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Cannes 2014 : Fausse route (critique de The Rover, de David Michôd)

Cannes 2014 : Fausse route (critique de The Rover, de David Michôd)

Note de l'auteur

theroverafficheAprès Animal Kingdom et ses prolos mafieux, David Michôd plonge dans une autre jungle. Celle d’une Australie post-apocalyptique où les derniers hommes debout semblent s’acharner à piétiner les miettes restantes de leur humanité. Démarrage en trombe mais hélas, la force du récit fonce droit dans le mur d’une dérive arty particulièrement soporifique. Frustrant.

Le premier quart d’heure de The Rover vous fera autant rugir qu’un moteur d’Interceptor en plein rut accélérateur. Mise en place dépouillée à l’extrême : un simple carton sur fond noir précise qu’on est en Australie, “dix ans après la chute”… Le scénario n’explicitera jamais comment les hommes et leur civilisation en sont arrivé à se ratatiner ainsi au statut de cloportes atrophiés. Tout juste devine-t-on que la fin est arrivée par l’effondrement de l’économie. Pas besoin d’en dire plus : le plan fixe sur un Guy Pearce cataleptique dans sa voiture noir mat, loqueteux au visage mangé par une barbe ogresse, suffit pour nous immerger dans ce no man’s land post-apocalyptique où le temps s’est arrêté. Alors qu’il se désaltère dans un bouge plus crasseux qu’une cuvette de chiottes à l’abandon, le vagabond (“The Rover”) va se faire piquer sa caisse par trois larrons en fuite après une fusillade. Mais les gredins ont sous estimé la détermination d’Eric (Guy Pearce) à retrouver son bolide… ainsi que sa propension instinctive à la brutalité extrême.

The-Rover-Stilll-With-Robert-Pattinson-Guy-PearceMichôd a beau avoir déjà écarté d’un revers de main toute comparaison avec Mad Max, impossible de ne pas penser au chef d’oeuvre séminal de George Miller lors de ces 15 premières minutes foutrement excitantes. Guy Pearce, tétanisant, traverse tel un Terminator impavide l’interminable rouleau désertique d’un pays devenu un asile de fous à ciel ouvert, où subsistent dans la torpeur et la dégénérescence une poignée d’âmes résignées face à l’agonie de leur monde. La caméra, nerveuse, maligne, nous saute à la gorge lors d’une scène de poursuite motorisée courte mais si bien orchestrée qu’on se dit alors qu’on tient sous nos yeux un néo-Mad Max cauchemardesque, chargé jusqu’à la gueule de promesses jubilatoires.

Hélas, le rêve tourne court et une heure plus tard, le moteur semble avoir désespérément calé en mode “film d’auteur pour Cannes”. Les interminables bavardages entre Pearce et un Robert Pattinson grotesque en jeune voyou arriéré rongent une intrigue qui n’a plus que les fabuleux déserts australiens, cadrés en scope sous un ciel hypnotique, pour capter notre attention plombée. De trop rares montées d’adrénaline se voient écrasées par une démonstration arty lourdingue – la vie n’a plus aucun prix pour l’Homme – qui a décidé de tourner le dos à l’efficacité vendue en début de parcours. La panne sèche se confirme dans une confrontation finale à l’allure de pétard mouillé – tout ça…. pour ça ? Certes, le propos est étayé par un twist appuyant de toutes ses forces l’argument, la cohérence est sauve, bon sang, quelle terrifiante et dérisoire épopée ! Mais tout cela méritait-il un long métrage ? L’ennui profond dont nous tire le générique final ne désintègre certes pas pour autant le capital curiosité du film, sa réussite à poser une nouvelle borne dans la représentation de la fin du monde au cinéma, ni la force de son ouverture. Mais il n’empêche : quelle frustration mes aieux !

The Rover, de David Michôd (1h42). Scénario : Joel Edgerton et David Michôd. Sortie nationale le 4 juin.

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