Chicago Fire : bilan de la saison 1

Chicago Fire : bilan de la saison 1

Note de l'auteur

Les pompiers de Chicago Fire. Photo Universal

Deuxième meilleur drama de NBC côté audiences, la série de Derek Haas et Michael Brandt a su séduire une partie du public en reprenant des recettes qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs. Le problème, c’est qu’elle ne va jamais plus loin… ce qui est assez agaçant.

Sacré Dick Wolf ! On nous aurait dit, au début de la saison, que son drama avec des pompiers serait l’un des succès de l’année sur NBC, on ne l’aurait pas forcément cru.

Pourtant, les chiffres sont là : avec une moyenne de 6,6 millions de téléspectateurs (et une pointe à 8,5 millions en mi-saison), les soldats du feu de Chicago ont fait mieux que Nashville et sa pléiade de stars en stetson (5,9 millions en moyenne), diffusée juste en face le même jour (mercredi à 22h) sur ABC.

De fait, Chicago Fire fait aussi mieux que la vénérable New York Unité Spéciale (6,4 millions en moyenne), et surtout mieux que Parenthood (5 millions) et Hannibal (3,1 millions, série en cours). Deux séries pourtant bien plus proches des standards de qualité de la chaîne à l’époque où celle-ci dominait les audiences aux USA que ne peut l’être le drama avec Jesse Spencer. Seule Revolution fait mieux (7,3 millions… grâce à un très bon départ).

Kelly Severide, l’homme à l’épaule magique. Blessé 12 épisodes, guéri en deux autres et après on n’en parle plus. Du tout. Photo Universal.

Forcément, ces données interpellent. Et si on se gardera bien de tirer des conclusions toutes faites (on peut faire dire tout ce qu’on veut à des chiffres. Tout et surtout n’importe quoi : souvenez-vous de Lost !), le succès de Chicago Fire sur NBC (1) donne à réfléchir. Il amène à se demander ce que viennent chercher les téléspectateurs en ce moment sur le network.

Après la diffusion des 24 épisodes de la saison 1, un premier constat s’impose. Au départ, Chicago Fire avait tout de la série super classique… et c’est ce qu’elle est. Pas désagréable à regarder, elle plaît d’abord grâce à une distribution bien pensée. Jesse Spencer, Eammonn Walker et Monica Raymund font le boulot. Lauren German, Taylor Kinney et Charlie Barnett, eux, tirent joliment leur épingle du jeu. Mais la série n’est jamais capable de vous bluffer par son audace. Et pire : elle ne va jamais au bout de ses idées.

À la mi-saison, pourtant, j’ai voulu y croire. À l’époque, les scénaristes semblaient vouloir faire sortir plusieurs personnages des trajectoires dans lesquelles ils paraissaient un poil enfermés. L’ambulancière Leslie Shay (German) était embarquée dans une relation toxique avec une autre femme, le pompier Cruz (José Minoso) avait commis un grave crime pour protéger son frère et même le lieutenant Casey (Spencer), présenté comme un modèle de probité au téléspectateur, semblait avoir un passé nettement moins limpide qu’il n’y paraissait au prime abord…

Wallace Boden, un chef un peu (trop) monolithique ? Photo Universal

Tout était là pour donner du relief à cette histoire. En place. Mais en fait, pas du tout.

En l’espace de deux-trois épisodes, Michael Brandt et Derek Haas vont tout désamorcer. Consciencieusement. Tout ça pour revenir au statu quo et dérouler des histoires déjà vues ailleurs sans apporter quelque chose de plus. C’est un peu comme si les deux créateurs du show avaient sur leur ordi un tutoriel qui s’appelle « Le drama de network facile à faire, à moindre frais » et qu’ils en suivaient les étapes scrupuleusement.

C’est dommage parce qu’il ne manque pas grand-chose à cette série pour emballer un peu plus l’audience. Et pas seulement pour une question de casting : les scènes de sauvetage de la série, bien pensées, bien filmées et bien « racontées », affirment clairement que Chicago Fire a des choses à montrer sur son sujet. En revanche, elle n’a pas forcément beaucoup de choses à dire.

Dans sa description des rapports humains, la série est en effet atteinte d’une fainéantise narrative sérieusement agaçante. Les péripéties plus ou moins soapies s’enchaînent sans surprendre. Du coup, l’implication émotionnelle du téléspectateur a tendance à en pâtir.

Le plus gros problème de Chicago Fire, en fait, c’est que cette série raconte les histoires d’un groupe d’hommes et de femmes qui partagent le même boulot comme si personne ne l’avait fait avant elle. Certes, elle remet au goût du jour les intrigues feuilletonnantes… mais elle passe après Third Watch, Urgences ou NYPD Blue. Et c’est un très mauvais calcul de se dire que le téléspectateur va rebooter son cerveau pour suivre des histoires qui ne l’étonneront pas un minimum (2).

Cette logique concourt à développer des séries tout juste divertissantes… mais souvent faiblardes. En soi, ce n’est pas un mal. Mais constater que c’est cela qui marche aujourd’hui, sur une chaîne qui a souvent eu un coup d’avance sur les autres narrativement, ça fait cogiter.

Au bout du compte, grâce à un côté old school et en dépit d’une absence d’aspérités, la série aura quoi qu’il en soit réussi à se trouver un groupe de fidèles. Mais si elle veut exister les lendemains de sa diffusion, si elle veut devenir un sujet de conversation (comme toutes les bonnes séries y parviennent, tant elles marquent ceux qui les ont vues), je pense qu’il va falloir muscler tout ça. Sans quoi, ce show restera un divertissement aussi vite vu qu’oublié. Ce qui serait regrettable, car il peut faire mieux pour durer.

ET CHICAGO PD, DANS TOUT CA ?

La nouvelle avait surpris pas mal de monde lorsqu’elle a été annoncée. L’an prochain, NBC diffusera un spin-off de Chicago Fire. Baptisé Chicago PD, ce projet sera centré sur les aventures des flics d’une brigade spécialisée dans la recherche d’infos liées aux gangs.

Antonio Dawson, futur héros du spin-off de Chicago Fire. Photo Universal

Emmenés par Antonio Dawson, le frère de Gabriela (Monica Raymund) et dirigés par le sergent Voigt (Jason Beghe), ces policiers travaillent avec une équipe de patrouille qui sillonne les rues de Chicago. Introduits dans un backdoor pilot (Let Her Go, l’épisode 23 de Chicago Fire), les personnages de la série ont de quoi séduire.

Tout ça ressemble bien au projet initial : de bons acteurs (Jon Seda, Tania Raymonde, Scott Eastwood), un concept classique avec une ou deux bonnes idées… et un final un poil ambigu. Ambigu dans le sens où il prête à se demander si les scénaristes vont encore nous faire le coup de la baudruche qui se dégonfle toute seule.

La date de diffusion de Chicago PD n’est pas encore arrêtée. La série pourrait cependant arriver au printemps.

Leslie Shay (Lauren German), un des meilleurs personnages de la série. Photo Universal

(1) : Autrement dit, un succès relatif. À titre de comparaison, Vegas, avec Dennis Quaid et Michael Chiklis, a été annulée par CBS alors qu’elle avait une audience moyenne de 9,7 millions de téléspectateurs.
 
(2) : Attention, ce n’est pas parce que l’on a vu ces séries que l’on veut forcément quelque chose de radicalement différent. Dans Chicago Fire, un certain nombre de choses (notamment le parcours de Mills) rappellent Third Watch et c’est agréable… mais il faut tout de même un minimum d’originalité pour apporter un vrai truc en plus. Notamment dans les relations entre les personnages, super convenues.

 

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