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C’est pas encore cette fois que ça va chauffer (Critique des Quatre Fantastiques)

C’est pas encore cette fois que ça va chauffer (Critique des Quatre Fantastiques)

Note de l'auteur
Marketing hasardeux, casting contesté et commenté jusqu’à plus soif et production chaotique qui n’a pas su choisir entre la SF fun des Gardiens de la Galaxie et le réalisme pouêt-pouêt de Man of Steel etc.. Autant dire que, malgré la présence derrière la caméra de Josh Trank, rien ne fut épargné à un film que la majorité des commentateurs avait déjà condamné avant le visionnage. Verdict : C’est mérité !

 

386671Matrice de l’univers Marvel tel que nous le connaissons encore aujourd’hui, Les Quatre Fantastiques occupe une place à part dans l’univers Marvel. La famille d’aventuriers composée de Mister Fantastic, La Chose, La Femme Invisible et La Torche fit le bonheur de milliers de lecteurs durant des années, en représentant notamment un îlot de stabilité au sein d’un univers fictionnel en constant mouvement. Mais ayant perdu de leur popularité au fil des décennies (au profit des X-men puis des Vengeurs) et malmenés au cinéma via des étrons cinématographiques, la série et son adaptation se retrouvent aujourd’hui face à une difficulté énorme à surmonter.

 

Voir un nouveau film Les Quatre Fantastiques, c’est rouvrir de vieilles blessures (merci Tim Story, vraiment) mais c’est aussi se rendre compte du temps qui passe et de l’ampleur incroyable qu’a pris la figure superhéroïque dans le paysage cinématographique américain. Aujourd’hui, le film de super héros n’est plus une exception mais le représentant d’une stratégie commerciale à l’échelle mondiale, dominée par les mastodontes Marvel Studio et Warner. Face à eux, la Fox peine à tenir la distance et s’accroche désespérément à ses quelques licences. Mais là où les X-men peuvent compter sur la longévité et la rigueur d’un Bryan Singer, les quatre Fantastiques doivent traîner derrière eux trois films ridicules et composer avec une imagerie considérée à tort comme anachronique.

 

389480Au même titre que Superman (le titre fondateur de l’univers de Jules-de-chez-Smith-en-face), le caractère lumineux et aventureux des héros de Stan Lee et Jack Kirby apparaît malheureusement désuet auprès d’un public confondant trop facilement optimisme et naïveté. Tout comme l’homme d’acier mais également Star Trek (l’autre héritier de l’ère de la Nouvelle Frontière de Kennedy), Les Quatre Fantastiques se devait d’effectuer un travail de refonte afin de retrouver le succès. Toute la difficulté pour le réalisateur Josh Trank étant alors de marier correctement celui-ci avec les fondamentaux de l’œuvre originale. Un constat s’impose alors aujourd’hui : c’est dans cette problématique que se trouve la source de l’échec du film.

 

Comme d’habitude, les choix les plus contestés et commentés sur la toile (en priorité celui de faire de Johnny Storm un personnage afro-américain incarné par l’excellent Michael B. Jordan) sont au final les bonnes choses qu’on peut tenter de porter au crédit du long-métrage. Le rajeunissement des personnages ou la tentative de famille recomposée du groupe peuvent même se voir comme faisant partie des bons éléments de la refonte. Les symptômes du mal sont à chercher dans une narration lourde plombée par une mise en place inutile représentant quasiment la moitié du film et dans un visuel d’une tristesse et d’une morosité affligeante.

 

137816Malgré une excellente ouverture nous donnant beaucoup d’espoir par sa caractérisation simple et efficace du génie de Red Richard et de son amitié avec Ben Grimm, le film perd totalement en route le mantra même du comic-book. Le spectateur encore éveillé à la fin de l’histoire ne pourra faire que cette simple et fatale constatation : Les Quatre Fantastiques se déroulent majoritairement dans des lieux clos et notamment dans un bunker caché dans une région montagneuse. Pour l’adaptation d’une œuvre dont le credo est l’aventure, la curiosité et l’exploration de territoires inconnus (citons par exemple la zone négative, les fonds marins de Namor, le Wakanda de la Panthère Noire, le royaume souterrain de l’Homme-Taupe, et bien sûr la galaxie), cet état de fait sonne comme l’ultime aveu d’impuissance d’un réalisateur et d’une production dont les rapports conflictuels sont connus.

 

Exploitant en surface les pouvoirs de ses héros et rejouant le couplet de l’union de manière tellement prévisible et automatique que cela en devient ridicule, on ne s’étonnera même plus de l’anémie totale des peu nombreuses scènes d’action. De la même manière, on oubliera poliment la prestation ridicule de Toby Kebbell qui tente vainement d’apporter une touche de tragédie à un personnage de Fatalis tellement massacré, qu’on lui préfère encore la version de Julian McMahon dans les précédents films. On notera au passage qu’après Chronicle, Josh Trank cite une nouvelle fois le Akira de Katsuhiro Otomo à travers une scène dont la violence graphique étonne, mais reste vaine.

 

085541Proposant ici et là des bonnes idées touchant juste (cette mise en avant de la monstruosité des personnages rappelant les comics Marvel précédant les super héros), Les Quatre Fantastiques offre trop peu de bonnes choses pour qu’on puisse l’apprécier, et cela malgré la sympathie qu’on peut avoir pour son réalisateur, la méfiance face à la curée médiatique dont le film fit l’objet, et l’amour qu’on porte pour le comic-book. Parce que plus décevant qu’un film qui prend de haut son sujet (tels les Batman de Christopher Nolan), il y a le film qui a honte du sien.

 

les-quatre-fantastiques-photo-550326d3596d4Décrivant des personnages plongés dans une histoire cachée du grand public (qu’on apercevra qu’à de rares moments) et nés d’une erreur davantage liée à une beuverie qu’à l’orgueil du savant, Les Quatre Fantastiques est constamment en train de s’excuser de demander pardon d’être un film de super héros. Preuve en est la manière dont sont mis en valeur les plus grands exploits de La Chose. Des militaires regardant un petit écran au cours d’une réunion ! Pire encore, si les modifications quant à l’origine des pouvoirs des protagonistes se comprennent et que l’histoire se construit sur cette base, il n’en reste pas moins qu’elles sont l’expression d’un cinéma populaire prônant davantage le repli sur soi que la volonté de s’ouvrir à l’autre. Sans en révéler le contenu, la scène finale est d’ailleurs très révélatrice de cet état de fait, par le choix de son lieu.

 

Figures incroyables d’une bande dessinée cultivant l’envie permanente de l’exploration et de la découverte, les quatre Fantastiques n’ont donc pas encore eu l’adaptation à la hauteur de leur mérite. Est-ce une surprise ? Clairement non. Mais cela n’empêche pas la déception à la sortie de la salle. Une déception d’autant plus forte à l’heure où Marvel Comics met en pause sa série historique. Mais peut-être est-ce un mal pour un bien et qu’après un temps de repos, les aventuriers reviendront plus forts que jamais.

 

 

 

baniere5

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