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Ce que j’ai appris sur Joss Whedon : formation et influences par Amandine Srs

Ce que j’ai appris sur Joss Whedon : formation et influences par Amandine Srs

Suite à ma lecture de la biographie de Joss Whedon par Amy Pascale, dont j’ai parlé ici, je vous propose une petite sélection de ce que j’y ai découvert.

n°2 accueilLes chats ne font pas des rats, c’est bien connu, mais dans le cas de Joss Whedon cet adage n’a jamais semblé aussi vrai. L’héritage est bien visible : fils d’un scénariste de sitcoms (dont The Golden Girls) qu’il rejoindra sur la côte Ouest après ses études, il a été élevé par sa mère à New York. Sa mère justement, Lee Stearns, est celle qui a sans doute le plus marqué son travail et ses goûts : féministe impliquée dans la cause des droits de l’homme, professeur (de littérature et de gender studies), elle écrivait pour le théâtre, jouait et organisait des « lectures Shakespeare » (ce que Whedon fera plus tard, donnant lieu à Much Ado about Nothing). Lee Stearns a inspiré la fondatrice de l’association Equality Now, à laquelle Joss Whedon est très attaché et pour laquelle ses fans ont souvent mené des actions destinées à lever des fonds (projections de Firefly et Serenity par exemple). Lee Stearns est décédée soudainement d’une rupture d’anévrisme en 1992, ce qu’il reprendra dans l’épisode « The Body » (Buffy, 5×16). La maison de production, que Joss Whedon a créée avec son épouse Kai Cole, porte le nom de la dernière pièce de théâtre écrite par sa mère juste avant sa mort : Bellwether.

n°2 b anonyme

La passion de Joss Whedon pour la comédie musicale se retrouve bien sûr dans cet épisode majeur mais également dans Dr. Horrible et son Commentary ! ou encore dans l’écriture de chansons (récemment pour Shawnee Kilgore).

L’enfance de Joss Whedon est aussi marquée par le musical, dont on retrouvera des manifestations dans « Once More With Feeling » et Dr Horrible. Son père, avant qu’il ne divorce et n’aille s’installer à Los Angeles où il aura deux autres garçons : Jed et Zack, l’a en effet initié à Stephen Sondheim dont Whedon connaît par cœur les œuvres alors qu’il n’a que 9 ans. Quand certains pères tissent des liens avec leurs fils autour de la pratique d’un sport, c’est à travers Stephen Sondheim que Tom Whedon communique. À la même période, Joss Whedon se prend d’une immense passion pour les comics. C’est d’ailleurs après la mort, très choquante pour lui, de Jarella, la fiancée de Bruce Banner dans Hulk, que Whedon commence à mettre en scène avec des figurines des sortes de fanfiction qu’il a préalablement écrites ou déroulées en pensée.

n°2 c anonyme

Lorsque Willow a besoin de trouver la rédemption, c’est en Angleterre qu’elle se rend. L’expérience britannique de Joss Whedon se retrouve dans le choix de ses personnages et acteurs : Giles, Wesley, Adele, Fitz-Simmons…

Le grand changement pour Joss Whedon intervient au lycée. Paradoxalement, celui qui s’est fait connaître pour son incroyable écriture de l’American high school typique a en fait terminé sa scolarité secondaire dans un internat britannique : pas vraiment le monde des cheerleaders mais plutôt ambiance « boarding school stories ». Il en retirera une facilité d’écriture de l’anglais britannique dont Anthony S. Head (Giles dans Buffy) et Olivia Williams (Adelle dans Dollhouse) feront l’éloge. Il s’avère que l’expérience difficile des années lycées décrites dans Buffy soit en réalité plutôt inspirée du collège (middle school).

Ayant suivi sa mère, qui a pris un congé sabbatique d’un an en Grande-Bretagne, Joss Whedon est inscrit à Winchester où il restera en fait jusqu’à son diplôme. L’intégration semble avoir été difficile au début et l’épisode « Out of mind, out of sight » (Buffy, 1×11) en est inspiré. Mais le petit Américain est malin et pour décourager les éventuels bullies, il affiche dans le dortoir un mot prévenant que « le ridiculiser serait non seulement facile et inutile, mais pourrait même en fait lui procurer un certain plaisir déplacé »… ! Pour poursuivre dans l’anecdote, c’est sa bonne connaissance des Monty Python (passion qu’il partage avec les autres élèves) qui lui permet finalement de trouver sa place. La fin de sa scolarité à Winchester est marquée par l’étude détaillée et avide des pièces de Shakespeare, une passion qui ne le quittera plus.

C’est aussi l’époque du premier choc cinématographique et émotionnel : Rencontre du Troisième type de Steven Spielberg, qu’il voit et revoit près d’une dizaine de fois dans la même semaine (mais jamais plus depuis). Il affirme avoir réalisé ce que signifie « être humain » avec ce film, qui fait également naître chez lui une angoisse existentielle l’amenant à lire La Nausée de Sartre (livre qu’Angel lit en français dans le texte dans un épisode de Buffy) et les existentialistes. L’autre film important dans sa formation est Alien, son film d’horreur préféré. Sauf que pour Joss Whedon, l’horreur absolue d’Alien ne réside pas dans le monstre en lui-même mais dans le fait que les personnages n’ont aucune solidarité et peuvent à tout moment se retourner les uns contre les autres. La dimension humaine de ses œuvres futures (« characters first ») est déjà présente dans sa sensibilité adolescente.

Photo prise pendant le tournage de Much Ado about Nothing, film inspiré des « Shakespeare readings » que Whedon organise chez lui depuis plus de dix ans, sur le modèle de ce que faisait sa mère lorsqu'il était enfant.

Photo prise pendant le tournage de Much Ado about Nothing, film inspiré des « Shakespeare readings » que Whedon organise chez lui depuis plus de dix ans, sur le modèle de ce que faisait sa mère lorsqu’il était enfant.

Après son diplôme, il retourne aux États-Unis où il intègre la Wesleyan University (Liberal Arts) dans le Connecticut. C’est là qu’il avoue réaliser pour la première fois que le monde n’est pas à l’image de l’éducation féministe qu’il a reçue jusque là : découvrant le sexisme latent de la société, il suit des cours de féminisme mais surtout de cinéma. Jeanine Basinger, son professeur d’histoire du cinéma, devient son mentor et elle-même ne tarit pas d’éloges sur Joss Whedon dont elle trouve les analyses brillantes non seulement intellectuellement mais aussi et surtout émotionnellement et sur le plan créatif. À l’université de Wesleyan, où Joss Whedon a pour camarade de promotion un certain Michael Bay, il n’y a malheureusement pas de vraie formation à la technique, ce qui n’empêche pas certains étudiants de tourner leurs premiers courts-métrages. En 1986, Whedon propose en tant que projet de fin d’année A Night Alone, l’histoire d’une lycéenne qui découvre que son cavalier du bal de promo est un vampire… L’année suivante, il propose un autre court-métrage intitulé Tombstone un western post-apocalyptique en noir et blanc avec des zombies… Il y a déjà en germe tout ce dont sa carrière sera faite.

Amandine Srs (@amdsrs)
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