• Home »
  • Discothèque »
  • CES DISQUES DONT ON NE PEUT PAS SE DEBARRASSER : MAZZY STAR, SO TONIGHT THAT I MIGHT SEE
CES DISQUES DONT ON NE PEUT PAS SE DEBARRASSER : MAZZY STAR, SO TONIGHT THAT I MIGHT SEE

CES DISQUES DONT ON NE PEUT PAS SE DEBARRASSER : MAZZY STAR, SO TONIGHT THAT I MIGHT SEE

Mazzy Star XSDans tout dictionnaire, à l’entrée « envoûtant » , on devrait trouver Mazzy Star en illustration, avec son album So tonight that I might see. Mazzy Star, c’est bien sûr une voix, celle de Hope Sandoval. Une voix douce, un peu traînante, distante aussi, légèrement voilée, entre parlé et chanté. Peu importe ce qu’elle raconte, ne compte plus que ce phrasé troublant et envoûtant. Une voix qu’ont sollicité Massive Attack, Death in Vegas ou encore the Chemical Brothers, en mettant à chaque fois dans le mille. S’il y a bien un morceau qui sauve le Heligoland de Massive Attack, c’est l’obsédant Paradise circus. S’il est un morceau qu’on retient sur Scorpio rising de Death in Vegas (outre Hands around my throat), c’est Killing smile, bouffée d’air folk sur un album plutôt sombre et étouffant. La voix de Hope Sandoval  fait déjà des merveilles sur Tonight that I might see,  deuxième album du duo californien Mazzy Star, sorti en 1993. Un disque refuge vers lequel on revient encore 20 ans après, ensorcelé par les mélopées de Hope Sandoval et son partenaire David Roback, qui compose la plupart des morceaux et joue de la guitare.

La musique de Mazzy Star évoque inévitablement le Velvet Underground par son côté lancinant, à tel point que sur Unreflected, on s’attend à entendre la voix de Lou Reed surgir sur la guitare acoustique et les percussions minimales qui amorcent ce titre. Les compositions de So tonight that I might see empruntent plus largement au folk, au blues et au psychédélisme. Elles créent une atmosphère qui happe l’auditeur au fil des morceaux, autant de paysages peints petites touches, sans jamais trop en faire.Mazzy Star photo

Ce qui fait la force du disque ? Mazzy Star ne se repose pas seulement sur la voix de Hope Sandoval et son ambiance rêveuse, dont Fade into you qui ouvre l’album donne la pleine mesure. Chaque titre suit ensuite des idées différentes, varient subtilement le propos. Mary of silence est un grand morceau drogué, habillé par un orgue crépusculaire et strié par la guitare de David Roback. Il prend le temps de se dérouler sur six minutes mais pourrait durer encore plus longtemps. La fin paraît quasi brutale (mais comment conclure une telle chanson ?), arrachant l’auditeur à sa rêverie. Le duo ne relâche pas pour autant son emprise avec Five string serenade, grande leçon en matière de reprise. Mazzy Star s’empare d’un morceau d’Arthur Lee, chanteur et songwriter de Love, qui a livré au rock psychédélique des années 1960 un de ses plus beaux manifestes avec Forever changes. Mais plutôt que de reprendre un titre de la grande époque d’Arthur Lee, le duo est allé piocher dans une partie moins faste de sa discographie. Il choisit Five string serenade, un morceau de 1992 qui souffre de ses arrangements basiques et du chant hésitant d’Arthur Lee. Mazzy Star en propose une version dépouillée, qui tient sur une guitare acoustique et des arrangements de cordes. On redécouvre alors toute la beauté de ce morceau ainsi toiletté.

Le reste du disque ne faiblit pas. Mazzy Star ose « Blue light », un quasi-slow qu’on imagine passer sur une piste de danse désertée et enfumée en bout de soirée, en bout de course. Le voyage se termine sur le très Velvetien et étourdissant So tonight that I might see qui donne son nom à l’album. Un disque envoûtant et magistral, un groupe au sommet de son art.

Partager