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Cannes 2014 : Scènes de la vie troglodyte (critique de Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan)

Cannes 2014 : Scènes de la vie troglodyte (critique de Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan)

Note de l'auteur

Winter SleepAFFPalme d’or du 67e festival de Cannes, le nouveau long métrage du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan se présente comme le prototype du film BMC propre à terroriser le chroniqueur du Daily Mars. Qu’en est-il vraiment ?

Comme la plupart des films de plus de trois heures, Winter Sleep nécessite un investissement particulier de la part du spectateur. Pas forcément plus exigeant mais différent, surtout qu’il ne s’agit pas vraiment d’un action movie. Déjà, c’est une évidence mais elle est toujours bonne à rappeler, il ne faut pas entrer dans la salle – oui parce que, sans vouloir ressusciter un vieux combat d’arrière-garde, nous parlons ici de films qu’il vaut mieux voir au cinéma qu’à la télé – il ne faut pas entrer dans la salle, donc, en ayant la dalle ou envie de faire un tour aux toilettes. Ça paraît idiot dit comme ça mais pareille imprudence vous empêcherait à coup sûr de vous immerger dans le film et, si jamais vous y parveniez, vous n’auriez qu’une hâte c’est d’en sortir. Ces précautions mises à part, tenter l’expérience Winter Sleep c’est s’arrimer à ce travelling avant qui ouvre le film sur le crâne de son personnage, puis se fondre dans un rythme introspectif.

WinterSleepPICSoit un village troglodytique de Cappadoce, prisé des touristes l’été mais qui sommeille durant l’hiver, où Aydin gère son patrimoine constitué d’un petit hôtel et de quelques maisons en location. Ses relations avec une famille religieuse en difficulté dont il a du mal à percevoir le loyer se dégradent, de même que celles avec son épouse qui lui reproche sa dureté et son arrogance. En transposant plusieurs nouvelles de Tchekhov, Nuri Bilge Ceylan est en terrain connu. L’essence même de son cinéma, la richesse des personnages et leur complexité faite de contradictions auxquels ils ne peuvent échapper, sont au cœur de l’œuvre du dramaturge russe. Et, en adoptant une approche impressionniste et critique, le cinéaste a effectivement besoin de ses 3h15 pour arriver au bout de son étude de caractère.

WinterSleepPIC2Malgré ses grandes qualités artistiques – les extérieurs sont somptueux, les intérieurs éclairés avec parcimonie superbes – et d’intenses séquences où se creusent les caractères, Winter Sleep reste pourtant trop accroché à ses racines littéraires, en particulier au cours d’un petit moment de flottement au milieu du film, oh pas grand-chose, juste deux scènes mais qui à l’échelle de ce long métrage et de son rythme représentent tout de même dans les trois-quarts d’heure, où la sœur d’Aydin puis son épouse le poussent dans ses retranchements en abordant la redoutable question du bien et du mal. Là, on sent toute l’admiration que le cinéaste porte à Bergman et combien Scènes de la vie conjugale a dû le nourrir mais, contrairement à ceux du maître suédois, les dialogues de Ceylan ne suffisent pas à englober les enjeux dramatiques et leurs incidences sur les personnages.

Ces moments symptomatiques ne devraient pas trop gâcher le plaisir de ceux d’entre vous qui s’aventureront dans ce petit village transi par un hiver glacial et boueux. Néanmoins, et s’il est toujours un peu compliqué de commenter un palmarès de festival surtout lorsqu’on en a pas vu tous les films, ce septième long métrage du réalisateur déjà primé à Cannes pour Uzak, Les Trois singes et Il était une fois en Anatolie ne recèle pas le pouvoir de sidération que nous avons ressenti devant Leviathan, le polar tragique du Russe Andrey Zvyagintsev récompensé cette année du prix du scénario, dont nous ne manquerons pas de vous parler lors de sa sortie en salles le 24 septembre.

 

En salles le 6 août 2014.

Kis Uykusu. 2014. Turquie / France / Allemagne. 3h15. Réalisé par Nuri Bilge. Avec Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbag, Ayberk Pekcan…

 

 

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