Childrens Hospital, une parodie efficace

Childrens Hospital, une parodie efficace

Note de l'auteur

Issu de l’imaginaire potache de Rob Corddry, Childrens Hopsital est une série comique médicale qui raconte les aventures de l’équipe médicale du Childrens Hospital (le bien-nommé, donc). Le show est une parodie du genre en général, et de Grey’s Anatomy en particulier. Et c’est aussi une série dans une série. Et c’est drôle.tumblr_m8v2vqPEod1ravfsho1_1280

Le lieu : Childrens Hospital. Le pays : Brésil (et oui). L’équipe : Dr Blake Downs, clown-médecin qui croît aux vertus thérapeutiques du rire ; Dr Cat Black, nymphomane en perpétuelle introspection ; Dr Glenn Richie, beau gosse et juif ; Dr Owen Maestro, brillant chirurgien et ancien flic ; Chief, responsable du service et handicapée moteur ; Dr Lola Spratt, égo-maniaque ; Dr Valerie Flame, jeune femme instable qui possède un étrange secret ; Sy Mittleman, l’administrateur de l’hopital, qui est un homme très cool (heyyyyyy…).

Childrens Hospital est une machine à gags. Essayer de suivre la série en gardant en mémoire les relations entre les personnages ou les allusions à leur passé est totalement vain. Le but est ultra-primaire : déclencher le rire, tout le temps, pendant les 10 minutes que forment chaque épisode. Certaines pistes reviennent constamment, surtout les moins logiques, par exemple la vraie nature de Valerie Flame (SPOILER : c’est un homme, et si elle est interprétée par Malin Akerman avec perruque, quand elle l’enlève c’est Jon Hamm qui prend le rôle).

ChildrensHospital2012-550x367Il vaut mieux partir du postulat suivant : dans cette série, tout le monde a, ou va, coucher avec tout le monde. Les cas médicaux n’ont strictement aucune influence sur le récit, si ce n’est pour accentuer le décalage. Comme avoir deux médecins qui se bécottent (puis bien plus) devant un patient de 10 ans à qui on vient de diagnostiquer un cancer, par exemple.

La série cible donc en priorité Grey’s Anatomy, la série étant toujours narrée par une voix féminine qui nous abreuve de leçons de vie. Mais elle s’attaque au soap dans les grandes largeurs, se moquant de la façon de jouer (ultra-dramatique) des situations toujours grotesques. Childrens Hospital est, après tout, une série dans une série. C’est ce qui nous est révélé dans l’épisode de la saison 2 « End of the Middle », faux docu-spectacle mettant en scène les comédiens qui jouent dans Childrens, qui serait donc un soap qui dure depuis les années 70.

Après 4 saisons au Brésil (hum-hum), la série a été délocalisée dans une base militaire US au Japon. Il y avait déjà un clin d’œil à M*A*S*H* avec la voix-off de la personne qui fait les annonces (1), la saison 5 franchit carrément le pas en la transplantant dans un univers similaire.

tumblr_md4nhwWgE71ravfsho1_1280La série se repose sur son casting, assez impressionnant pour une série diffusée à minuit sur un canal mineur. Lake Bell, Malin Akerman, Megan Mullally, Henry Winkler… autant de noms connus, voire très connus. Un casting qui s’étend à des guests parfois énormes, et ce, on l’imagine, par pur réseau. On a mentionné Cera, Hamm, mais on croise aussi Nick Offerman, Kurtwood Smith, Ed Helms, Jason Sudeikis, Eva Longoria, Abigail Spencer, Lizzy Caplan, Ed Begley Jr., Lisa Edelstein, Matthew Perry, Alicia Silverstone, Stephen Root, Dominic Monaghan, Lauren Cohan, Frances Fischer, Jaime Murray (les 4 derniers pour la version UK de Childrens Hospital), Jack McBrayer, Kate Walsh… et j’en passe. Un défilé.

La première saison a été diffusée sous forme d’une comédie de 5 minutes sur le site de la chaîne TheWB.com et fut courtisée par deux chaînes : Comedy Central et Adult Swim. Corddry a fait le choix artistique le plus cohérent pour sa série. Comedy Central ne lui proposait que le format 26 minutes, qui semblait se prêter difficilement à l’aspect foncièrement parodique et éloigné de toute mythologie/développement de personnages de la série. Adult Swim lui proposa deux solutions : le 26 et le 13 minutes. Il opta pour la seconde solution.

13 minutes, ce n’est pas une densité plus forte, une volonté de taper fort et vite, c’est aussi une possibilité de tournage plus souple. En empilant 13 épisodes de 10 minutes sur une durée de tournage courte, Corddry peut toujours piocher dans son réservoir de comédiens assez impressionnant sans se heurter à de gros problèmes de planning.

La série est devenue un univers à elle seule, ayant déjà engendré deux spin-offs. Le premier, très indirectement, avec NTSF:SD:SUV:: (National Terrorism Strike Force: San Diego: Sport Utility Vehicle). Au départ, il s’agissait juste d’une fausse bande-annonce entre deux épisodes de Childrens. Aujourd’hui, la série, créée par Paul Scheer, en est à sa troisième saison. Plus directement, Newsreaders, la fausse émission d’info-spectacle est, depuis 2013, un programme d’Adult Swim, créée par le même trio derrière Childrens, Corddry, Jonathan Stern et David Wain.

Elle a été réalisée, entre autres, par Rob Schrab (ancien camarade d’écriture de Dan Harmon), Tristram Shapeero (actuel réalisateur principal de Community en saison 5), Lake Bell (qui y a fait ses débuts avant de sortir son film, salué par la critique, et sorti en VOD depuis mi-janvier, In a World…). Et elle s’est offerte quelques guests à l’écriture aussi, avec Sam Bain (Peep Show) et Diablo Cody (pour un épisode de la saison 5 en solo, et de la saison 2 avec Dana Fox, Liz Merriwether et Lorene Scafaria du groupe scénaristique Fempire).

childrens-hospital-tv-show-image-rob-corddry-02La série pousse souvent le bouchon très loin, répète ses gimmicks assez fréquemment, se repose souvent sur la sexualité exagérée de ses personnages, mais elle reste d’une extrême efficacité. Elle sait aussi être, dans la forme, expérimentale. Elle joue avec la temporalité, les ellipses, les flashbacks, se permet des intrusions dans le fantastique, l’horreur…

La série met aussi en avant des personnages féminins aussi bien servis que les masculins, en terme de comédie. Aucune ne sert de faire-valoir, leur potentiel comique est utilisé à son maximum. Étonnant quand on voit le line-up des scénaristes habituels de Childrens, qui sont presque exclusivement des hommes. Lors de leur passage au Nerdist Writers Panel, le groupe n’avait alors laissé que des miettes à la seule femme pérsente : Erica Oyama, qui est la femme d’une des stars de la série, Ken Marino. Un mutisme qui avait semblé gêner un peu le modérateur Ben Blacker, relançant constamment Oyama, systématiquement coupée par le « boy’s club ». Elle avait confirmé dans le panel être à part, « dans son monde ».

Sortie de cette dynamique un peu surprenante, la série vaut vraiment le détour, pour ses qualités brutes d’humour, ses tentatives de casser le moule, et son casting savoureux. Attention, staff : This review is over. That is all.

(1): Michael Cera joue dans Childrens Hospital le rôle de Sal Viscuso, la voix qui fait les annonces (toujours débiles) dans l’hôpital. Sal Viscuso était le nom de l’acteur qui faisait la voix-off des annonces qu’on entendait dans la série M*A*S*H*

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