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« Celle qui a tous les dons » : fin du monde, zombies et gosses des rues

« Celle qui a tous les dons » : fin du monde, zombies et gosses des rues

Note de l'auteur

celleL’histoire : Melanie ne se rappelle que de sa vie dans la base militaire. Suivre des cours, être attachée, apprendre les épopées grecques, se créer une famille fictive dans laquelle sa professeur favorite, Mademoiselle Justineau, aurait le rôle de la mère. Une idée d’autant plus improbable que Melanie est un spécimen rare d’affams, un zombie, qui se rappelle ce que c’est d’être humain. Puis un jour, la base est attaquée. Il faut fuir, en compagnie de deux militaires, de Mademoiselle Justineau et d’une scientifique honnie.

L’avis : Un excellent roman, une histoire qui réinvente l’apocalypse zombie et les romans de fuite sur la route. Le roman est donné du point de vue de Melanie au début. Puis chacun des personnages principaux aura le droit à la parole, un temps. Un regard de survivaliste, une volonté de comprendre le monde et au fond, cette question lancinante : qu’est-ce qui fait l’humanité ?

Celle qui a tous les dons est un très bon roman, car il s’agit d’un simple récit, qui se laisse lire avec plaisir, nous entraîne dans son aventure. On a peur au moment où les « affams » arrivent, on se demande ce qui va arriver à Melanie, on s’attache à des personnages qui sont légèrement caricaturaux et qui ont leurs défauts et leurs qualités, leur tendresse et leurs failles. Des stéréotypes qui fonctionnent et l’on veut savoir ce qui leur arrive, comment, pourquoi. Les suivre jusqu’au bout, en ayant envie d’étrangler la scientifique sans âme, gifler le crétin militaire, secouer la prof.

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M. R. Carey

Mais M. R. Carey, l’auteur, nous fait poser comme spectateur d’une histoire, comme tout lecteur, mais arrive aussi à nous impliquer dans toutes les nuances de gris qui font la réalité. La pureté finale d’un soldat qui a évolué, l’absurdité des enfants qui se battent pour survivre, abandonnés comme dans Sa majesté des mouches de William Golding. Et Melanie, qui apprend et écoute, s’écoute et s’éloigne peu à peu de nous. Ainsi, si au début du roman, elle tenait la scène, petit-à-petit, son point de vue disparait, nous laissant entre humains jusqu’au dénouement final, l’enfant devenant un contrepoint dans le roman, seule mais déterminée. Si le premier tiers du roman se passe dans la base militaire, le reste est une fuite vers un « ailleurs » espéré, une ville où les humains seraient protégés.

Le zombie est parfois utilisé pour dénoncer quelque chose, notre abrutissement face au capitalisme, notre racisme… Parfois, il est juste un détonateur de gore et de divertissement pur. Parfois, il est mélancolique. Il est aussi une métaphore sur le passage à l’âge adulte où pour évoluer, l’enfant doit aussi comprendre d’où il vient et ouvrir la « boite de Pandore » (Celle qui a tous les dons est l’un des sens du nom Pandore). Il est le regard porté sur l’absurdité d’un monde perdu. Le roman de fin de monde ne signifie pour autant pas que tout se termine. Un roman donc très prenant, très beau et absurdement touchant. L’éducation comme piste de vie.

Si vous aimez : La route de Cormac McCarthy et World War Z de Max Brooks. Avec un goût de Mathilda de Roahl Dahl en fin de bouche.

Extrait : « -Nous sommes les enfants de qui, mademoiselle Justineau ?

Dans la plupart des histoires qu’elle connaît, les enfants ont un père et une mère, comme Agamemnon et Clytemnestre pour Iphigénie, ou Zeus et Léda pour Hélène. Certaines fois, ils ont des profs aussi, mais pas toujours – et par contre, des Sergent, jamais, apparemment. Donc c’est une interrogation qui s’étire jusqu’aux racines même du monde, et que Melanie pose un peu tremblante.

À nouveau, Mlle J. prend son temps pour réfléchir, au point que Melanie se persuade qu’elle ne va pas répondre. Puis Mlle J. explique :

– Ta mère est morte, Melanie. Quand tu étais toute petite. Ton père sans doute aussi, encore qu’on n’ait aucun moyen de le savoir vraiment. Donc c’est l’armée qui prend soin de toi, maintenant.

– Vous dites ça seulement pour Melanie, ou c’est pareil pour tout le monde ? demande John.

Mlle Justineau hoche lentement la tête.

– Pour vous tous ici.

-Nous sommes dans un orphelinat, affirme Anne.

(Les élèves ont eu le droit à l’histoire d’Oliver Twist, lors d’un autre jour Justineau.)

– Non, vous êtes sur une base militaire.

– C’est ça qui arrive aux enfants dont les parents meurent ?

La question vient de Steven. Melanie se concentre très fort, elle rassemble toutes ces données dans sa tête comme les pièces d’un puzzle.  »

Sortie :  23 octobre 2014, éditions L’Atalante, 442 pages, 23 euros.

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