Brooklyn Nine-Nine, bilan de la saison 1

Brooklyn Nine-Nine, bilan de la saison 1

Note de l'auteur

Brooklyn 99 5Si l’on en croit les Golden Globes, la comédie qui vient de s’achever cette semaine est la meilleure à l’antenne. Brooklyn Nine-Nine, sitcom en single-caméra suivant les aventures du 99e precinct de la ville de New York et ayant comme star l’un des plus grands flics de l’histoire de la télé (Braugher/Pembleton) ainsi qu’un ancien du Saturday Night Live (Andy Samberg), a bouclé un run initial de 22 épisodes salué par le plus grand nombre. Et surtout par les Golden Globes, donc.

Au 99e precinct, l’inspecteur Jake Peralta est le roi du monde. Enchaînant les blagues, courses de chaises à roulettes et autres puérilités dignes d’un enfant de 8 ans, il évite la correctionnelle grâce à un lieutenant pour le moins laxiste. Mais ce dernier est rapidement remplacé par le rigide et impassible Ray Holt, bien décidé à optimiser cette escouade, et faire grandir Jake Peralta.

La série possède plusieurs mérites. Le premier étant son lieu d’action. À l’instar de The Job (première collaboration entre Denis Leary et Peter Tolan, pré-Rescue Me, sur un flic à la vie dissolue), Brooklyn Nine-Nine prend place dans un commissariat. Un lieu où l’on parle de malfrats, de meurtres, d’un gros tas de sujet plus sombres les uns que les autres. Plus encore que The Job, 99 cherche le rire avant tout, dans chaque situation. C’est une comédie pure, dans la veine feel-good par moment.

Brooklyn 99 2Et la série réussit à trouver le rire dans des situations parfois assez surprenantes, et prend garde de ne jamais aller chercher trop loin dans le travail de police des affaires qui désamorceraient n’importe quelle velléité comique. Donc, dans 99, vous ne retrouverez pas les même cas que dans NYPD Blue, Homicide ou pire encore, The Shield. Et malgré ce lissage vers le positif, la série ne perd pas trop en crédibilité. Bon, le 99 ne pourrait exister que dans un New York peuplé de Bisounours, mais ça ne choque pas tant que ça.

Brooklyn Nine-Nine, c’est l’école Parks and Recreation. Les deux co-créateurs du show sont passés par Pawnee. Goor y écrivait, Schur l’avait co-créée et showrunnée. De fait, il existe une filiation. Pas dans le style mockumentary (heureusement), mais dans la définition des personnages. Ils sont quasiment tous sympathiques. Comme dans la bande de Leslie Knope, il existe ici une bonne humeur communicative qui donne envie de passer du temps avec ces personnages. Comme pour P&R, Brooklyn Nine-Nine est une comédie feel-good. Une bonne comédie feel-good.

Si les personnages étaient mal dégrossis au début de la série et encore trop proches d’archétypes, ils se sont affinés rapidement, certain offrant une progression réelle au final. Là encore, c’est l’expérience de Parks and Recreation, voire The Office qui a certainement permis d’éviter les erreurs de parcours. Qu’il s’agisse de Leslie Knope ou de Michael Scott, les deux personnages ont énormément changé entre la saison 1 et la saison 2 de leur show. Knope est passée d’une zêlée casse-pieds à une enthousiaste communicative, et Scott d’un immense connard abrasif à un gamin gênant.

Brooklyn 99 4Le héros, ici, c’est Jake Peralta (Andy Samberg). Un excellent inspecteur de police, qui adore son boulot. Il est devenu flic parce qu’il les voyait à la télévision. Son héros d’enfance, c’est John McClane. Et Peralta, c’est un gamin à qui on a donné un badge. Il est dans le positif à chaque instant, mais fait aussi preuve d’une puérilité agaçante (pour ses collègues et aussi, soyons francs, parfois pour les téléspectateurs). Face à lui, dans une opposition hautement traditionnelle, se tient Ray Holt (Braugher). Holt est raide comme la justice, d’une infaillible droiture. Il s’est battu pour tout, comme le laisse entendre son background : Holt est black, et fut le premier inspecteur de police à sortir du placard dans les années 80. C’est la première haute fonction de Holt, pourtant flic irréprochable.

Le duo aurait pu faire grincer des dents très rapidement, si un conflit idiot entre les deux hommes avait perduré. Au lieu de ça, Goor et Schur appliquent les mêmes recettes que dans Parks and Recreation : le casting principal agit en équipe, le conflit arrive de l’extérieur à chaque fois. Les idiots, les empêcheurs de tourner en rond, les obstacles ne font pas partie du cast principal. On veut qu’on aime le 99. Et ça marche.

Brooklyn 99 1Tout n’est pourtant pas parfait, loin de là. Les personnages féminins ne sont pas parmi les grandes réussites. Amy Santiago (Melissa Fumero), inspectrice « bon élève », tarde à trouver une existence propre en dehors de sa volonté de plaire à Holt. Elle met encore plus de temps à devenir drôle (de mémoire, mon premier fou rire la concernant arrive à l’épisode 12 et sa réaction face à son allergie aux poils de chiens en fin d’épisode). Rosa Diaz (Stéphanie Beatriz) met un temps fou à apparaître comme un personnage un tant soit peu humain. Ce ne sera jamais le cas de Gina Linetti (Chelsea Peretti), qui est souvent hilarante quand elle reste en second plan, et peu crédible quand elle est trop mise en avant. Un défaut majeur que les auteurs devront gommer en saison 2.

Au rang des grosses satisfactions du casting, Terry Crews, star de la série B d’action, bodybuildé à l’extrême, offre un Sergent Terry Jefford souvent très drôle, et touchant. Mais le top du top, c’est Charles Boyle (Joe Lo Truglio). Maladroit, jovial, épicurien, Boyle est le joker de la série quand elle tourne en rond. Une fois sorti d’une obsession malsaine (car non partagée et limite proche du harcèlement) envers Rosa, il trouve sa vitesse de croisière et donne souvent les meilleures performances du casting. Boyle, c’est une sorte de croisement entre Leslie Knope (pour l’obsession à la bouffe, mais aussi le courage) et Pierre Richard (pour tout le reste).

D’un point de vue dynamique et structurel, la série se rapproche presque plus de 30 Rock. Comme la série de Tina Fey, Nine-Nine utilise des cut-away jokes par le biais de flashbacks. Des gags très souvent réussis, voir hilarants. Surtout quand ils montrent Holt plus jeune, avec une coiffure afro, et muni d’une moustache digne d’un acteur porno des années 70. Et la dynamique, donc. Dans 30 Rock, Jack Donaghy prenait sous son aile Liz Lemon pour la faire grandir. Dans une logique plus disciplinaire, c’est ce que Holt cherche à faire avec Peralta. Tel une figure paternelle, il voit du potentiel en lui, et veut l’aider à s’accomplir.

Les guests sont plutôt bien traités dans la série : Dean Winters joue un flic des crimes majeurs qui arrive systématiquement en fin d’enquête pour récolter les lauriers, ce qui lui vaut d’être surnommé « le vautour ». Patton Oswalt joue le chef de la caserne de pompier du quartier, en perpétuelle compétition avec le 99. Marc Evan Jackson (Sparks Nevada dans The Thrilling Adventure Hour) joue le petit ami de Holt, le coincé et snob Kevin Cozner… D’autres, plus anecdotiques, viennent croiser la route des protagonistes : Fred Armisen (SNL) joue un étranger qui parle mal l’anglais, Craig Robinson (The Office) se voit offrir un rôle marquant le temps d’un épisode, Adam Sandler apparaît dix secondes dans son propre rôle, guère plus qu’Andy Richter dans celui d’un concierge désagréable…

The Bet

The Bet

Au rang des épisodes marquants, on peut citer le pilote (1×01), qui réussit le beau tour de force de présenter avec brio tous les personnages tout en mettant en scène une courte enquête, et en réussissant à faire rire. « Halloween » (1×06) avec Peralta qui essaie de piquer la médaille d’honneur de Holt suite à un pari. « Old School » (1×08) avec Stacy Keach en flic de la vieille école, retraité, qui écrit des livres et que Peralta idolâtre. « The Pontiac Bandit » (1×12), juste pour le plaisir de voir Boyle, blessé par balle à l’arrière-train, évoluer parmi les autres dans une chaise roulante adaptée. « The Bet » (1×13) où Peralta gagne son pari avec Santiago et s’engage à lui faire vivre le pire rendez-vous de l’histoire. « The Party » (1×16) parce que Marc Evan Jackson, « Fancy Brugdom » (1×20) parce que Terry fait un régime, et enfin le finale « Charges and Specs » (1×22) parce qu’il résume à merveille la série tout en laissant un bon paquet de pistes ouvertes pour ouvrir sur une saison 2 de qualité, on l’espère.

Si les personnages féminins ont du mal à exister, au moins il y a une envie des auteurs de ne pas les mettre au second plan (à l’inverse d’un Sirens, par exemple). Peralta est parfois agaçant et Samberg est un aussi bon acteur que Jerry Seinfeld, mais il s’améliore et son personnage gagne en consistance. Et la série est très souvent drôle et monstrueusement attachante. Elle reste une excellente surprise de la saison.

BROOKLYN NINE-NINE, saison 1 (FOX)

Créée et Shworunnée par Dan Goor et Mike Schur

Avec : Andy Samberg (Jake Peralta), Andre Braugher (Ray Holt), Stephanie Beatriz (Rosa Diaz), Terry Crews (Terry Jeffords), Melissa Fumero (Amy Santiago), Joe Lo Truglio (Charles Boyle), Chelsea Peretti (Gina Linetti)

Brooklyn 99 3Pour en revenir aux Golden Globes, je me demande quand même ce qui leur est passé par la tête quand ils ont sacré Brookly Nine-Nine meilleure comédie de l’année alors que la série n’avait que deux mois dans les jambes. C’est une série pleine de promesses, et au final, sa première saison est de bonne qualité, mais de là à mériter un prix aussi tôt… Et en même temps, regardons les comédies cette année. Pas de Louie, Community sans Harmon (le temps du vote), Parks and Recreation solide mais un ton en-dessous, It’s Always Sunny jamais pris en compte, l’animation qui n’est pas en compétition dans cette catégorie… Même si elle se défend, cette récompense n’est pas très logique. Mais elle aura eu un avantage : mettre la série en lumière et participer à son renouvellement. Donc, merci les Golden Globes.

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