Carrion : pour qui sonne le glas

Carrion : pour qui sonne le glas

Note de l'auteur

Si pour vous The Thing de John Carpenter est ce qui s’apparente le plus à un chef d’oeuvre (et vous auriez raison), vous avez sans doute flippé comme tout le monde devant ces visions cauchemardesques de ce monstre hideux qui hante la pellicule. Maintenant, imaginez : et si au lieu de fuir devant cette bestiole, c’était plutôt vous qui l’incarniez ? C’est ce que propose Carrion.

Dernier né de l’écurie Devolver Digital, Carrion est le premier bébé monstrueux de Phobia Game Studio qui avait dévoilé un premier trailer il y a un an, avec très rapidement la mise en ligne d’une démo via les récents petits événements Steam qui mettent en avant quelques développeurs indépendants. En vue de côté, le joueur incarne un monstre à tentacules tout aussi visqueux qu’on peut l’imaginer, pouvant se faufiler à peu près partout, même les conduits ou couloirs en s’accrochant sur n’importe quelle paroi. On comprend vite que notre but est non seulement de satisfaire son appétit pour évoluer et se soigner, mais aussi de s’enfuir de cette base souterraine.

Une base qui est organisée en plusieurs zones, qui comprennent des niveaux séparés dans lesquels on peut revenir assez facilement. Chaque niveau est en réalité l’occasion de récupérer un nouveau pouvoir pour débloquer des passages dans la zone principale (défoncer des panneaux en bois, activer des leviers en passant une tentacule par un étroit passage). La petite difficulté qui ralentit la progression de notre bête se situe dans la gestion de trois formes différentes, plus ou moins grandes, que l’on obtient au fil du jeu, certains pouvoirs n’étant accessibles que via une forme particulière. Le gros de la réflexion sera alors de trouver comment accéder à la bonne capacité sous la bonne forme pour ouvrir le chemin. On pourra réduire notre taille en laissant un morceau de notre bestiole dans une sorte de liquide séminal (oui, ça reste un jeu d’horreur), ou bien grandir en se repaissant de quelques humains évidemment laissés intentionnellement à certains endroits. L’idée est rigolote et permet de jongler entre la toute puissance de la bête qui transperce quelques thorax en une seule touche et la petite bestiole insidieuse qui contourne les ennemis par des conduits pour les choper à revers. Mais on regrettera la pauvreté des énigmes qui finalement ne se renouvelle jamais dans sa proposition, se contentant de profiter de l’apparition d’une nouvelle compétence pour l’exploiter le temps d’un niveau.

Et c’est d’ailleurs l’autre point noir de Carrion : l’exploration du jeu mélange la linéarité des niveaux classique et le côté ouvert de la zone principale. On comprend vite l’idée d’un hub, et si l’aspect graphique en pixel art fonctionne bien dans l’absolu, il est dommage de voir que les niveaux n’ont finalement rien de marquant et se contente d’enchaîner des écrans de jeu sans réelle cohérence. Les salles se ressemblent à tel point que lorsqu’une cinématique nous montre une porte qui s’ouvre, il faudra se souvenir où elle était placée, malgré le faible écho à disposition qui n’aide pas beaucoup. On pourra dire merci aux panneaux « Exit » indiquant la sortie du niveau, mais c’est bien maigre. C’est encore pire dans le hub principal puisque sans map à disposition, il est très compliqué de se repérer et de savoir dans quelle direction aller. On tâtonne alors à la recherche de passages que l’on peut débloquer à l’aide de nouvelles capacités, ce qui impliquera quelques errements solitaires et peu intéressants.

Certes, on aurait aimé un peu plus de clarté dans le progression, surtout que le titre est très rêche concernant la narration, avec la présence de trois flashbacks pour raconter l’apparition du monstre. Des séquences moyennement intéressantes qui vous mettent dans la peau de l’humain qui déclenche la libération de la bestiole, une origin story à la mise en scène très classique. Si l’ambiance musicale de Cris Velasco fonctionne, on aurait aimé un peu plus de fantaisie, d’originalité dans l’histoire qui s’engage sur des rails pendant 4 ou 5 heures pour ne jamais les quitter.

Et lorsque le générique de fin tombe à l’écran, on est forcément un peu déçu. Oui, incarner un monstre velu et choper ces pauvres hères sans protection a quelque chose de grisant, et les quelques ennemis armés de lance-flammes ou d’un mécha surpuissant donnent quelques affrontements plus retors. Oui, certains pouvoirs comme infecter un humain pour qu’il se retourne contre ses pairs rappellent les grandes heures du chef d’œuvre de Carpenter. Mais avec un contexte aussi prolifique, Carrion reste bien trop sage. Il préfère laisser le joueur jongler entre les différentes formes pour résoudre les énigmes et tourner en rond sans aucune carte pour l’aider. Il y avait la matière de s’éclater avec un tel concept, mais le jeu se contente d’étaler quelques idées qui se répètent sans forcément des coups d’éclats. Et c’est bien dommage.

Carrion
Développeur : Phobia Game Studio
Editeur : Devolver Digital
Prix : 20 euros
Plate-formes : PC / SWITCH / PS4 / XBOX ONE / MAC OS / LINUX

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