• Home »
  • INTERVIEWS »
  • Christophe Lambert « Ciné, télé, le plus important, c’est ce qu’on veut donner au public »
Christophe Lambert « Ciné, télé, le plus important, c’est ce qu’on veut donner au public »

Christophe Lambert « Ciné, télé, le plus important, c’est ce qu’on veut donner au public »

Highlander, Subway, Le Sicilien, la carrière de Christophe Lambert a toujours été partagée entre la France et les États-Unis. Aujourd’hui, il travaille aussi pour la télévision, mais toujours entre les deux pays. La Source, de Xavier Durringer pour France Télévision d’un côté de l’Atlantique. Un rôle de guest dans NCIS Los Angeles de l’autre. Il nous parle des différences, de son regard sur la télévision, mais aussi de mentalités à changer. Un entretien réalisé au Festival de la télévision de Monte-Carlo.

Christophe Lambert dans la saison 3 de NCIS Los Angeles (crédit photo : CBS)

Comment se passe votre rôle de président du Jury ?

Très bien, c’est un festival très agréable et très bien organisé. Je ne peux pas dire que ça soit fatigant. Je rentre tôt, je me couche tôt…

Au MIPTV, vous aviez fait un discours assez émouvant sur les séries françaises des années 60-70, et l’avenir des productions. Est-ce que ce discours vous a aidé à avoir ce rôle de président ?

Je n’en ai aucune idée. Ce que je voulais dire avec ce discours, c’est que si à une époque on a été capable de faire, on peut toujours être capable de faire. Les séries que j’ai pu citer, comme Les Saintes Chéries, ou Globe-trotter, Thierry la Fronde, Les Chevaliers du Ciel… étaient de grande qualité, parce qu’on essayait de garder notre identité, plutôt que se dire : « ah tiens, ça marche aux États-Unis, essayons de faire la même chose ». Même si le public s’internationalise, on a besoin de fictions qui gardent une identité. Les Américains font des séries qui correspondent à leur vie. Est-ce que ça s’exporte mieux à cause de la langue ? Certainement. Mais une série de qualité s’exportera toujours, quelle que soit la langue. Après tout, les œuvres sont doublées. Avec La Source (de Xavier Durringer, ndlr), on parle de la France, mais aussi de ce qui se passe dans une entreprise internationale. Est-ce qu’on peut dire de nos jours qu’une entreprise comme Areva est française ? Non, elle est internationale. On a chez nous toutes les possibilités de faire des séries qui touchent l’international.

La Source, c’est une série ou une mini-série ?

Dans tous les pays, il n’y a jamais de commande pour plusieurs saisons. Aux US, on commence avec 8, puis 22. Sur La Source, il y a la possibilité de continuer.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?

Ce qui m’a plu dans la série, c’est qu’elle parle avant tout de manipulation. On finit par ne plus savoir qui est le bon ou le méchant parce que c’est une manipulation de quelque chose ou de quelqu’un. Je joue un patron de multinationale. Est-il bon, mauvais ? On finit par se dire que ce n’est pas lui le méchant. Les services secrets ne sont pas seulement des gentils cowboys, vu qu’ils font voler en éclat une cellule familiale. Ils utilisent une babysitter qui se retrouve impliquée dans une machine infernale, qu’elle ne contrôle plus du tout. Les méthodes qui sont utilisées par les services secrets comme celles des multinationales ne sont pas toujours très très jolies. Mais c’est très intéressant. Xavier Durringer est un metteur en scène très efficace et qui aime vraiment les acteurs, qui sait ce qu’il veut, qui anticipe beaucoup.

Vous avez signé pour combien d’épisodes sur NCIS Los Angeles ?

Un jour, mon agent m’a appelé pour me demander si ça me plairait. J’ai trouvé le personnage très intéressant, très ambigu, manipulateur, calculateur. Il construit sa vie comme un jeu d’échec, et lui seul comprend tout. Dans le dernier épisode que j’ai fait, les agents du NCIS m’ont « vendu » aux Iraniens, et ils viennent me rechercher. Je leur dis au début de l’épisode : « Je ne pense pas que vous êtes juste venu me dire bonjour. Vous devez avoir besoin de quelque chose. » Mais j’ai déjà tissé dans ma tête tout ce que je vais devoir faire pour m’échapper et surtout beaucoup embêter l’agent Callen, qui est l’homme à abattre pour moi. Je commence à tourner en juillet pour eux, je serais dans la saison 5.

C’est le genre de séries que vous regardez ?

Oui. Vous savez, j’aime bien les séries, j’ai regardé depuis des années, quand j’étais petit, des séries françaises comme anglaises. Je suis passé après à X-Files, The Wire, The Shield, Les Sopranos, Boardwalk Empire qui est une série fantastique. C’est personnel mais j’ai compris il y a très très longtemps qu’il ne fallait absolument pas faire de ségrégation au niveau de la différence entre le cinéma et la télé. Ce qui est important, c’est ce qu’on met sur un écran, et ce qu’on essaie de donner à un public. Et chez les Américains, qui ont compris ça depuis longtemps, on voit des grosses stars de cinéma qui viennent faire de la télé, parce que l’histoire leur plaît, le personnage leur plaît. Quelque chose qu’ils n’ont pas fait au cinéma ou qui n’est pas faisable au cinéma. Je prend la série Napoléon. C’est impossible de faire un film de huit heures, dix heures. Comme on ne peut pas réduire un tel destin sur deux heures. J’ai eu un réel plaisir à tourner dans NCIS LA parce qu’il y a un rythme de travail permanent. J’adore que ça bouge sur un plateau, que ça tourne. Et là, c’est 15 heures non stop. Braquo, j’ai trouvé ça génial, la première saison d’Engrenages, elle est fantastique, Scalp de Durringer aussi.

Le projet que vous avez avec Olivier Marchal, c’est pour la télé ou le cinéma ?

Il y a un projet de cinéma, et il y a une possibilité de travailler dans une prochaine série.

En tant qu’acteur, vous vivez les deux systèmes de production de l’intérieur, France et États-Unis. Vous pensez qu’il y a une approche meilleure que l’autre ?

Non, je dirais que la seule vraie différence – mais ça a toujours été comme ça – c’est l’argent. Quand je vois le plateau de NCIS LA, on est 250 personnes. Sur La Source, on est 70. Mais ça ne change rien. Un showrunner de la série me disait : « Tu sais, on peut avoir 300 personnes sur un plateau, on en a quand même une grande partie qui sont pas là pour faire grand-chose ». Ça vient des syndicats, les ‘unions’ qui forcent à l’embauche d’un personnel qui n’est pas forcément nécessaire. Sur La Source, les 70 personnes avaient toujours quelque chose à faire. Au niveau technique, on a les même caméras. La différence se situe sur le talent du réalisateur, mais surtout de la qualité de l’histoire. Xavier s’est entouré de techniciens de cinéma, parce qu’il avait envie d’une belle lumière. Les costumes, il a pris le plus efficace et talentueux, qui passe du cinéma à la télé. Il faut éliminer ces a priori, et ils sont en train d’être balayés avec la qualité des scénarios. C’est ça le plus important.

Propos recueillis par Julia Lagrée au Festival de la Télévision de Monte-Carlo

Transcript : Dominique Montay

Partager