Champs-Elysées Film Festival : critique de Daddy Cool, de Maya Forbes

Champs-Elysées Film Festival : critique de Daddy Cool, de Maya Forbes

Note de l'auteur

Chronique sincère d’une vie de famille tourbillonnante dans les 70’s, Daddy Cool était une des avant-premières du festival des Champs-Elysées reprenant des passages remarqués au dernier festival de Deauville et à Sundance 2014, où il était en compétition. Alors, un film indie américain de plus, avec la bonne fée J. J. Abrams en prime ? Absolument pas.

Crédit : Claire Folger

Crédit : Claire Folger

Contrairement à ce que le titre français Bonnet-heymesque (adjectif dérivé du groupe Boney M. De rien – ndlr) le laisse supposer, Cam (Mark Ruffalo) n’est pas exactement « cool ». En tout cas, ce n’est pas la première impression qu’on en a, alors qu’il est pris d’une crise et cherche à extirper sa famille de la voiture alors qu’il est en caleçon et veut une baignade à l’improviste. Interné, il en sort quelques mois plus tard, et retrouve ses deux filles, Amelia et Faith. Sauf que la carrière de sa femme, Maggie (Zoe Saldana) ne décolle pas, et elle ne peut pas leur offrir l’éducation en école privée dont elles ont toujours rêvé. Elle va donc partir de Boston pour reprendre ses études, booster sa carrière et obtenir un meilleur poste. En contrepartie, elle va « tester » Cam qui va rester seul à élever leurs deux filles, le temps qu’elle suive ses cours la semaine. Un deal qui est le centre névralgique de Daddy Cool (Infinitely Polar Bear en VO)

Pour ce faire, la réalisatrice Maya Forbes, auparavant scénariste sur Monsters vs. Aliens, a recueilli l’aide de J. J. Abrams, dont la compagnie Bad Robot n’est pas habituée à produire des comédies dramatiques de ce genre. Cette aide d’un des titans actuels d’Hollywood ne dilue pas les souvenirs du film dans un propos mièvre, ou met des obstacles extérieurs comme une assistante sociale ou des camarades de classe trop railleurs.

Le sujet est précis : comment gérer la bipolarité de Cam au quotidien ? Le point de vue, heureusement pour le public, l’est tout autant. Il n’y a pas d’antagoniste dans Daddy Cool, hormis Cam lui-même et la survie de son couple.

Daddy Cool se base sur les souvenirs autobiographiques de sa réalisatrice et scénariste. Ce qui n’est pas forcément un appel à faire du film celui de dialogues référencés qui va toujours plus fort dans une caractérisation toujours plus vive. Le film a du rythme, mais il se décortique autour de saisons, au fur et à mesure des allers-retours de Maggie et des états de Cam. Mark Ruffalo saisit bien les dimensions du personnage, que ce soit à travers des moments tendres en Super 8 ou en père au foyer rejeté socialement par les autres mères du quartier.

Ces épisodes, dialogues de situation autour de gestes aussi banals que la réparation d’un piano, l’adoption d’un chien abandonné, construit l’identité de Daddy Cool par petites touches. De même, le chef opérateur Bobby Bukowski ne loupe jamais une occasion d’alterner sa photo entre couleurs chaudes et grain pour les intérieurs, cocon familial accueillant mais perpétuellement sans dessus dessous, et les extérieurs filmés plus traditionnellement. Forbes nous met dans l’œil du cyclone en gardant toujours du relief, et en refusant de dépeindre une éducation trop bohémienne. Maggie comme Zoe Saldana ne jouent pas les utilités, même si une partie de son combat se joue hors-champ.

Dans le genre de la comédie douce-amère, Daddy Cool refuse un point final au combat de ses protagonistes, ou se reposer sur des gimmicks de bande-son pour restituer la fin des années 1970. L’énergie du film vient autant de l’œil certain de Forbes pour la direction d’acteurs que pour l’authenticité de sa trame. Si Mark Ruffalo emporte bien sûr le morceau en termes de performance, Forbes s’affirme comme un talent à suivre derrière la caméra. Et là se trouve la meilleure nouvelle de ce qui aurait pu être un film indé complaisant de plus.

 

Crédit : Claire Folger

Crédit : Claire Folger

 

 

2014. États-Unis. 1h28. De Maya Forbes. Avec Mark Ruffalo, Zoe Saldana, Imogene Wolodarsky, Ashley Aufderheide. Sortie le 8 juillet.

 

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