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Ce que j’ai appris sur Joss Whedon : les coulisses de Buffy, Firefly et les autres par Amandine Srs (1ère partie)

Ce que j’ai appris sur Joss Whedon : les coulisses de Buffy, Firefly et les autres par Amandine Srs (1ère partie)

Toute la semaine, Amandine a revisité l’univers de Joss Whedon. Grâce au colossal travail de Amy Pascale qui signe l’autobiographie du King Geek of the Universe, Amandine a pu vous offrir de quoi en apprendre un peu plus sur l’homme derrière Buffy, Firefly ou Avengers. De sa formation et de ses influences jusqu’à ses premières expériences à Hollywood ou la télévision, des projets qui n’ont jamais vu le jour et aujourd’hui, la première partie d’un texte pléthorique sur les coulisses. Accompagnez Amandine derrière l’écran pour la conclusion d’un voyage dans la galaxie Whedon…

l'équipe d'Angel en saison 5 avec J. August Richards, Sarah Thompson, Andy Hallett, Amy Acker, David Greenwalt, Joss Whedon, James Marsters, David Boreanaz, Alexis Denisof, Julie Benz et Christian Kane.

l’équipe d’Angel en saison 5 avec J. August Richards, Sarah Thompson, Andy Hallett, Amy Acker, David Greenwalt, Joss Whedon, James Marsters, David Boreanaz, Alexis Denisof, Julie Benz et Christian Kane.

Lorsque Joss Whedon a l’opportunité de faire une série à partir du film raté Buffy, il a en tête plusieurs influences dont La Vie à Cinq (Party of Five) et surtout Angela, 15 ans (My So-Called Life) qui est pour Whedon le chef d’oeuvre absolu de la douleur adolescente. L’écriture de Buffy sera systématiquement orientée par la question « What is the Buffy of it ? », c’est-à-dire que chaque épisode doit dire quelque chose de l’adolescence et des tourments de son héroïne, et ne jamais se définir seulement par son intrigue, sur le modèle Angela, 15 ans. Si bien que lorsque la série cherchait producteurs et chaîne pour l’accueillir, Whedon la présentait comme un croisement entre X-Files et Angela, 15 ans. Ou alors, s’il sentait que les dirigeants face à lui n’avaient pas la sensibilité nécessaire et n’avaient d’intérêt que purement mercantile, il la présentait malicieusement comme un croisement entre X-Files et … Beverly Hills, 90210 !

Il est un élément sur lequel Joss Whedon refusa tout compromis lors de la mise en place du projet Buffy : le contrôle créatif et donc la possibilité d’être réalisateur. Il n’était pas prêt à revivre l’humiliation de voir son scénario trahi par les réalisateurs qui ne comprenaient pas ses intentions initiales. Pour l’accompagner dans cet apprentissage, il a pu compter sur David Greenwalt avec qui il a eu un véritable coup de foudre créatif, amical et réciproque. Si bien que la première saison de Buffy est tout autant le fait de Whedon que de Greenwalt, qui a agi en véritablement co-showrunner officieux. Un poste qui sera officialisé sur le spin-off Angel dont Greenwalt prend la tête. C’est aussi David Greenwalt qui insista pour que Tim Minear rejoigne les rangs. Celui dont Whedon affirmera que Firefly n’aurait jamais pu voir le jour sans lui, connaît des débuts houleux au sein de Mutant Enemy. En effet, les scénaristes d’Angel (équipe qu’il rejoint à la création de la série, après un bref passage difficile sur X-Files) se sentent ignorés et mal-aimés. Si Joss Whedon aime à traîner et travailler avec l’équipe de Buffy dont la salle jouxte son bureau, l’équipe d’Angel est reléguée à un autre étage et n’est absolument pas intégrée.

photo prise lors de la réunion au Comic Con pour les 10 ans de Firefly

Photo prise avec Tim Minear lors de la réunion au Comic Con pour les 10 ans de Firefly

Les relations se détériorent d’autant plus que Whedon assigne à des scénaristes de Buffy les premiers épisodes d’Angel : David Fury, Douglas Petrie, Jane Espenson prennent en charge l’écriture quand Greenwalt et Whedon ne sont pas à la barre. Le pic est atteint lorsque Whedon organise chez lui une fête à laquelle sont invitées les équipes (scénaristes et acteurs) de Mutant Enemy, sauf les scénaristes d’Angel. (Parce qu’il ne les connaît pas encore, et qu’il est timide. Un élément qui reviendra souvent dans la biographie d’Amy Pascale et que Whedon a un jour verbalisé lors d’un Q&A du Comic-Con : la raison pour laquelle il travaille toujours avec les mêmes personnes est qu’il n’est pas à l’aise avec les relations sociales et qu’il aime être entouré de gens dont la familiarité le rassure.) C’est à ce moment-là que Tim Minear décide de présenter sa démission. Il faudra toute la persuasion de David Greenwalt pour le faire rester : il est persuadé que Whedon et lui sont faits pour s’entendre et que l’hostilité, voire l’agressivité passive, qui s’est installée entre eux est le fait d’un malentendu. Il avait vu juste et Tim Minear racontera quelques années plus tard :

« Au début de la saison 1, je pense que Joss Whedon est un connard. Mais à la fin de la saison 1, il est ma meilleure amie pour la vie (bestest girlfriend). Je veux traîner avec lui, lui faire des tresses et cuisiner des boulettes au fromage. À la fin de la saison 1, j’avais complètement fait mes preuves pour lui et il avait de la même façon complètement fait ses preuves pour moi. » (p. 156)

Dans une interview pour Variety, Joss Whedon qualifia Minear de « genius writer » et affirma que sans Tim Minear il n’y aurait pas eu d’Angel. De même que pour Firefly.

Sarah Michelle Gellar sur le plateau de Buffy

Sarah Michelle Gellar sur le plateau de Buffy

Les relations sont aussi un peu houleuses avec les acteurs. Si Joss Whedon a noué une amitié solide avec ses scénaristes et certains de ses acteurs, comme Alexis Denisof et Nathan Fillion, il n’en va pas de même avec les têtes d’affiche de Buffy et Angel. Le respect mutuel est certain, mais ça n’a pas empêché les tensions. Les plus importantes ayant été le fait de Sarah Michelle Gellar à la fin de la saison 7, notamment lorsque son mari, Freddie Prinze Jr., s’est répandu dans les journaux en accusations contre la production : Gellar n’aurait pas été assez considérée pour son long et lourd travail sur la série et n’aurait pas la reconnaissance qu’elle mérite de la part de la production… Les longs discours de Buffy qui parsèment cette saison sont le reflet des coulisses perturbés et on peut notamment reconnaître la voix de Whedon dans le speech par lequel Buffy avertit qu’elle est le chef incontestable et qu’elle n’hésitera pas à sacrifier ses soldats si elle y est obligée. De la même façon, Whedon a révélé que l’isolement de Buffy à la fin de la saison 7 reflétait l’isolement de Sarah Michelle Gellar vis-à-vis du reste de l’équipe.

Sur Angel aussi, les choses n’ont pas toujours été faciles. Charisma Carpenter a ainsi très mal vécu son éviction de la série, surtout qu’elle l’a appris par la presse… Quant à Vincent Kartheiser, il a eu dès le départ le sentiment d’avoir été mal casté pour le rôle de Connor, un rôle qu’il n’a jamais apprécié et qu’il a eu à cœur de fuir au plus vite. (Je serais tentée ici de dire que certes, le rôle souffre d’une écriture rigide et répétitive, mais que l’interprétation ne fait que souligner ces failles. Le problème ne se situe pas que du côté de l’acteur ou que du côté de l’écriture, mais à mon avis plutôt dans un manque de communication et de concertation entre les deux.)

Alysson Hannigan, Charisma Carpenter et Joss Whedon sur le plateau de la saison 1 de Buffy

Alyson Hannigan, Charisma Carpenter et Joss Whedon sur le plateau de la saison 1 de Buffy

Dès la création du spin-off, les relations ont été un peu troublées puisque l’agent de David Boreanaz a fait pression pour que le cachet de l’acteur soit très largement revu à la hausse. (Pour David Greenwalt, cela n’avait pas grand chose à voir avec Boreanaz lui-même mais était une initiative de ses agents.) Mutant Enemy n’avait bien sûr aucun moyen d’assurer de tels cachets, Buffy et Angel, avec leurs audiences autour de 4 millions sur la petite WB, étaient très loin d’un mastodonte à la X-Files et ses 15 millions sur la Fox. David Greenwalt raconte l’anecdote :

« Joss s’est assis très calmement et il a dit : Je veux que tu appelles l’agent. Je veux que tu lui dises qu’on va ajouter un nouveau personnage dans Buffy appelé Bob Fanooti, Chasseur de Démons et qu’on va lui donner sa propre série. Il y a un côté Michael Corleone chez Joss : si tu veux la jouer dure avec lui, ne le double pas et ne lui fais rien d’immoral ou de méchant, parce que c’est un garçon très intelligent qui voit tous les aspects d’une situation – et il ne se contente pas de réagir, il riposte. » (p. 146)

Échaudé par les relations sur Buffy et Angel qui menaçaient l’intégrité de ses créations, c’est avec prudence que Joss Whedon commence Firefly, gardant beaucoup plus ses distances qu’il ne l’avait fait avec les deux précédentes séries. Dès le départ, il prévient le cast qu’il a volontairement donné à la série le nom du vaisseau et pas celui d’un personnage, et Adam Baldwin se rappelle de Whedon déclarant : « parce que j’en ai déjà fait l’expérience et que je ne le veux plus. Vous êtes tous dispensables (expendable). Si je le décide, vous pouvez partir à n’importe quel moment. » L’ironie voudra que c’est en fait avec le cast de Firefly qu’il nouera la plus forte et la plus durable relation. Il faut dire que les épreuves, ça rapproche…

Amandine Srs (@amdsrs)

Fin de la première partie.

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