• Home »
  • ANALYSE »
  • Guerres secrètes pour séries meurtries (En attendant… Captain America Civil War)
Guerres secrètes pour séries meurtries (En attendant… Captain America Civil War)

Guerres secrètes pour séries meurtries (En attendant… Captain America Civil War)

Une année fratricide. Voilà comment on peut percevoir le spectre super-héroïque au travers des films et des séries depuis 2016. Warner a déclenché les hostilités via son combat des titans avec Batman V Superman, Daredevil et le Punisher ont confronté leur vision de la justice de manière virulente auprès de Netflix, tandis que les mutants se préparent à en découdre dans X-men Apocalypse chez la Fox. Les héros de toutes les firmes exposent donc, chacun à leur manière,  leur vision d’une lutte intestine entre frères d’armes. L’heure est donc venue pour Disney et Marvel de déployer à leur tour leur propre conception du genre. Pour cela, le long métrage va s’appuyer sur plusieurs aspects : Civil War, le comic book éponyme, œuvre phare de Mark Millar et Steve McNiven, ainsi que le MCU, l’univers partagé de Marvel, mais aussi celui qui est développé au travers des séries. Sauf que non, non et non, ces dernières n’ont décidément pas voix au chapitre pour le 7ème art chez Disney. Explications.

Bref rappel. Depuis qu’Iron Man a sauvé Marvel de la banqueroute, et que le rachat de ces derniers par Walt Disney Studios a permis aux films qui ont suivi comme Captain America, L’Incroyable Hulk, Thor ainsi qu’une suite aux aventures de Tony Stark d’exister, c’est un véritable concept de titres inter-connectés qui s’est mis alors à prendre vie pour se conclure dans Avengers, entamant alors la première phase du business plan de Marvel-Disney. Dès lors, le concept s’engage sur une énorme promesse :  celui de donner une naissance véritable à un univers partagé au cinéma. Tous ces films se construisant comme des genèses dans cette première phase, y compris Iron Man 2 pour instruire les prémices d’Avengers, la difficulté semble alors toute relative au vu du résultat final. L’ensemble se veut cohérent, abordable et ne commet pas d’impairs en termes d’unité. Ce rappel étant terminé, il permet de vous indiquer au mieux comment Disney a su mettre en exergue dans son escarcelle publicitaire une célèbre maxime, que la firme n’aura cesse de brandir à tout va : « It’s all connected ».

Afficher l'image d'origine

 

Tout est connecté donc. La phrase, érigée comme un précepte inoxydable, a de fait tout pour plaire. Elle se veut attrayante, rassembleuse et surtout, prometteuse. On souhaite y croire donc, d’autant que le pari est somme toute réussi durant cette première phase. Même si la qualité des films diffère de manière très variable, l’homogénéité du concept partagé tient ses promesses. Seulement, cette jolie formule, qu’on pourrait croire naïvement gravée dans le marbre, va vite montrer ses limites. La deuxième phase, qui comportait encore plus de films que la précédente, devient versatile dans son univers partagé. Si Captain America le Soldat de l’hiver et Les Gardiens de la galaxie remportent sans forcer le haut du panier (Le SHIELD est détruit par L’HYDRA dans l’un, Thanos et la gemme du pouvoir sont les principaux artisans des enjeux dans l’autre), Iron Man 3 se range par contre parmi les métrages totalement inutiles du MCU (à une exception près, mais j’y reviendrais plus tard).
De son côté, Thor : le Monde des ténèbres, apporte l’existence des gemmes de l’infini… mais à l’arrachée puisqu’il faut attendre la scène post-générique pour le découvrir, tandis que Avengers l’Ère d’Ultron concomite presque au néant les différentes intrigues rencontrées précédemment durant cette phase (excepté le bain prophétique de Thor, qui transporte à lui seul un océan de vacuité narratif). Concluons avec Ant-Man qui lui, fait tout l’inverse, comme s’il devait rattraper le plus possible le manque à offrir d’un Joss Whedon en sous régime, en rassemblant le plus d’éléments possible à placer dans le fameux monde connecté. Mais là où le bât blesse réellement, c’est dans la certitude absolue que cette parenté obligatoire entre les titres Marvel, doit s’appliquer à tous les médiums, et au cas qui nous intéresse ici, aux séries.

agents-coulson-civ-pic

Quand en 2012, l’attachant Phil Coulson meurt dans Avengers et provoque la réunion définitive des super-héros de Disney-Marvel à œuvrer en équipe soudée, on se réjouit de retrouver le charismatique individu un peu plus tard dans Agents of S.H.I.E.L.D. Et si la mort du bras droit de Nick Fury doit persister afin que ceux qui l’ont vengé n’apprennent pas qu’ils ont été manipulés, les proportions qu’a pris la série dans le monde connecté Marvel deviennent désormais trop importantes pour être ignorées dans le MCU, et c’est encore plus vrai dans Captain America Civil War. Mais comme nous l’évoquions précédemment, les séries télés, la branche cinématographique n’en a cure désormais. Démonstration par l’exemple.

kevin_feige

Kevin Feige, P.D.G et producteur de Marvel Studios

 

Avril 2015. Kevin Feige, producteur et homme clé pour le 7ème art de Marvel au cinéma (sans en détenir toutefois les pleins pouvoirs), s’entretient régulièrement avec les producteurs des séries télés pour tenter d’apporter la cohérence nécessaire au fameux « It’s all connected ». Agents of S.H.I.E.L.D. concentre son futur à faire éclore les ramifications de ce que sera le film Inhumans. Le MCU ne détenant pas les X-Men en son sein (Fox détenant les droits), la stratégie d’élaborer au sein d’une série télé à propos de « mutants » d’un autre genre souligne l’astuce du procédé. Les Inhumains, dans la saison 3 d’Agents of S.H.I.E.L.D. justement, n’ont alors de cesse que le monde dans lequel le MCU existe leur appartienne. À tel point que les ramifications finissent par envahir toute la planète, les Inhumains apparaissant un peu partout sur la Terre. Dire que cela est passionnant est un euphémisme. La Terre, scindée entre humains et inhumains, promet des histoires à fort potentiel, qui pourront être disséminés, même par touches rapides ou références lointaines, au sein des films. La preuve en est que le président des USA lui-même, Mathew Ellis (William Sadler vu dans Iron Man 3, se révèle être le seul intérêt dans le MCU donc), s’adresse au monde au vu des risques encourus via ces êtres qui déambulent parmi nous. La série prépare alors le terrain pour les années à venir, en mettant en place une mythologie importante qui gagnera à prendre de l’importance. Hélas, mille fois hélas, une nouvelle va faire trembler cette cohésion, pourtant promise à fonctionner dans les deux sens.

Matthew-Ellis-WHiH-Speech-AoS

Mathew Ellis, président des USA dans Iron Man 3 et Agents of S.H.I.E.L.D., met en garde le monde entier de la présence des inhumains, tout en citant les événements de New York, Londres et la Sokovie.

En août 2015, soit 6 mois plus tard, Kevin Feige prend son indépendance vis-à-vis de son supérieur à la réputation difficile, Ike Permultter. Ce dernier, qui gère d’habitude Marvel Studios et Marvel Tv, se voit destitué du département cinéma par Bob Iger, le président de Disney. Seul Kevin Feige s’en occupera et il aura les coudées franches, désormais pour le gérer comme il l’entend. L’antagonisme entre les deux hommes, dès lors, commencera alors à ternir les belles promesses pour connecter correctement le petit monde des séries à celui du cinéma. Et avant même que l’auteur de ces lignes n’ai eu encore la chance de voir Captain America Civil War (critique à venir), il peut dès lors vous l’affirmer : la confrontation entre héros se destituera complètement de ce qui se passe sur Terre avec les Inhumains et tous les problèmes en découlant. Aucune mention ni allusion, même lointaine ou infime, n’y sera faite.

Et pour le prouver, il suffit de lire, parue chez nos confrères de Hitflix en mars 2016, l’interview a-h-u-r-i-s-s-a-n-t-e des deux scénaristes du film, Christopher Markus et Stephen McFeely ! Pour résumer très simplement, aucun des deux auteurs ne sait ce qui se passe dans la série depuis plus d’un an ! En gros, tous deux ignorent donc totalement la présence des Inhumains parmi la population, ce qu’ils provoquent et ce qu’ils attisent parmi les Terriens ! Une gageure tellement énorme, tellement gigantesque, que l’on peine à y croire… Lors de l’interview, leurs réactions ne souffrent d’aucune ambiguïté, quand la journaliste, Donna Dickens, leur dévoile l’existence des Inhumains dans le MCU. Morceau choisi :

« The world’s oceans were contaminated with Terrigen and fish oil supplements were exposing the population. Inhumans were popping up left and right. It seemed like a big deal. But not to the writers Captain America. When I questioned if the fish oil would play any role at all in the upcoming film, both men seemed confused.
Markus admitted he was behind on the show, “I have to confess, having come here, I’ve seen no TV since I got here in April. I haven’t seen the vast majority of this season of ‘Agents of S.H.I.E.L.D.’ There’s fish oil?”
McFeely was just as lost. “Is there really fish oil? What are you talking about?” »

On se doute que depuis la rivalité entre les deux nababs Kevin Feige (Marvel ciné) et Ike Permultter (Marvel Tv), fortement accentuée par un jeu de trônes marvelien, n’a pas vraiment poussé à la communication entre les deux départements. Mais au-delà, d’un clivage stérile dont la première victime se trouve le téléspectateur, c’est finalement dû à l’ignorance des scénaristes (et par extension des réalisateurs, Joe et Anthony Russo) à qui il faut imputer le problème de cette « absence » malencontreuse.
Accentuer le problème sur cet aveu très gênant n’évacue pas le problème inhérent à ce contrôle total que détient désormais Kevin Feige. Là où cette révélation semble prendre des proportions considérables, c’est que absolument personne à la production ne semble avoir été au courant d’un enjeu aussi énorme au sein du MCU puisque se situant en parallèle du prochain Captain America. De là à dire que l’ignorance des scénaristes a été fomenté par Kevin Feige himself, il n’y a qu’un pas. Ce dernier a déclaré il y a peine quelques jours de cela, dans un timing presque provocateur, que pour faire de la place pour le prochain Indiana Jones, Inhumans a été reporté sans aucune date précise. Rappelons que ce dernier fut déjà décalé une première fois pour faire de la place à Spider-man et à la suite d’Ant-man, voire même soupçonné d’annulation il fut un temps. Aujourd’hui, celui-ci n’a désormais plus d’existence à proprement parler, alors que l’on confirme dans le même temps qu’un Gardiens de la galaxie 3 sera de la partie pour la phase 4 à venir d’ici 2020.

Marvel-Agents-of-SHIELD-and-Inhumans-850x560
D’une évidence à peine voilée, l’empereur Disney n’a donc que faire de ses minions télévisuels désormais. En mettant de côté le cas Agents of S.H.I.E.L.D., on peut se préparer à d’autres comparaisons à venir du côté des productions Netflix. Si les prémices de Captain America Civil War ont été dévoilées dans Jessica Jones ainsi que dans la saison 2 de Daredevil, que Charlie Cox a beau être prévu pour jouer dans un film du MCU, et que Krysten Ritter manifeste ardemment de jouer aux côtés de Iron Man, rien n’est moins sûr dorénavant.

Afficher l'image d'origine

Et pendant que Peter Parker commence à tisser sa toile au sein du MCU pour juillet 2017 avec Spider-man Homecoming, on peut se poser la question du bien fondé du MCU. En l’occurrence, le héros le plus célèbre de New York peut-il exister décemment dans la Grosse Pomme tout en ignorant que l’homme sans peur et ses pairs gravitent en son sein ? Difficile de croire que Daredevil et le futur Defenders (dont la minisérie est prévue pour 2017 justement) peuvent être mis de côté au vu des événements gigantesques qui se préparent.  Même si l’absence de logique l’emporte dans un univers chaque fois plus gigantesque, même si son monde en perpétuel mouvance devrait le justifier, le petit monde sériel issu de la planète Marvel se trouve condamné à être statufier dans son format, à ne jamais prodiguer d’éléments narratifs suffisants pour être pris au sérieux.

On espère, on veut croire tout de même que les héros urbains et les agents du S.H.I.E.L.D., Phil Coulson et Daisy Johnson en tête, bénéficieront d’une apparition méritée dans Avengers Infinity War partie 2 prévu pour 2019. Si cette maigre consolation qui ne tient lieu que d’hypothèse devait toutefois prendre vie, elle ne devrait être générée que pour la seule satisfaction des téléspectateurs de la première heure, rien de plus. Pour Kevin Feige, les bénéfices de cette réunion n’iront en effet que d’un seul côté, celui du département télé. Le producteur devra trancher si oui ou non, il tentera dans un ultime sursaut, d’accorder enfin la pertinence nécessaire au fameux MCU dont il se targue depuis toujours. Mais quoiqu’il en soit, le constat révèle ici d’une sacrée gifle, après un plan-média tonitruant que Kevin Feige et Disney nous clament depuis presque 8 ans déjà, sur un monde partagé plutôt apathique finalement…

« It’s all connected » paraît-il. Ok, mais dans un seul sens alors…

Partager