequel, dans un autre communiqué, a pris acte un peu piteusement. De toute cette agitation, George Clooney (et derrière lui la communauté artistique) ressort assurément en vainqueur burné, les “suits” des fonds d’investissement type Third Point perdants et Sony Pictures Entertainment jouit d’un répit, après avoir senti passer de très près le vent du boulet. A moins qu’une contre-performance d’Elysium ne redonne des ailes à Daniel Loeb, littéralement mouché par Clooney puis désavoué par Sony…. D’après le site box office mojo, le film de Neill Blomkamp a cependant toutes ses chances pour finir en tête du week-end, avec des recettes nord-américaines autour de 34 millions de dollars. Rendez-vous dans 48 heures !

(REACTUALISATION)

Les chiffres des premières séances du jeudi soir, « préliminaires » nocturnes donnant généralement un indice fiable sur le week-end, viennent de tomber : Elysium a rapporté, hier soir, 1,6 million de dollars de recettes au box-office américain. Le film de Blomkamp devrait, selon Variety, terminer ce week end autour de 35 millions de dollars mais le suspense reste entier. A titre de comparaison, After Earth avait rapporté un million de dollars lors de son premier soir d’exploitation… pour finir à 24 millions au dimanche soir. (Source :  Variety)

 

Elysium, de Neill Blomkamp (1h49). Scénario :  Neil Blomkamp. En salles le 14 août.

Critique du film sur le Daily Mars par ici !

Partager