Charlie Winston : Le Hobo est de retour

Charlie Winston : Le Hobo est de retour

Trois ans après avoir sorti l’étonnant Curio City, Charlie Winston fait son grand retour sur le devant de la scène pop avec Square 1.  Entre une bière et quelques fous rires, voilà ce qu’il avait à nous dire.

https://www.youtube.com/watch?v=VTCgCDDmP_8&feature=youtu.be

 

Daily Mars : Ce nouvel album représente-t-il un retour à la case départ [ndlt. « Square 1 » en anglais] ?

Charlie Winston : (rires) En un sens. Square 1 c’est moi. Je reviens à ce que je suis. C’est un peu comme un Hobbit.

Pardon ?

C. W. : Il a dû porter l’Anneau jusqu’au Mordor, et quand il est revenu chez lui, rien n’avait changé. J’en suis là. Pas mal de choses ont changé, mais désormais j’accepte tout ce que je suis – mes succès comme mes échecs. Surtout mes échecs. On nous apprend à considérer l’échec comme quelque chose de négatif. Pourtant, le plus familier vous êtes avec l’échec, le plus libre vous êtes.

Vous n’avez donc aucun regret ?

C. W. : Pas vraiment… enfin… C’est une bonne question. Si je regrette quelque chose, alors elle ne m’appartient plus. Ce serait comme me défausser de mon passé. Je pourrais me concentrer sur ce qui ne va pas, mais ça ne m’aiderait pas à avancer.

Vous sentez-vous obligé de sortir un tube qui pourrait se mesurer à Like a Hobo ?

C. W. : Ce serait mentir que dire que je n’espère pas qu’un de mes morceaux ait un succès similaire. C’est le propre du musicien, il veut avoir du succès. Mais s’il accepte que ça ne se reproduira probablement pas, alors il peut créer en paix.

Cela ne vous embête-t-il pas que l’on vous décrive comme « le gars qui a sorti Like a Hobo » ?

C. W. : Parfois. C’est un peu comme être père de cinq enfants et un seul a du succès. À chaque fois que vous rencontrez de nouvelles personnes, vous tenez à parler de chacun d’eux, mais elles ne se préoccupent que de celui qui a réussi. J’aime toutes mes chansons – ou presque – mais c’est comme ça que ça fonctionne. Et je fais la même chose ! J’ai accouché de cette chanson, je l’ai vu grandir un concert après l’autre avant de la confier au public. Tant que je me retire de l’équation, tout roule !

Ce n’est pas très courant comme attitude…

C. W. : C’est certain. L’industrie musicale est souvent pleine de « moi, moi, moi » … Enfin ça s’applique également à la société dans laquelle nous vivons.

Vous avez mentionné avoir arrêté d’aimer la musique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C. W. : L’industrie musicale a rarement a voir avec la musique. Il s’agit davantage de gagner de l’argent. La musique est un produit. Ça m’a fatigué. Je n’avais plus la niaque donc je me suis rangé. Pour à nouveau faire de la musique, il fallait qu’elle m’aime autant que je l’aime.

Quel a été le déclic ?

C. W. : J’ai eu de sérieux problèmes de santé qui m’ont immobilisé pendant près de deux mois. Par la suite, mon fils a été diagnostiqué épileptique. C’est à ce moment que le besoin de composer est revenu. La musique nous a sauvés.

Comment composez-vous ?

C. W. : The Weekend, Photograph et Feeling Stop sont assez répétitives. Pas mal de chansons sont construites de manière assez simple aujourd’hui. Il s’agit surtout de trouver un bon sujet. Beaucoup de gens pensent que The Weekend est une chanson joyeuse, mais je l’ai écrite quand ma famille était au plus mal. C’était dur, mais dès que je mettais de la musique, mes enfants dansaient. Ils ne comprenaient pas spécialement pourquoi mais ils dansaient.

Être répétitive permet-il à une chanson de rester en tête ?

C. W. : Pas spécialement ? Mais aujourd’hui nous sommes habitués à écouter boucle sur boucle. C’est la mode. Enfin, ce n’est pas pour cette raison que j’ai travaillé de cette manière. Je cherchai surtout à enregistrer des mantras.

La facilité avec laquelle le public peut retenir vos chansons entre-t-elle en ligne de compte quand vous composez ?

C. W. : Plus autant qu’avant. Ça peut vite être énervant de ne pas pouvoir se défaire d’une chanson. C’est ce que la pop fait de mieux et ça porte sur le système des intellectuels.

Qui est votre public ? Pensez-vous qu’il a changé depuis la sortie de Like a Hobo ?

C. W. : Les fans de la première heure sont toujours là. Pour le reste, je ne sais pas. Je dirais que mon public est moins varié qu’à mes débuts. Il n’y a plus autant de jeunes à mes concerts aujourd’hui.

Il était temps de faire un comeback !

C. W. : Mais je ne suis jamais parti ! Enfin, quand on voit émerger des artistes électro pop comme Eddy de Pretto et Christine and the Queens… Mon comeback tient plus du baroud d’honneur !

Vous vous êtes essayé à l’électro… mais ça n’a pas pris.

C. W. : Soyons honnêtes, ce n’était pas vraiment de l’électro. Je ne voulais pas perdre mon public, alors j’ai conservé mon son plus traditionnel. Le mélange des deux n’a pas convaincu. Enfin… pas mal de gens me disent que c’est leur album favori. Aujourd’hui, on juge les artistes au nombre d’écoutes mais ça ne veut rien dire. Si ce que je fais ne ressemble pas à Like a Hobo, ni les labels ni les radios ne sont convaincus et personne n’écoute mes chansons. C’est un échec, qu’ils disent – comme si c’était quelque chose de négatif. Il y a du bon dans le fait d’échouer. On échoue tous. Il suffit d’être en paix avec cette idée pour avancer. Faire de la musique, c’est juste un travail maintenant. Ça n’occupe plus la majeure partie de ma vie.

Vous ne passez donc pas vos journées sur Twitter ?

C. W. : Je ne veux pas dire que je n’en ai plus rien à faire, mais simplement qu’il y a un temps pour tout et qu’aujourd’hui la musique n’est plus que mon métier.

Est-ce le secret pour rester sain d’esprit ?

C. W. : Je ne sais pas. Je ne peux pas parler pour les autres. Pour l’instant, ça fonctionne pour moi mais peut-être que j’aurais besoin d’un nouveau secret un jour. Peut-être pour le prochain album.

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