CES DISQUES DONT ON NE PEUT PAS SE DEBARRASSER : THE B-52’S

CES DISQUES DONT ON NE PEUT PAS SE DEBARRASSER : THE B-52’S

B52 coverCela commence par ce qui semble comme un message codé en morse. Puis vient un motif entêtant piqué au générique de la série télé Peter Gunn,  composé par Mancini qui ne sera crédité que sur les rééditions. Qu’importe l’emprunt car pour reprendre l’expression attribuée à Alexandre Dumas :  « Il est possible de violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. » Idem pour les plagiats. Car oui, l’enfant est beau. Mieux, il ne prend pas une ride. L’enfant s’appelle Planet Claire, c’est un tube, et même un tube festif comme on dit, qui ouvre le premier album des B-52’s sorti en 1979. Album resté sans nom. Ou référencé « Mais si tu sais, la pochette jaune. » Un fond jaune poussin sur lequel posent les cinq membres de ce groupe américain. Il y aura ensuite la pochette rouge (Wild planet, 1980).

Les B-52’s ? Ce groupe formé à Athens, en Géorgie, dans la foulée d’un dîner au restaurant chinois qu’on imagine arrosé et… festif (oui encore). Ou peut-être étaient-ils tous abattus et ont décidé de trouver un exutoire en créant un groupe. Les B-52’s, ce sont les énormes choucroutes des deux chanteuses, la voix grave et cartoonesque de Fred Schneider, des filles qui imitent divers  poissons et crustacés. Enfin, c’est ce qu’on croit comprendre en écoutant Rock Lobster. Une histoire de fête, de poisson-chat et de requin-bikini. Bref, un groupe décalé que les B-52’s. Mais les tenues excentriques un brin rétro des B-52’se, les textes fantaisistes, les morceaux, allez on va dire… festifs, tout ça n’est pas un cache-misère pour une musique indigente et une inspiration creuse. Au contraire. Le premier album des B-52’s est brillant. Un peu de musique surf, une énergie punk, du rock’n’roll, de la pop, un côté syncopé à la Devo… Totalement débridé, le groupe d’Athens combine tous ces styles à merveille. Et se distingue aussi. Par le côté cartoon des voix et le fantastique jeu de guitare de Ricky Wilson, sec, nerveux, tendu, très rythmé, inspiré de la musique surf.

The B-52sAlors oui, le disque repose surtout sur deux titres. D’abord, l’incontournable Planet Claire dont l’intro fait monter la pression, repompant Peter Gunn, repoussant sans cesse le moment d’entrer dans le vif du sujet. Au bout de 2’30 à ce régime-là, l’auditeur pantelant et captif finit enfin par entendre Fred Schneider cracher le morceau « She came from Planet Claire, I knew she came from there, she drove a Plymouth Satellite. » Ben oui. On apprend dans la foulée que sur la fameuse planète Claire, l’air est rose, les arbres sont rouges et personne ne meurt. A la fin du morceau, les cinq acolytes n’ont pas encore abattu toutes leurs cartes. Car les filles chantent aussi et s’en donnent à coeur joie sur le morceau suivant, le bien nommé 52 girl.

Le second morceau de bravoure vient encore après : Rock Lobster et ses sept minutes complètement fiévreuses. Cindy Wilson et Kate Pierson répondent à Fred Schneider tout au long de la chanson. Tour à tour, elles chevrotent, couinent, gloussent dans un grand délire vocal. Et d’un coup, la guitare de Ricky Wilson s’emballe, le morceau semble ne plus pouvoir s’arrêter que par épuisement des protagonistes sur le disque. Et accessoirement de l’auditeur. Impossible d’égaler, voire de s’approcher de sommets comme Planet Claire et Rock Lobster. Les autres titres ne font pas pour autant de la figuration et se défendent très bien. Seul bémol : la reprise de Downtown de Petula Clarck. Les B-52’s paient leur tribut à la musique des années soixante, sans pour autant faire une reprise marquante. Et si l’album suivant contient aussi son lot de grandes chansons (My own private Idaho), il ne retrouve cependant pas le son fiévreux et la fraîcheur de  « tu sais, la pochette jaune ».

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