Les séries trop courtes : Brimstone, une traque avec le Diable

Les séries trop courtes : Brimstone, une traque avec le Diable

Note de l'auteur

Brimstone et son diabolique duo : John Glover et Peter Horton.

Série fantastique qui emprunte les ressorts du polar, Brimstone/Le Damné est l’exemple même de la fiction qui avait tous les atouts pour durer (concept, casting, écriture inventive) et qui s’est pourtant planté en beauté. Retour sur 13 épisodes de haute qualité, et qui méritent de ne pas être oubliés.

Vous vous souvenez des Anges du Bonheur/Touched By an Angel ? Eh bien aujourd’hui, on va parler de son double diabolique (et diaboliquement bon). L’histoire de Brimstone, c’est celle d’un flic new-yorkais: Ezekiel Stone, descendu en enfer pour s’être fait justice lui-même. Après avoir tué le violeur de sa femme, le voilà qui revient 15 ans plus tard sur Terre, à la suite d’un marché passé avec le Diable. Le deal : 113 autres pensionnaires du monde de Satan sont parvenus à s’extraire des griffes du prince des Ténèbres ; si Stone parvient à tous les éliminer, le patron du monde du dessous consentira à lui offrir la rédemption. Enfin, normalement (c’est le Diable et il est très facétieux).

Pour les renvoyer ad patres, le héros  doit atteindre ses adversaires dans les yeux (« Les fenêtres de l’âme », comme le dit son employeur) et il se réveille chaque matin avec un pistolet chargé et 36,27 dollars dans son porte-feuille (c’est ce qu’il avait sur lui lorsqu’il a été tué, deux mois après avoir descendu le violeur de son épouse). A lui de se débrouiller pour faire le job, alors que ses cibles possèdent souvent de nombreux pouvoirs.

Redécouvrir Brimstone en 2013 (quinze après sa création, soit la durée du séjour de Stone dans les ténèbres…), c’est se rappeler que dans la seconde partie des 90’s, un joli paquet de séries mythologiques (à structure feuilletonnante) ont été lancées aux USA. Dans le prolongement de The X Files, Le Caméléon, MillenniuM, Profiler, Dark Skies, Sleepwalker ou encore The Visitor ont tenté de reprendre des éléments du succès de la série de Chris Carter pour s’imposer. Très peu sont parvenues à développer un ton, un propos et une atmosphère susceptibles de durer (1).

Peter Horton incarne Zeke Stone, flic le plus décoré de New York avant qu’il ne commette l’irréparable.

Brimstone fait partie de cette promotion maudite. Et c’est peut-être la série dont l’annulation prématurée est la plus regrettable. Imaginée par un duo de scénaristes qui bossent ensemble depuis leur rencontre à la fac (Ethan Reiff et Cyrus Voris), celle que l’on a pu voir en France sous le titre Le Damné s’impose dès ses premières minutes comme une fiction solidement structurée.

A mi-chemin entre le thriller et la pure série fantastique, elle s’appuie complètement sur les épaules d’un homme dont la quête de rachat est intelligemment pensée. Il n’y a pas écrit « Redemption » sur le front de Stone : à plusieurs reprises, ses « missions » vont le renvoyer à son propre crime, aux causes et aux conséquences qui s’y rattachent. C’est ce qui fait tout l’intérêt du projet.

Mais ce n’est pas qu’une série sombre : en l’espace de 13 épisodes, Reiff et Voris montrent qu’ils sont aussi à l’aise dans la production d’une fiction très noire (dans l’épisode Encore, Stone retrouve sur sa route Gilbert Jax, le violeur de sa femme) que dans le développement d’épisodes un peu plus « légers » (ou en tout cas un peu plus drôles, comme Lovers, l’épisode 9). La raison tient en un nom : John Glover, qui joue le Diable.

Plus connu du grand public pour le rôle de Lionel Luthor dans Smallville, Glover livre une prestation littéralement étonnante dans le rôle de l’Ange déchu. Une prestation tellement bluffante qu’elle a bluffé les créateurs de Brimstone eux-mêmes. A la base, son personnage ne devait vraiment apparaître que dans le pilote : c’est en constatant l’alchimie qui existait entre Peter Horton (l’interprète de Stone, qui tient là aussi l’un de ses meilleurs rôles) et lui que Voris et Reiff décidèrent de le faire revenir épisode après épisode.

John Glover, un Diable plus que convaincant.

Avec ce duo, Le Damné devient une série pleine d’esprit, portée par des dialogues extrêmement savoureux (il y a toujours du sous-texte dans les propos du Diable) et aussi quelques running gags (Stone n’est plus dans son époque). Le tout est, en outre, d’une grande plasticité narrative. Tout est fait pour effectivement servir le caractère très humain des multiples protagonistes croisés par Stone. Qu’ils soient récurrents (Max, la logeuse de Stone ; le père Horn et surtout le sergent Ash) ou de passage (Martin Benedict, ancien officier SS en quête de rachat lui-aussi, dans Repentance), tous apportent un supplément d’âme à ce show (ce qui manque trop souvent à une série comme The Following, par exemple).

Baladée d’un bout à l’autre de la grille de la Fox (le dimanche, puis le mercredi avant de finir sa vie dans le vortex créatif du vendredi soir), Brimstone n’a jamais trouvé son public pendant sa diffusion. Quelques années plus tard, Tara Butters et Michelle Fazekas, ex-scénaristes de Law & Order : Special Victims Unit, ont repris le même concept pour développer une comédie qui n’a pas duré beaucoup plus longtemps (Reaper, sur CW).

Reiff et Voris, eux, ont continué leur route pour produire une série complètement différente mais également pleine de qualités : Sleeper Cell. Scénaristes pour le cinéma (ils ont signé le script de Robin des bois avec Russell Crowe, mais aussi celui de Kung Fu Panda), ils ont ensuite planché sur l’adaptation du manga Noir pour Starz (une belle arlésienne télé, soit dit en passant) et travaillent maintenant sur le développement de la série Legend sur TNT.

Teri Polo incarne le détective Ash, un personnage clef.

A-t-on une chance de voir Stone et son vieil imper élimé revenir des limbes télévisuelles ? Pour l’heure, rien ne permet de l’affirmer. Mais au vu du concept, compte tenu du talent de ses producteurs et eu égard à la crise créative d’Hollywood, il n’y aurait rien de scandaleux à apprendre un jour que la série fasse l’objet d’une belle adaptation ciné. Elle a en tout cas tout ce qu’il faut pour que ça fasse un carton.

En attendant, on peut toujours se replonger dans ces 13 épisodes. Pour se laisser embarquer par le pilote et le violon aérien qui rythme la bande son. Il suffit en fait de dépasser son côté vieillot (même si la photographie était bien pensée) pour constater que non, décidément, Nobody beats The Devil…

BRIMSTONE

(FOX)

13 épisodes, diffusés entre octobre 1998 et février 1999

Série créée et showrunnée par Ethan Reiff et Cyrus Voris

Avec Peter Horton (Detective Ezekiel Stone) John Glover (le Diable), Albert Hall (le père Horn), Teri Polo (Sergent detective Ash), Max (Lori Petty).

(1) : Aujourd’hui, on a le même phénomène avec les séries Lost Like. L’an dernier, les expériences s’inspirant de Mad Men (The Playboy Club, Pan Am) ont aussi tourné court.

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